Le projet de méga-prison de Haren revient sur la table avant les élections

©Photo News

Depuis plus de trois ans, maître d’ouvrage public et opposants au projet de la nouvelle prison bruxelloise centralisée à Haren s’opposent juridiquement devant le Conseil d'Etat. Le dossier refait surface en pleine campagne électorale, à l’initiative des associations citoyennes opposées au projet.

Selon les les associations opposées depuis près de dix ans déjà au projet immobilier de prison centrale lancé à Haren (Bruxelles), la première auditrice du Conseil d'Etat a rendu, en octobre dernier, un avis négatif sur le dossier, motivant l'annulation des permis d'urbanisme et d'environnement accordés à Cafasso, le consortium international soumissionnaire retenu (Cafasso/Macquarie/FCC/Denys) chargé de financer, de construire et d'assurer la maintenance (DBFM) de l'établissement.

"Nous nous étions jusque-là refusés à communiquer sur l'avis de l'auditeur, considérant que le calme requis pour la conduite des débats devant le Conseil d'Etat imposait la retenue. Mais nous devons constater que la partie adverse s'efforce de tirer profit de notre retenue, en foulant au pied les principes élémentaires de la démocratie, et en présentant la mégaprison comme acquise et déjà réalisée, dans les médias comme sur le terrain. Nous avons par conséquent décidé de mettre en lumière l'attitude des promoteurs de ce projet et de communiquer sur l'état actuel du dossier", motivent les associations opposées au projet pour expliquer leur silence depuis octobre et leur réveil soudain.

"Le projet de mégaprison à Haren a d'ores et déjà un coût écologique exorbitant et constitue une insulte cinglante à la démocratie."
Comité de Haren
opposants au projet

Ces dernières estiment que les travaux doivent cesser dans l'attente de la décision finale du Conseil d'Etat afin de "garantir un fonctionnement normal de la justice". "Le gouvernement Michel, Koen Geens, le ministre de la Justice qui a hérité de la tutelle de la Régie des bâtiments, le ministre-président de la Région Bruxelloise, le bourgmestre de Bruxelles disposent chacun de moyens politique, administratif et juridique suffisants et praticables pour stopper le début de chantier", concluent les associations, qui parlent d’un dossier "mal pensé, mal conçu, entouré d'une opacité inacceptable, toxique et qui affecterait gravement le fonctionnement de la Justice et la politique d’insertion des détenus". "Il a d'ores et déjà un coût écologique exorbitant et constitue une insulte cinglante à la démocratie", cosignent les opposants de tout bord réunis autour du Comité de Haren (Laurent Moulin), qui promettent de ne pas en rester là.

Son de cloche aux antipodes à la Régie des Bâtiments

De l’autre côté du gué, à la Régie des Bâtiments, qui joue le rôle de maître d’ouvrage délégué par la tutelle fédérale, on tient à remettre l’église – la future prison – au milieu du village. Les recours contre le projet ne datent pas d’hier et le bloquent depuis trois ans déjà, date de la délivrance des permis. Une première salve de recours auprès du Conseil d’Etat, en suspension ceux-là, ont été déboutés entre septembre 2017 et octobre 2018, confirmant les permis d’urbanisme et d’environnement délivrés auparavant. "Tous les feux étaient alors au vert et nous avons pu enfin signer avec le consortium privé le contrat DBFM (Design/Build/Finance/Maintenance) permettant de lancer les chantiers et le planning de fermeture des prisons existantes, qui sont dans un état indigne d’un Etat de droit", explique-t-on à la Régie des Bâtiments où l’on ajoute qu’attendre l’issue aléatoire de la procédure parallèle lancée en annulation, qui prend souvent plusieurs années, aurait hypothéqué définitivement le contrat engagé.

La surprise est sans doute venue de la rapidité inattendue du Conseil d’Etat pour rendre son avis sur le recours en annulation. Celui-ci est en effet tombé en octobre, soit trois mois à peine après la signature du contrat public-privé avec le consortium international soumissionnaire retenu (Cafasso/Macquarie/FCC/Denys).

C’est un autre auditeur que lors du recours en suspension (débouté) qui a, cette fois, traité le dossier. Selon nos informations, l’avis rendu, favorable à une annulation des permis délivrés, serait motivé cette fois par la non-prise en compte d’un plan d’eau (accumulation d’eau? mare?) présent sur le site concerné par le chantier. Les deux parties fourbissent pour l’instant leurs armes pour défendre leurs positions avec les plaidoiries programmées avant l’arrêt officiel. En aucun cas, selon le maître d’ouvrage, un accord amiable aurait été pris pour geler le chantier avant ce moment butoir. "Que du contraire: les responsables fédéraux et régionaux – adoubés par le Cabinet d’avocats Stibbe - nous ont donné le feu vert pour ne plus attendre et nous avons entamé les travaux de dépollution du site, les terrassements et le déplacement du sentier du Keelbeek qui avait été au centre de la polémique avec les opposants au projet", précise-t-on à la Régie des Bâtiments.

Koen Geens, le nouveau ministre de tutelle, doublement motivé à faire avancer le dossier rapidement puisqu’il est également en charge de la Justice - et donc au four et au moulin - devrait sans doute réagir rapidement par voie de presse.

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