Le plan du gouvernement bruxellois pour la zone du Canal

©BELGAPLUS

Face au boom démographique, les autorités bruxelloises sont obligées d’optimaliser la moindre parcelle de terrain pour construire du logement. Les abords du canal de Bruxelles historiquement dédiés aux entreprises disposent d’espaces encore libres ou peu utilisés. Une opportunité à saisir.

D’ici 2020, 200.000 habitants sont attendus dans la capitale. Il faudra de la place pour les loger. Où reste-t-il de l’espace inexploité dans la capitale? Dans la zone du canal. Beaucoup de terrains y sont encore libres. La majorité (313 hectares) appartient aux autorités publiques. Le réaménagement de cette zone fait partie des priorités du gouvernement bruxellois. "C’est là qu’on va pouvoir développer la ville de demain", déclare Rudi Vervoort, ministre-président bruxellois (PS). Un urbaniste français, Alexandre Chemetoff, a été désigné pour plancher sur une optimalisation de l’espace. "On n’est pas d’accord avec tous ses projets. Mais il amène une vraie réflexion", commente Rudi Vervoort.

Zones concernées par le projet ©MFN

Historiquement, la zone du canal n’a été imaginée que pour une seule fonction: l’activité économique. On y retrouve une fabrique de béton, un ferrailleur, une menuiserie, etc. Des entreprises dont l’activité nécessite une grande superficie. Va-t-on leur demander de s’en aller pour pouvoir construire des logements à la place? "On ne vise pas l’expropriation", assure Rudi Vervoort. Tout le défi est de faire cohabiter les deux fonctions. C’est pour cette raison que le gouvernement, dons son Plan régional d’affectation du sol (PRAS), a décidé de transformer certaines superficies réservées aux activités productives en zones Zemu (Zone d’entreprises en milieu urbain). Des zones mixtes, en somme, pouvant aussi bien accueillir du logement que des activités productives.

L’idée sous-jacente est de densifier la ville. "On ne va pas forcément construire un alignement de tours Upsite mais il est nécessaire de mieux exploiter le terrain pour faire face au boom démographique". Le cabinet du ministre-président imagine même une cohabitation entre entreprises industrielles et riverains au sein du même bâtiment. La Norvège est en train de tester la formule. Pas évident de concilier les deux fonctions et leurs nuisances. "Il suffira d’un exemple qui fonctionne pour convaincre". Aujourd’hui, les deux mondes vivent en vases clos. "On souhaite que les habitants puissent également profiter des abords du Canal, qu’ils puissent s’y promener. Aujourd’hui, à certains endroits, l’accès ne leur est même pas permis car il est entièrement utilisé par des entreprises pour stocker du matériel. Les citoyens qui habitent une rue plus loin ne peuvent pas rejoindre la berge alors qu’il suffirait simplement de créer un passage".

Second réaménagement : le projet "Birmingham", à Anderlecht. Ici, 40% de l’espace sera consacré au logement, 50% à l’activité économique et 10% aux équipements. ©doc
Le projet du quai Béco débute à la Place Sainctelette passe par Tour et Taxis et se termine à hauteur du bassin Vergote. De grands espaces verts vont y être aménagés. Certaines entreprises seront relocalisées sur la rive gauche du bassin Vergote. ©doc
"Bistebroeck", le troisième projet de réaménagement du Canal de Bruxelles. Il est situé dans une "Zone d’entreprises en milieu urbain". Pourtant le logement y sera majoritaire. Les activités économiques bénéficieront tout de même d’un quart de la superficie. ©doc
Premier chantier : le projet du quai Béco. Il débute à la Place Sainctelette, passe par Tour et Taxis et se termine à hauteur du bassin Vergote. De grands espaces verts vont y être aménagés. Certaines entreprises seront relocalisées sur la rive gauche du bassin (voir carte slide suivante). ©BELGAPLUS
Second réaménagement : le projet "Birmingham", à Anderlecht. Ici, 40% de l’espace sera consacré au logement, 50% à l’activité économique et 10% aux équipements. ©BELGAPLUS
"Bistebroeck", le troisième projet de réaménagement du canal de Bruxelles. Il est situé dans une "Zone d’entreprises en milieu urbain". Pourtant le logement y sera majoritaire. Les activités économiques bénéficieront tout de même d’un quart de la superficie. ©BELGAPLUS

À côté des logements, des équipements seront aussi nécessaires (des espaces, verts, etc.). là aussi, le gouvernement imagine partager cette fonction avec l’activité productive avec des jardins de toit, par exemple.

