Le prix des certificats verts flambe à Bruxelles

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Contrairement à ce qui se passe en Wallonie, le prix des certificats verts flambe à Bruxelles. Si la tendance se poursuit, les consommateurs risquent de voir leur facture augmenter.

Alors qu’en Wallonie, les certificats verts affluent chez le gestionnaire du réseau à haute tension Elia pour bénéficier du prix garanti de 65 euros pièce, faute de trouver acquéreur à ces conditions sur le marché, le prix des certificats verts flambe à Bruxelles. "Nous devons remettre nos quotas de certificats verts à Brugel pour la fin du mois de mars. Et pour la première année, j’ai eu du mal à couvrir mes besoins, témoigne Xavier Rigo, qui dirige le fournisseur d’énergie Octa+. Les prix étaient de 82 ou 83 euros pièce jusqu’en septembre ou octobre, mais ils ont grimpé ces dernières semaines. Il y a une réelle tension sur le marché. La dernière offre que j’ai vue était à 110 euros! Heureusement, un client qui disposait d’un stock a accepté de me le céder à un prix plus raisonnable, ce qui m’a permis de combler mon manque."

"Si le phénomène se poursuit, les fournisseurs vont être obligés d'augmenter leurs prix à Bruxelles."
Xavier Rigo
Directeur électricité et gaz chez Octa+


Un marché de vendeurs

L’expérience vécue par Octa+ n’est pas un cas isolé, confirme Brugel, le régulateur bruxellois, qui explique que plusieurs fournisseurs inquiets l’ont contacté. "Les dernières transactions sont effectivement au-dessus du prix moyen observé depuis deux ou trois ans, et qui était resté fort stable. Nous sommes désormais dans un marché dirigé par les vendeurs plutôt que par les acheteurs", analyse Pascal Misselyn, administrateur-coordinateur de Brugel. Les vendeurs sont les propriétaires des installations d’énergie renouvelable, tandis que les acheteurs sont les fournisseurs d’électricité, obligés de couvrir un certain pourcentage de leurs volumes par des certificats verts.

Il n’y a pas lieu pour autant de parler de pénurie, estime le régulateur bruxellois. Pour remplir leurs obligations pour 2016, les fournisseurs d’électricité vont devoir remettre à Brugel quelque 429.000 certificats verts d’ici au 31 mars. "Or il y a actuellement en tout 440.000 certificats verts, dont 72.000 chez les producteurs ou les intermédiaires. Et Brugel va octroyer dans les prochains jours 25 à 30.000 certificats verts supplémentaires pour la production du dernier trimestre 2016", détaille Pascal Misselyn.

Si les prix augmentent, c’est sans doute que plusieurs acteurs du marché ont pris conscience d’un risque de pénurie lors de la remise des quotas 2018, en mars 2019, et cherchent à se prémunir contre cette rareté, poursuit le régulateur. "C’est un risque que nous avons souligné dans différents rapports et avis à la ministre de l’Énergie", explique Pascal Misselyn.

100 €
Les dernières transactions observées se sont faites à plus de 90 euros le certificat, avec même des pointes au-delà des 100 euros.

Optiment, un des intermédiaires sur ce marché des certificats verts, attribue plutôt la flambée des prix à un quota trop élevé imposé aux fournisseurs: 8,2% de l’électricité qu’ils vendent devait être couverte par des certificats verts en 2016, contre 4,5% en 2015, une hausse introduite afin de réduire le surplus de certificats dans le marché et d’absorber les certificats supplémentaires venant de l’incinérateur bruxellois. "Sur le papier, c’était correct. Mais dans la réalité, cette augmentation a été trop forte, sur un marché bruxellois très spécifique, puisqu’une quantité importante de certificats verts est dans les mains de particuliers ou d’administrations, qui ne mettent leurs certificats sur le marché qu’une ou deux fois par an. Le marché est en outre si petit que le comportement de l’un ou l’autre acteur dominant est crucial, même s’il n’y a aucune volonté d’abus ou de manipulation", analyse Lieven Bloeyaert, responsable d’Optiment.

Les prix des dernières (rares) transactions observées dépassent largement les 90 euros, avec des pointes au-delà de 100 euros, confirment tous nos interlocuteurs. Soit davantage que les 100 euros d’amende imposée pour chaque certificat vert manquant. Cela s’explique par le fait que les certificats verts achetés sont déductibles fiscalement, alors que l’amende ne l’est pas.

"Si le phénomène se poursuit, les fournisseurs vont être obligés d’augmenter leurs prix, et les consommateurs vont payer la facture", avertit Xavier Rigo (Octa+). "Pour 2016, nous avons pu couvrir nos obligations, mais nous craignons que le marché ne reste tendu à l’avenir, sauf s’il y a un développement important de nouvelles installations de production d’énergie renouvelable", signale Anne-Sophie Hugé, porte-parole d’Engie Electrabel, le plus important fournisseur sur le marché bruxellois. Lieven Bloeyaert (Optiment) se veut plus rassurant. "Je pense plutôt que les autorités vont résoudre le problème en réduisant davantage le quota (NDLR. il est fixé à 7,8% pour 2017) ou en ouvrant à nouveau la porte aux certificats verts wallons, comme cela a été le cas par le passé", parie-t-il.

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