Le problème (de) Georges-Louis Bouchez

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Georges-Louis Bouchez est sous le feu des critiques des négociateurs de la Vivaldi. Au MR, on estime que cette charge sert surtout à cacher que l'on est loin d'un accord.

Rien ne va plus pour Georges-Louis Bouchez. Le président du MR est dans la tourmente depuis dimanche. Plus personne au sein de la - moribonde- coalition Vivaldi ne se cache vraiment encore pour dénoncer son attitude. Les sept partis étaient pourtant attendus cette semaine avec un vrai pas décisif vers la formation d'un gouvernement fédéral.

Qu'est-ce qui a mis le feu aux poudres? Une interview au périodique flamand Humo parue dimanche alors que les négociations se poursuivaient. Georges-Louis Bouchez y est affirmatif: Sophie Wilmès restera Première ministre, dit-il, alors que les sept partis ne s'étaient pas mis d'accord sur ce point.

Au passage, il indispose Ecolo/Groen en affirmant que la Vivaldi sera, avec les verts donc, "plus à droite" qu'une coalition associant la N-VA. Dimanche, il célébrait aussi publiquement la perte par le PS de sa majorité absolue à Mons. Pas idéal en pleine négociations avec les deux partis de gauche.

Dans le même temps, le président du MR ne cesse de déplorer, parfois avec violence, des fuites dans la presse néerlandophone. "Tout le monde a reçu l'article de Humo en séance, ça a fait déborder la marmite", raconte un participant. Les sept étaient pourtant d'accord: pas de com' intempestive.

"Georges-Louis Bouchez est le seul président à ne jamais avoir de parlementaire ou de ministre à ses côtés en plénière."
Un négociateur

Seul et à côté de la plaque

Et les langues de se délier. Son néerlandais est trop faible pour qu'il saisisse la technicité des dossiers. "Il n'est arrivé qu'après 15 minutes de débat en néerlandais, il intervient complètement à côté de la plaque, témoigne un observateur. Un blanc s'en est suivi...". Sur des discussions techniques, le président du MR n'intervient parfois qu'avec des postures et des slogans simplistes qui ne permettent pas d'avancer, entend-on en coulisse.

Ce problème est d'autant plus pénalisant que Georges-Louis Bouchez est "le seul président à ne jamais avoir de parlementaire ou de ministre à ses côtés en plénière", glisse une source. De telles négociations sont faites de bilatérales et de caucus en tous genres auxquels les partis invitent, selon les domaines traités, leurs spécialistes respectifs. On rappellera que les cinq partis non-libéraux de la Vivaldi ont réclamé dimanche que la Première ministre Sophie Wilmès entre dans la délégation du MR pour "recadrer" son président...

Chez les négociateurs, on fustige ses retards systématiques sans qu'aucun mot d'excuse ne soit prononcé par le président du MR.

Des négociateurs pointent des prises de position différentes du MR entre les groupes techniques et les séances plénières où Georges-Louis Bouchez torpille son propre sherpa. "Parfois sur des sujets fondamentaux, comme les voitures de société ou la fiscalité", dit un témoin. Cela crée des problèmes de coordination, entend-on. Car un sherpa, "c'est la voix du président, dans ces circonstances, il a plus de poids qu'un ministre ou un parlementaire", confirme un habitué.

Manque de disponibilité

Dernier missile: le respect de l'organisation des négociations. À quelques heures d'un rendez-vous au Palais, celles-ci exigent une disponibilité maximale. Georges-Louis Bouchez a pourtant écourté les discussions à deux reprises vendredi pour prendre part à deux événements liés à la commémoration de la mort de Jean Gol.

Dimanche, il s'est absenté près de deux heures pour discuter de la réforme des statuts du parti avec ses mandataires du Brabant wallon. Chez les négociateurs, on fustige ses retards systématiques sans qu'aucun mot d'excuse ne soit prononcé par le président du MR. Ce dernier ferait ainsi poireauter des dizaines de négociateurs et de collaborateurs.

Dimanche, l'exaspération était telle que l'Open Vld envoyait des signaux désespérés à tout ce qui se faisait de libéral francophone. N'en jetez plus, parole à la défense.

Pour certains libéraux, la charge menée contre Georges-Louis Bouchez est de nature à cacher le peu d'avancées engrangées par les préformateurs.

Une charge cache-misère

Georges-Louis Bouchez a réuni son bureau de parti ce lundi matin alors que les critiques précitées faisaient la une de presque tous les journaux flamands. Il a présenté l'épisode comme une dramatisation classique alors qu'approchait la case palais royal.

Les ambitions d'Alexander De Croo (photo) pour le poste de Premier ministre pèseraient sur l'attitude de l'Open Vld pendant les négociations. ©BELGA

Le MR défend les fondamentaux libéraux, entend-on au sein du parti, alors que l'Open Vld, cadenassé par la mission d'Egbert Lachaert et les ambitions d'Alexander De Croo pour le 16, ne monte pas suffisamment au créneau pour faire pencher l'accord plus à droite. C'est le cas en fiscalité sur le capital et sur la trajectoire budgétaire à suivre, assuraient plusieurs sources MR dès dimanche. "On est esseulés sur nos thèmes", confirmait un poids lourd en bureau.

Pour certains libéraux, la charge menée contre Georges-Louis Bouchez est de nature à cacher le peu d'avancées engrangées par les préformateurs. "Le grand public ne se rend pas compte qu'il n'y a d'accord sur rien", explique un ténor. Il ajoute: "ils travaillent à l'ancienne sur un accord de 120 pages". Traduction: on veut trop aller dans le détail alors que des grands principes permettraient une gestion plus souple de la crise.

Au MR, on évoque aussi une stratégie de bonne guerre pour obtenir un maximum de ces négociations en termes d'influence au sein du prochain exécutif. En bureau de parti, on témoigne tout de mêmes de vives inquiétudes exprimées notamment par Sabine Laruelle et Jean-Luc Crucke. Avec une Sophie Wilmès pour faire baisser la tension. La Première défend son président.

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