Le PS dit non à l'ouverture du capital de Sibelga au privé

©Sibelga

L’ouverture du capital de Sibelga, évoquée depuis des années, est au frigo, si pas abandonnée. Le PS bruxellois s’y oppose.

Le patron de Sibelga, homme clé du secteur de l’énergie, était un fervent défenseur du projet. "Si Sibelga ouvre son capital, ce sera cette année encore", nous déclarait, en mars, Luc Hujoel, qui dirige l’intercommunale de distribution d’électricité et de gaz bruxelloise, à 100% dans les mains des communes. Il avait réussi à rallier à sa cause un grand nombre de mandataires communaux. Mais la fédération bruxelloise du Parti socialiste a dit non.

La question était évoquée depuis des années. Quand Electrabel s’était retiré du capital de Sibelga fin 2012, une sortie imposée par les autorités, on disait la situation temporaire. Et les statuts de Sibelga avaient été modifiés pour permettre à un ou plusieurs partenaires extérieurs au secteur de l’énergie de prendre jusqu’à 30% de la société.

Luc Hujoel, directeur général de Sibelga. ©Laurie Dieffembacq

Des contacts avaient été pris avec des partenaires potentiels, comme la fameuse Caisse de dépôt et placement du Québec, déjà actionnaire de Fluxys, mais aussi d’autres investisseurs à la recherche d’un rendement stable et sans trop de risque. Certaines simplifications avaient également été opérées au sein de la structure, pour faciliter sa lisibilité. Et une fenêtre se présentait cette année, estimait Luc Hujoel (photo ci-contre), une telle opération étant délicate à mener en fin de période tarifaire, quand il faut renégocier avec le régulateur les tarifs pour les années à venir. Or, les tarifs actuels courent jusqu’en 2019.

Un gage de bonne gouvernance

Les arguments en faveur de l’entrée d’un partenaire privé dans Sibelga? Un actionnaire bien choisi pouvait aider à en professionnaliser encore la gestion, et constituer une garantie en termes de gouvernance, estimait le management de Sibelga. Autre avantage aux yeux des mandataires communaux: même si Sibelga n’a pas besoin de renforcer ses fonds propres, cela aurait sécurisé pour de longues années les dividendes venus d’Interfin, l’intercommunale de financement qui détient 99,9% du gestionnaire de réseau bruxellois, mais aussi des participations dans Elia, Fluxys, Publi-T et Publigaz.

"Sibelga fonctionne bien. Il n’y avait donc aucune raison de se lancer dans une privatisation." Le porte-parole de Laurette Onkelinx

L’intercommunale de financement a promis aux communes bruxelloises de maintenir ses dividendes, en les indexant – ils sont ainsi passés de 73 millions en 2003 à 95 millions d’euros aujourd’hui. Et ce, malgré le fait que plusieurs éléments tendent à pousser ces rémunérations à la baisse, en particulier la stagnation du nombre de kilowattheures distribués, et les très faibles taux des OLO, qui pèsent sur le résultat régulé de Sibelga, mais aussi sur celui d’Elia et de Fluxys. "Interfin doit donc régulièrement puiser un peu dans ses réserves pour tenir ses promesses. Ouvrir le capital de Sibelga aurait permis de faire rentrer de l’argent frais chez Interfin, ce qui nous aurait permis de voir venir pour longtemps", glisse un mandataire socialiste.

Le comité directeur de Sibelga, une émanation du conseil d’administration qui ne rassemble que sept administrateurs qui suivent les dossiers de plus près, avait donné son feu vert. Et Luc Hujoel, étiqueté socialiste, a pris son bâton de pèlerin pour aller voir les principaux partis politiques et obtenir un consensus plus large, une décision de ce type nécessitant notamment l’aval du gouvernement bruxellois.

Mais surprise: la fédération bruxelloise du PS a dit niet, il y a quelques semaines déjà, a appris L’Echo. L’opposition est notamment venue de Laurette Onkelinx en personne, nous affirme-t-on, attachée à un contrôle fort des pouvoirs publics, mais soucieuse également de ne pas soutenir un projet qui avait les faveurs du MR. À la fédération bruxelloise du PS, on n’est guère disert. "Nous sommes contre tout simplement parce que Sibelga fonctionne bien. Il n’y avait dès lors aucune raison de se lancer dans une privatisation", réagit la porte-parole de Laurette Onkelinx.

De privatisation, il n’était toutefois pas réellement question. "Ouvrir le capital ne changeait rien à cet égard, puisque les acteurs publics gardaient le contrôle, réagit un administrateur socialiste de Sibelga. Nous avions même proposé une série de garde-fous: imposer qu’il s’agisse d’un acteur européen, et limitant sa prise de participation à moins de 15%. Cela n’a pas suffi à convaincre." Le projet est donc abandonné, ou à tout le moins mis au frigo jusqu’en 2019, après les prochaines élections communales et régionales.

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