Le putsch manqué d'Ahmed Laaouej secoue le PS bruxellois

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Selon plusieurs sources, le chef de groupe à la Chambre a tenté de s’opposer à la nomination de Nawal Ben Hamou, contrecarrant Laurette Onkelinx. L’intéressé dément catégoriquement.

En général, le Parti socialiste est une organisation plutôt disciplinée, marquée par une prise de décision dite verticale. Une fois que le top du parti a pris attitude, qu’elle plaise ou pas, il s’agit de la suivre et de la défendre. Cependant, à mesure qu’approche le départ de Laurette Onkelinx de la présidence de la Fédération bruxelloise, la maison PS connaît manifestement quelques remous. Là où en général la contestation reste sous cape et le linge sale est lavé en famille, voici qu’on apprend à bonnes sources qu’un des leaders du PS régional s’est embarqué dans une entreprise qui s’apparente à un croc-en-jambe politique, voire à un putsch.

Victimes: Laurette Onkelinx, présidente de la Fédération bruxelloise du parti et la secrétaire d’État que la première citée a propulsée au sein du gouvernement bruxellois, Nawal Ben Hamou. On vous raconte, en précisant d’emblée qu’Ahmed Laaouej dément toute implication dans cette histoire. Mais le fait est là, celle-ci circule de plus en plus, secouant la Fédération bruxelloise du PS. Elle ne devrait pas rester sans conséquences dans la course à la succession de Laurette Onkelinx pour le leadership dans la capitale.

"Je n’ai aucune connaissance de ces informations."
Ahmed Laaouej
Chef du groupe PS à la Chambre

Le chef du groupe PS à la Chambre n’était pas présent à l’occasion du congrès de participation organisé à la mi-juillet à Saint-Josse à la suite de l’accord qui a mis en place le gouvernement Vervoort III. Une absence remarquée liée "à des raisons personnelles", affirme Ahmed Laaouej. Selon plusieurs sources internes, le bourgmestre de Koekelberg et tête de liste bruxelloise du PS pour les élections du 26 mai avait quelques raisons de fulminer: la nomination de Nawal Ben Hamou, 32 ans, comme secrétaire d’État ne lui a pas convenu, confirme-t-on. Cette désignation surprise est mise au crédit de Laurette Onkelinx. "Ahmed avait sans doute un autre casting en tête", confie un socialiste.

Manoeuvres dans l'ombre

Selon plusieurs témoignages tenant à leur anonymat auxquels L’Echo accorde un crédit certain, Ahmed Laaouej a donc entamé, le soir même du congrès, un exercice de lobbying afin d’activer l’une des règles statutaires du PS bruxellois. Elle est simple: trois sections locales peuvent convoquer un nouveau congrès de Fédération afin de contester une décision.

Ahmed Laaouej et certains de ses proches ont pris leur téléphone pour convaincre au moins trois sections locales de se lancer dans ce crime de lèse-majesté.

Ahmed Laaouej et certains de ses proches ont donc pris leur téléphone pour convaincre au moins trois sections locales – on imagine que celle de Koekelberg était acquise à la cause – de se lancer dans ce crime de lèse-majesté. Watermael-Boitsfort et Schaerbeek ont refusé "de jouer dans ce jeu-là", confirme-t-on à L’Echo. Les locales d’Evere et de Saint-Josse furent également sollicitées, sans plus de succès. La manœuvre s’est donc royalement plantée avant de s’éventer dans les cercles socialistes. Jusqu’aux plus hauts, évidemment.

Ahmed Laaouej dément

Contacté ce jeudi par L’Echo, Ahmed Laaouej oppose un démenti formel à ces éléments dont il dit n’avoir aucune connaissance et qu’il qualifie de "folie furieuse" et de "manipulations" issues du climat de tension que peut générer la campagne interne qui s’annonce pour renouveler les instances régionales du parti. Au PS, on parle toutefois du "coup de sang" d’un Ahmed Laaouej qui aurait préféré – la thèse circule – voir la députée fédérale Caroline Désir intégrer le gouvernement bruxellois et faire ainsi monter à la Chambre son suppléant, Khalil Aouasti, qui n’est autre que le premier échevin PS à Koekelberg.

Désavouer Laurette Onkelinx

L’affaire laissera des traces en interne, c’est une certitude. Au PS, on évoque une démarche "grave" qui, si elle avait abouti, aurait eu pour conséquence un désaveu complet de Laurette Onkelinx à quelques mois de sa sortie. Tenter une telle manœuvre "contre une personnalité qui a tant donné pour le parti" est extrêmement mal perçu. Le moment de l’élection interne et sa concomitance avec celle du prochain président du Parti socialiste sont pour l’heure des questions qui restent en suspens. Plusieurs personnalités fortes du PS sont d’ores et déjà citées pour succéder à Laurette Onkelinx.

C’est le cas de Philippe Close, bourgmestre de la Ville de Bruxelles, Rachid Madrane, président du Parlement bruxellois ou encore Catherine Moureaux, bourgmestre de Molenbeek. Le nom d’Ahmed Laaouej, renforcé par sa victoire sur le MR aux communales mais affaibli par ses résultats aux législatives (deux sièges perdus), circulait également. Pour l’heure, la position de la voix du PS en matière fiscale et budgétaire semble pour le moins fragilisée.

 

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