Le MR bruxellois craint la concurrence N-VA

©Photo News

Didier Reynders a affirmé qu'il n'excluait pas que le MR s'associe à la N-VA dans une future coalition régionale à Bruxelles. Chez les libéraux, on craint désormais que le succès des nationalistes chez les francophones ne provoque un transfert de voix défavorable au MR dans la capitale.

Le MR dirige le pays depuis plus de trois ans avec la N-VA, pourquoi ne pas tenter l’expérience en Région bruxelloise? La sortie de Didier Reynders mercredi, sur le plateau de la chaîne de télé régionale BX1, relève d’une logique politique relativement simple: "Je ne vais pas vous dire que nous n’allons pas pouvoir gouverner avec la N-VA quand on voit ce que nous faisons au gouvernement fédéral. On a réussi à mettre l’institutionnel de côté et à travailler avec la N-VA sur le socio-économique. A Bruxelles, nous sommes prêts à travailler avec celles et ceux qui voudront changer un certain nombre de choses."

"Je ne vais pas vous dire que nous n’allons pas pouvoir gouverner avec la N-VA quand on voit ce que nous faisons au gouvernement fédéral. On a réussi à mettre l’institutionnel de côté et à travailler avec la N-VA sur le socio-économique."
Didier Reynders (MR)
ministre des Affaires étrangères

Malgré une certaine forme d’évidence (la mise au frigo des enjeux communautaires peut être discutée), ces déclarations du patron des libéraux bruxellois ont fait leur petit effet, y compris à l’interne du Mouvement Réformateur de la capitale. C’est qu’elles tranchent avec le discours que pouvaient tenir les libéraux à l’égard des nationalistes en 2014. Vincent De Wolf, tête de liste à la Région, n’avait-il pas qualifié la N-VA de parti "bruxellicide"?

"Si on peut laisser le communautaire au vestiaire, alors on va mettre les bouchées doubles sur le socio-économique pour Bruxelles."
Un haut gradé libéral

"Le développement d’un axe entre libéraux et N-VA est une chose positive, indique désormais un haut gradé libéral. Après le cirque que nous a fait Vanhengel (ministre régional Open VLD, NDLR) encore récemment, lui qui ne joue que pour les socialistes, on est bien obligé de s’organiser". En parallèle du moteur fédéral MR/N-VA, il apparaît donc de plus en plus clair que le même couple sera poussé à l’échelon bruxellois. "Si on peut laisser le communautaire au vestiaire, alors on va mettre les bouchées doubles sur le socio-économique pour Bruxelles."

Franchir la barrière linguistique

Toutefois, les performances que pourrait enregistrer la N-VA dans la capitale en 2019 alimentent des craintes. Ca se sent dans les dîners en ville, il y a des francophones qui envisagent de plus en plus ouvertement de franchir la barrière linguistique et d’offrir leur suffrage à un parti qui a le vent en poupe, notamment sur le thème de la migration. Un "vrai parti de droite", comme l’appellent de leurs voeux certains penseurs libéraux. Et si la N-VA doit séduire des électeurs francophones, elle le fera immanquablement à droite de l’échiquier. "Cette problématique fait clairement partie de nos préoccupations", concède un MR. Cette concurrence potentielle place le MR dans une situation d’autant plus inconfortable qu’il est déjà attaqué au centre par Défi. Celui-ci s’empare en effet d’un libéralisme social porté haut et fort au début des années 2000 par Louis Michel.

"Le centre, ça ne fonctionne de toute façon pas, l’histoire du cdH le démontre. Le MR doit adopter des positions claires…"
Un libéral bruxellois

Dans ce contexte, on peut entendre les déclarations de Didier Reynders comme une façon de faire revenir les moutons à la bergerie libérale. En résumé: plutôt que de choisir la N-VA, restez chez le seul parti francophone capable de s’associer à elle. Quitte à marquer le parti à droite comme vient d’ailleurs de le faire le retour en grâce d’Alain Destexhe à Ixelles. "Le centre, ça ne fonctionne de toute façon pas, l’histoire du cdH le démontre, renchérit un libéral bruxellois. Le MR doit adopter des positions claires…". En clair, si le MR veut récupérer son public tenté par la N-VA, il doit braquer son discours à droite. Par ailleurs, certains se demandent si cette sortie "régionale" de Didier Reynders est révélatrice de nouvelles ambitions ministre-présidentielles.

Confirmée dans l’urne, l’attractivité de la N-VA dans l’électorat francophone pourrait rendre incontournable le parti de Bart De Wever dans le groupe néerlandophone au Parlement bruxellois (17 députés sur 89). Rien n’empêcherait alors les nationalistes d’entrer au gouvernement bruxellois. Autant préparer l’opinion à cette éventualité, se dit-on au MR. Olivier Maingain n’a pas fait autre chose il y a quelques semaines en affirmant que Défi ne signerait jamais d’accord de majorité avec la N-VA en Région bruxelloise, préférant deux accords distincts, l’un francophone l’autre néerlandophone. Une formule jugée impraticable. Comment faire fonctionner un même gouvernement sur base de deux accords politiques différents? "En plus cette idée est plus dangereuse pour Bruxelles que la N-VA elle-même puisqu’elle ruine le consensus bruxellois entre francophones et néerlandophones", analyse un libéral.

Côté gauche, certains voient dans ces déclarations de Didier Reynders l’aveu de l’isolement politique du MR côté francophone. Certaines attitudes dans les discussions parlementaires régionales donnent en effet du crédit à un nouvel axe PS-Défi-Ecolo qui pourrait bien préfigurer la prochaine majorité bruxelloise.

Lire également

Contenu sponsorisé

Partner content