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La zone de rencontre dans le Pentagone, projet ambitieux ou coup médiatique?

©saskia vanderstichele

Début mai, l'ensemble du Pentagone deviendra une zone de rencontre. Le MR redoute un appel d'air et déplore l'absence d'une réelle alternative à l'usage des transports publics. Les associations cyclistes et celles luttant pour l'amélioration de la qualité de l'air veulent saisir cette crise comme une opportunité pour rééquilibrer le partage de l'espace public sur le long terme.

Début mai, le Pentagone deviendra une zone de rencontre. Le collège des bourgmestre et échevins de la Ville de Bruxelles a pris cette décision afin d'accorder plus d'espace aux piétons et aux cyclistes. Présente dans le code de la route depuis 2004, cette disposition permet aux usagers faibles de circuler sur l'ensemble de la voirie et non plus seulement sur les trottoirs et les pistes cyclables tandis que les voitures qui ne sont plus prioritaires sur la chaussée sont limitées à 20km/h. Contrairement à ce que son nom laisse entendre, la zone de rencontre au temps du coronavirus n'a pas pour objectif de réunir les citoyens dans l'espace public mais bien de faciliter le respect des règles de distanciation sociale.

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La Ville de Bruxelles répond ainsi à un appel lancé par Elke Van den Brandt (Groen). Dans un courrier envoyé la semaine passée aux 19 communes, la ministre régionale de la Mobilité a fait savoir qu'elle soutiendrait les projets d'adaptation temporaire de l'espace public permettant de faciliter le respect des mesures de distanciation physique préconisées par le Conseil national de sécurité. Le niveau régional a ainsi fourni les bacs à fleurs qui bloquent la circulation automobile le long des étangs d'Ixelles. Du matériel est également mis à la disposition de la commune d'Anderlecht pour sa zone résidentielle temporaire à Cureghem. Dans le Pentagone, du mobilier urbain et des feux orange clignotants doivent notamment permettre de faire respecter les nouvelles limitations.

Une zone très étendue

Alors que la plupart des initiatives locales sont accueillies positivement, la proposition relative au centre de Bruxelles dévoilée lundi soir par Le Soir ne fait pas l'unanimité. Ce qui s'explique principalement par l'envergure du projet. Jusqu'ici, les initiatives mises sur la table concernaient des voiries en particulier tandis que le projet du bourgmestre bruxellois Philippe Close (PS) concerne l'ensemble du Pentagone, soit une surface d'environ 4,2 km² située à l'intérieur de la petite ceinture. Ce qui fait dire aux adeptes de la mobilité douce qu'il s'agit du projet de mobilité post-confinement le plus ambitieux à ce jour... À condition de parvenir à faire respecter le 20km/h, ce qui laisse d'autres observateurs plus dubitatifs.

Dans l'opposition à la Ville de Bruxelles, le MR regrette l'absence d'une politique concertée entre la Région et les 19 communes permettant d'offrir une réelle alternative de mobilité aux Bruxellois non motorisés lors du déconfinement. "La décision prise par la Ville ne répond nullement à l'objectif de désaturation des transports en commun et risque de créer un appel d'air comme celui provoqué dans le Bois de la Cambre. Ce ne sont pas les libéraux qui le disent mais des policiers et des riverains qui ont constaté ce phénomène. Les personnes qui voudront éviter de devoir prendre des transports en commun bondés devront pouvoir bénéficier d'aménagements de mobilité douce sur des axes structurants reliant entre elles les zones stratégiques", considère David Weytsman.

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Le conseiller communal libéral estime aussi que l'instauration de zones de rencontre pourrait avoir du sens dans des axes commerçants dotés de trottoirs étroits tels que la rue de Flandre ou la rue Marie-Christine. "On n'est pas du tout opposé au principe mais il faut une réflexion rue par rue. Sur l'ensemble du Pentagone, la mesure sera difficilement contrôlable", estime David Weytsman, qui déplore un "coup médiatique" des autorités en lieu et place d'un véritable plan de mobilité post-confinement.

Sentiment d'urgence ou d'opportunité?

Côté Stib, on déclare avoir pris acte du projet et on signale que les axes Régence et Royale où circulent des trams feront heureusement figure d'exception. À court terme, la mesure ne posera pas non plus de problème pour la circulation des bus. "Comme il y a actuellement dans le centre 10% de la circulation habituelle, nos bus sont plutôt en avance qu'en retard sur les temps de parcours. Pour l'instant, la Ville de Bruxelles envisage cette mesure dans une perspective de déconfinement, donc on fera l'évaluation dans ce contexte", commente la porte-parole de la société des transports bruxellois, Françoise Ledune.

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Alors qu'un sentiment d'urgence pousse les pouvoirs publics à revoir le partage de l'espace public, les associations cyclistes et celles luttant pour une meilleure qualité de l'air et la sécurité routière y voient une opportunité de changement sur le long terme. Une douzaine d'associations parmi lesquelles Bruxsel'AIR, le Gracq et Heroes for Zero ont ainsi réclamé ce mercredi la transformation de tous les quartiers bruxellois (les mailles prévues dans le plan Good Move) en zones résidentielles jusqu'à la fin 2020 avec la possibilité d'en conserver certaines après évaluation en 2021.

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