La Ville de Bruxelles crée des lieux Covid-safe

Philippe Close et Nathan Clumeck veulent mener des expériences pilotes dans des infrastructures d'affectations différentes: écoles, salle de spectacles, restaurants, cinéma... ©Kristof Vadino

Le bourgmestre Philippe Close et l'infectiologue Nathan Clumeck appellent les entreprises à équiper des infrastructures privées et publiques avec des technologies prévenant les contaminations.

C'est un nouveau duo qui trouve son origine dans la crise sanitaire: Philippe Close, bourgmestre de la Ville de Bruxelles, et Nathan Clumeck, professeur en maladies infectieuses à l'ULB. Le premier souligne d'emblée la chance que la Ville a eue d'être gestionnaire de l'hôpital Saint-Pierre et de son service des maladies infectieuses fondé par le second. "Pourquoi la Ville a pu fournir des masques à ses habitants avant tout le monde? Parce que Nathan Clumeck m'avait prévenu très tôt que cela deviendrait sans doute la nouvelle norme. Il nous a ensuite aidés à valider les protocoles pour l'ouverture des salles culturelles", rappelle le socialiste.

"On ne peut pas attendre d'atteindre le seuil de 75 admissions à l'hôpital par jour pour rouvrir la ville."
Nathan Clumeck
Professeur en maladies infectieuses à l'ULB et au CHU Saint-Pierre

Ensemble, ils veulent garder un coup d'avance. Leur nouveau mantra: apprendre à vivre malgré le virus. "La majorité des experts que j'interroge ne pensent pas qu'on éliminera le coronavirus. La seule maladie jamais éradiquée est la variole et ça a nécessité des dizaines d'années et un vaccin obligatoire mondial, ce qui ne sera pas le cas ici. On va passer du stade de la pandémie à l'endémie, mais on ne peut pas attendre d'atteindre le seuil de 75 admissions à l'hôpital par jour pour rouvrir la ville", considère l'infectiologue. "On doit adapter la ville au virus et on veut être pilote là-dessus", poursuit le bourgmestre. "On va donc sélectionner une série de lieux et faire appel aux entreprises pour tester des technologies et des protocoles."

Et d'insister sur le fait qu'il s'agit d'un projet à long terme, utile au-delà du déconfinement. "À la fin du XIXe siècle, Bruxelles affichait une espérance de vie de moins de 40 ans. Les Bruxellois mouraient du choléra et de la fièvre typhoïde. Le bourgmestre Anspach a compris que le seul moyen d'arrêter le choléra était d'éviter le contact avec l'eau polluée, raison pour laquelle il a recouvert la Senne. Nous profitons encore aujourd'hui de ces investissements effectués à l'époque", raconte Nathan Clumeck. "À partir de cette crise, on doit créer une opportunité pour les entreprises ainsi que pour l'hygiène et la santé publique", complète Philippe Close.

Huit lieux sélectionnés

La Ville ne part pas d'une feuille blanche puisque des investissements ont déjà été consentis pour doter des salles (Brussels Expo, Cirque Royal...) de systèmes de ventilation et de purification d'air. Mais le tandem veut désormais travailler avec méthode pour équiper en nouvelles technologies des infrastructures privées ou publiques, et ce afin d'en faire des lieux "Covid safe". D'où la mise en place d'une task force où l'on retrouve, outre Nathan Clumeck, l'ancien directeur du port de Bruxelles Charles Huygens, et le coordinateur de la planification d'urgence à la Ville Loïs Boulanger.

Les premiers lieux retenus par cette task force sont complexes: la salle de la Madeleine qui comprend des places assises et debout. "On veut envoyer un signal au monde de la nuit", explique le maïeur. Deux écoles: "Aux Arts et Métiers, ils ne sont pas toujours assis en classe et il y a beaucoup de contacts, ils doivent souder, coudre... À l'Institut De Mot-Couvreur, il y aussi des cours pratiques, un auditoire." Au rayon horeca, Chez Léon a été retenu en raison de ses 6.000 couverts autrefois servis le week-end et de ses multiples étages. Un partenariat est aussi noué avec le Roy d'Espagne, dont les murs appartiennent à la Ville.

Le Palais du Midi, avec ses sports de ballon et de combat, ses douches et ses vestiaires, fera un autre bon cas d'école. Le cinéma Kinepolis et un auditoire de l'ULB complètent le tableau. "Toutes ces boîtes ne nous ont pas attendus pour travailler à tout cela, mais on va pouvoir échanger. Le but est d'avoir un bouillonnement d'idées", fait valoir Philippe Close.

Appel aux entreprises innovantes

Un appel est lancé aux entreprises qui veulent exposer leur solution à la task force. "Des sociétés belges se sont déjà manifestées. Notamment Take Air qui propose des processus innovants de ventilation biosphérique et ZoraBoots, une firme spécialisée dans les solutions robotiques. Est-ce que ce sont les boîtes de demain? On verra. En tout cas, il y a des entrepreneurs prêts à bouger. Le message à donner, c'est qu'il faut libérer les initiatives, car on va devoir équiper nos lieux. Ne le faisons pas de manière anarchique, ayons de la méthode. Vous avez des idées, contactez-nous", lance le socialiste.

"Il faut libérer les initiatives, car on va devoir équiper nos lieux. Ne le faisons pas de manière anarchique, ayons de la méthode."
Philippe Close
Bourgmestre de Bruxelles

Le processus proposé par la Ville de Bruxelles est assez simple. Cela débute par un descriptif technique des lieux réalisé par un architecte ou un ingénieur, suivi d'un inventaire des mesures préventives et curatives existantes. "Il faut aussi valider un plan de circulation des usagers et du personnel, qui rentre par où, qui touche quoi? On dresse ensuite une liste des améliorations nécessaires et des équipements adéquats. Pour les budgets d'investissement et les frais d'exploitation, on regarde quelle est la part de cofinancement. Et en cas d'investissements par la Ville, on trouve les procédures de marchés publics pour avoir le bon produit", résume Philippe Close. Quant à la méthode d'évaluation des lieux, elle devra absolument être transparente, dixit Nathan Clumeck.

"Le danger en Belgique, c'est qu'on va très vite pour réglementer alors que les solutions n'existent pas encore. Laissons d'abord les sociétés nous proposer des technologies innovantes."
Philippe Close

Est-ce qu'on pourrait imaginer à terme que des lieux obtiennent une sorte de label "corona proof"? "Il faudra peut-être des permis comme avec les pompiers. Mais c'est trop tôt! Le danger en Belgique, c'est qu'on va très vite pour réglementer alors que les solutions n'existent pas encore. Laissons d'abord les sociétés nous proposer des technologies innovantes. Il y a de l'intelligence en Belgique!"

Aux yeux du maïeur socialiste, son rôle n'est certainement pas de faire du lobby pour un secteur en particulier, à la veille d'un comité de concertation. "Je suis dans le débat d'après. Je veux réfléchir ma ville pour qu'elle change structurellement et qu'on fasse en sorte que les gens soient moins malades. La grande crainte pour nos hôpitaux, c'est que la peur des gens de se faire soigner débouche sur une explosion des pathologies non détectées en 2022. Si nos procédures peuvent faire en sorte qu'on ait moins de grippes, de gastros et toute une série de choses, on rentre dans cette logique d'une ville-santé."

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