Le troisième besoin qui découle inévitablement du boom démographique est l’emploi. Pour en assurer un à tous les nouveaux arrivants et même à ceux qui sont déjà installés — ces quartiers étant particulièrement touchés par le chômage —, il est primordial de ne pas faire fuir les entreprises. Mais il faut aussi qu’elles recrutent des Bruxellois. Pour les y inciter, le gouvernement a mis en place des zones franches qu’il a appelées Zone d’économie urbaine stimulée (Zeus). Si les entreprises engagent au minimum 30% de leur personnel parmi des habitants de la zone, elles toucheront pendant deux ans une aide de 15.000 euros par tête. La mesure va bientôt entrer en application. Une étude de l’UCL relativise toutefois l’impact de cette mesure sur l’emploi. Elle met notamment en garde contre le simple déplacement des entreprises vers ces zones, ce qui ne conduit pas à une création nette d’emploi.

"Tour et Taxis est l’exemple même de ce qu’on ne fera plus". Rudi Vervoort, le ministre-président bruxellois, est contrarié d’avoir perdu la maîtrise du foncier. Il ne veut plus que cela se reproduise. Dans le cadre du "Plan Canal", il souhaite ainsi confier la gestion des terrains régionaux à une société qui sera capitalisée. Ces terrains appartiennent à différents opérateurs publics (Citydev, le Port de Bruxelles, etc.).

 

"Notre objectif n’est pas de bypasser ces opérateurs mais de les coordonner. Le gouvernement doit pouvoir trancher". À la rentrée parlementaire (mi-octobre), le ministre-président présentera un projet d’ordonnance permettant la création de cette future société de droit public.

Le cabinet du ministre-président affirme toutefois que les demandes des entreprises affluent. De ce côté, la zone du Canal ne souffrirait donc pas d’un déficit d’attraction. Quid des citoyens? Récemment, le groupe Atenor a inauguré "Upsite", la plus haute tour de logement de Bruxelles (42 étages, 140 mètres de haut). Elle est située le long du Canal en face de Tour et Taxis. Le promoteur assure que 70% des appartements ont été vendus. L’attrait semble présent. Tant mieux car le potentiel de développement de logements à l’horizon 2025 est de 200 hectares, soit un minimum de 25.000 logements. Pour l’économie, le potentiel de développement est aussi de 200 hectares. Idem pour les espaces verts. "Dans 10 ans, l’image de cette zone aura complètement changé".

Le Plan Canal se compose de plusieurs projets découpés par sous-zones. La tour "Upsite" s’intègre dans le projet plus global du quai Béco (voir ci-dessus). Il débute à la Place Sainctelette, passe par Tour et Taxis et se termine à hauteur du bassin Vergote. De grands espaces verts vont y être aménagés. Notamment en face Tour et Taxis, pour compléter le parc qui doit encore y être aménagé. Les entreprises qui occupent actuellement cet espace vont donc devoir être relocalisées un peu plus loin dans le cadre du projet du Village des matériaux, situé sur la rive gauche du bassin Vergote. À cet endroit, l’activité économique primera sur le logement, à l’inverse de la zone du quai Béco.

Ce projet, le gouvernement bruxellois souhaite le clôturer d’ici la fin de la législature. Il a également l’intention de terminer le projet Birmingham, sur la commune d’Anderlecht. Celui-ci est situé dans une zone Zemu. 40% de l’espace sera consacré au logement, 50% à l’activité économique et 10% aux équipements.

Le troisième projet qui devrait se concrétiser plus au sud est celui de Bistebroeck. Il se situe aussi dans une zone Zemu mais dans ce cas-ci le logement sera majoritaire. Les activités économiques bénéficieront tout de même d’un quart de la superficie. À côté de ces trois grands chantiers, on peut aussi citer celui de Schaerbeek-Formation mais qui, lui, ne pourra certainement pas se réaliser au cours de cette législature. Les sols devant d’abord être dépollués.

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