Pourquoi ce bras de fer Smet/taxis?

©BELGA

Les compagnies de taxi manifestent dans la capitale. Leurs représentants réclament la tête du ministre bruxellois de la Mobilité, accusé d’ouvrir la voie à l’ubérisation du transport de personnes. La majorité régionale se lézarde.

Rien ne va plus entre la Fédération belge des taxis et le ministre bruxellois de la Mobilité. Ce mardi, une nouvelle action de protestation devrait sérieusement perturber le trafic routier à Bruxelles. Les taxis réclament ni plus ni moins que la démission de Pascal Smet (sp.a) qui "n’est plus un interlocuteur", selon Sam Bouchal, porte-parole de la fédération à laquelle 490 entreprises pour 12.000 chauffeurs de taxi sont affiliées, indique-t-il à L’Echo.

"Pascal Smet n’est plus un interlocuteur."
Sam Bouchal
Porte-parole de la fédération belge des taxis

La manifestation est officiellement dirigée contre la plateforme Uber, accusée de fausser le marché de manière déloyale, et plus largement sur l’ubérisation du marché du travaiL. Elle est également, voire surtout, organisée contre le projet d’ordonnance dont Pascal Smet a obtenu l’approbation par le gouvernement bruxellois il y a quelques semaines.

Il comporte une mesure que ne digèrent pas les compagnies de taxi: les licences octroyées jusqu’ici aux sociétés sont transférées aux chauffeurs de manière individuelle. Or ces licences ont parfois été achetées cher et vilain par les exploitants. Et ceux-ci ne se satisfont pas de la période transitoire de 7 ans visant à l’amortissement de ces investissements. "Tout simplement car ce type d’investissement ne s’amortit pas, c’est ce qu’on appelle un bien corporel, il se transmet, exactement comme le pas-de-porte d’un commerce", explique Sam Bouchal.

La fin d’un business model

Le législateur bruxellois entend précisément mettre fin à ce commerce de licences au profit d’un agrément régional accessible aux chauffeurs, également dans le but de les affranchir des compagnies. Une licence gratuite coexistant avec des licences coûteuses, même de façon transitoire, reviendrait à organiser une concurrence déloyale, dénonce la Fédération.

Cette dernière conteste également la volonté du gouvernement de ne plus distinguer taxis et sociétés de location de véhicules avec chauffeurs (limousine). Sam Bouchat se dit prêt à revenir aux termes du premier plan taxi (2015), recalé avant la condamnation d’Uberpop par plusieurs tribunaux.

La fédération appelle les autorités fédérales à contrôler le secteur dont l’image est ternie par "une minorité qui n’est pas digne d’exercer notre métier".
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Dénonçant une criminalisation orchestrée des taxis par Pascal Smet, la fédération appelle les autorités fédérales à contrôler le secteur dont l’image (on parle entre autres des soupçons de fraude sociale) est ternie par "une minorité qui n’est pas digne d’exercer notre métier". Mais également à contrôler les "1.200 chauffeurs Uber" actifs à Bruxelles en dehors de tout cadre légal.

La réforme Smet ne se heurte à rien d’autre qu’au conservatisme de ceux qui veulent maintenir un business model dépassé par les nouvelles technologies, disent les défenseurs du texte. Les principes de ce plan ont été acceptés par trois fois par le gouvernement régional alors que le Parti socialiste, dont est issu le ministre-président Rudi Vervoort, semble se diviser.

Certains parlementaires régionaux, Ridouane Chahid et Jamal Ikazban en tête, soutiennent ouvertement les compagnies de taxi contre le projet Smet. Ce lundi, plusieurs députés PS bruxellois se fendaient d’une carte blanche dénonçant les dérèglements sociaux induits par le modèle Uber.

Pascal Smet préfère se taire dans toutes les langues. Les taxis manifesteront ce mardi alors qu’une concertation avec le secteur a été entamée à la demande du gouvernement bruxellois.

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