analyse

Le plan B pour assurer l'avenir du projet Neo

L'ambitieux projet Neo verra-t-il le jour? ©europea

Alors que ces derniers mois, la confiance était de mise pour la réalisation de Neo 1 et Neo 2, ces projets de centres de congrès et de commerces sur le plateau du Heysel, la donne a totalement changé. Les tuiles s'accumulent.

Neo existera-t-il un jour? L'avenir de Neo 1, le centre commercial, et Neo 2, le centre de conventions, semble tout à coup très incertain. Pas pour un seul obstacle. Les écueils s'accumulent et, très embêtant, tombent en cascade. 

Qu'est-ce qui coince? Est-il possible d'en sortir?

Neo 1

Plusieurs obstacles plombent l'avenir de ce projet de 72.000 mètres carrés, à construire le long de l'avenue Houba De Strooper, devant le stade Roi Baudouin, comprenant un centre commercial, quelque 600 logements, un cinéma, des établissements horeca, une crèche... Le projet a été attribué au consortium Unibail-Rodamco-Westfield et le chantier est censé débuter en 2020.

Les accès

©europea

Mais l'accès à ce futur site pose problème. La Flandre refuse le permis pour aménager une voirie (un tunnel sous le quartier Verregat) entre ce centre commercial et le Ring, annonce Le Soir ce mercredi. Il faut une alternative. 

En réalité, un plan B existe déjà, parce que le refus du permis de la part de la Flandre était attendu. Concrètement, deux voies sont prévues:

  • une route qui rejoindrait la chaussée Romaine en passant à travers le site du Heysel
  • une seconde voie qui passerait devant le Trade Mart pour rejoindre la voie rapide contournant le Heysel, afin de rejoindre la A12.

Modification du PRAS

Ensuite, l'octroi du futur permis d'urbanisme est suspendu à l'autorisation préalable d'une modification du Plan régional d'affectation du sol (PRAS). Et ici aussi, il y a du refus dans l'air. Pour rappel, un premier arrêt de modification du PRAS avait été cassé par le Conseil d'État, sur un recours de riverains. Le dossier a été revu, a à nouveau fait l'objet d'un nouveau recours devant la Haute instance. L'auditeur du Conseil d'État aurait remis un avis négatif, selon Le Soir, qui estime donc qu'une demande de permis encore en 2019 semble illusoire.

Les imbrications

Troisième souci, qui illustre les retombées en cascade des embûches: le démarrage de Neo 1 et l'apport financier du consortium privé Unibail-Rodamco-Westfield à la Ville de Bruxelles (propriétaire du sol et des bâtiments) conditionnent l'investissement de celle-ci (avec la Région) à la réalisation du projet Neo 2.

Neo 2

Neo 2 consiste en un centre international de congrès et conventions, à construire face aux palais des expositions. Sa construction et son exploitation ont été attribuées au consortium Cofinimmo/CFE, sur base du paiement d'une redevance annuelle. 

Le coût

©alliage architectes associes

Selon Le Soir, le coût de l'opération a suscité l'inquiétude de plusieurs administrateurs et proches du dossier. Le volet financier consiste en une redevance annuelle de 20 millions, pendant vingt ans, répartis comme ceci: 7,5 millions prélevés sur le capital de Neo, 8,5 millions financés par la Région (éventuellement avec la Ville) et 4 millions supportés par l’opérateur du centre de conventions.

L'avis du consultant

Autre souci, le rapport du consultant allemand JWC, appelé à l'initiative du bourgmestre de Bruxelles Philippe Close. Il conclut à la pertinence de la création d'un centre de congrès... mais aussi à la nécessité d'une collaboration avec Brussels Expo, d'un management commun pour les deux structures et d'une rénovation des palais des expositions. Ce dernier point aurait un coût important, estimé a minima entre 150 et 200 millions. JWC propose deux solutions:

  • la poursuite de Neo 2 mais avec des complémentarités avec les palais 1, 2, 3 et 4 
  • l'abandon de Neo 2 et la construction d'un centre de conventions sur le site - à rénover - de Brussels Expo.

Que faire?

Face à cet état des lieux très corsé, et sachant que les privés attendent le déblocage de ces péripéties administratives et autres, le bourgmestre Philippe Close se dit d'accord pour ouvrir la structure de Brussels Expo à la Région ou au privé.

Côté urbanistique, le travail sur les corrections à apporter au PRAS, puisque la version actuelle risque d'être refusée par le Conseil d'Etat, aurait déjà été effectué. En outre, un nouveau PAD permettrait d'avancer sur Neo 1, sans attendre le PRAS remodelé. Il nous revient que vu les dédommagements colossaux qui seraient exigés par les acteurs privés si le projet venait à sombrer, il n'est pas question de remettre en question Neo 1.

En outre, s'il existe déjà des alternatives à la liaison exigeant un permis de la Flandre, cette voie-là n'est peut-être pas à abandonner définitivement. En effet, Ghelamco est propriétaire du parking C (sous lequel cette voirie passerait) pour 99 ans en emphytéose, avec l'objectif d'y construire un stade. Projet mort actuellement puisque la Ville de Bruxelles a décidé d'en finir avec cet Eurostadium. Mais l'affaire est en justice, les plaidoiries sont prévues en 2023 au plus tôt. Cependant, Ghelamco ne ferme pas la porte à un arrangement à l'amiable. Son patron, Paul Gheysens, propose de se mettre à table avec les instances de la Ville de Bruxelles pour sortir du conflit...

Pour Neo 2, il semble bien que Philippe Close n'ait d'autre choix que de remettre le projet sur la table en le joignant à la rénovation des palais. En effet, le départ du salon Seafood vers Barcelone, programmé en 2021, plombe totalement les comptes de Brussels Expo. Il faut une solution financière pour le site... Mais les acteurs privés n'ont pas encore été contactés officiellement. 

Le MR demande la tenue d'un conseil communal extraordinaire

Le groupe MR de la Ville de Bruxelles a demandé la tenue d'un conseil communal extraordinaire pour permettre au bourgmestre Philippe Close (PS) de présenter à l'ensemble des conseillers communaux les nouvelles études et analyses qui l'ont poussé à remettre tout le projet Neo à plat. Les libéraux demandent également au bourgmestre de connaître l'impact financier de ce changement de stratégie. Le chef de groupe MR de la Ville de Bruxelles, David Weytmsan, s'est dit soulagé que l'opposition ait enfin été entendue, lundi, lors du dernier conseil communal. Les libéraux avaient alors plaidé pour la remise à plat du dossier.

"L'objectif doit permettre de réaménager l'ensemble du Plateau du Heysel, en lien avec le quartier et l'Avenue Houba de Strooper à revitaliser. Il faut aussi s'assurer de la création de grands espaces verts offrant des lieux de calme et loisir à l'ensemble du quartier. Il est nécessaire de construire des logements en nombre limité et de qualité, de type moyen et supérieur pour reconstruire un équilibre social par le retour des classes moyennes. Et enfin, nous demandons la construction d'infrastructures commerciales, de loisirs et culturelles visant le qualitatif plus que le quantitatif, en lien direct avec le Palais d'exposition, et disposant d'un plan de mobilité et de parkings adéquats", ont expliqué mercredi David Weytsman et la conseillère libérale Clémentine Barzin. A leurs yeux, il faut également construire le projet avec les riverains et les tenir informés directement des évolutions afin qu'ils puissent se faire entendre.

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