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Le quartier européen tourne au ralenti, pas les institutions

Le quartier européen de Bruxelles reste désert en ce début septembre. ©Tim Dirven

À Bruxelles, les institutions européennes ont fait leur rentrée, mais le télétravail y reste la règle. C’est une ville dans la ville qui tourne au ralenti.

"La clé de la réussite c’est d’avoir dans la salle le député européen, le journaliste du secteur et le fonctionnaire de la Commission: sans ces ingrédients, les associations ne viennent pas", lance Laurent Brihay, patron du Press Club Brussels Europe qui organise conférences et événements.

Il est à l’intersection des mondes qui font vivre le quartier européen de Bruxelles. Et sans surprise, son activité a subi de plein fouet la crise d’ankylose du quartier provoquée par le coronavirus. La plupart des eurodéputés ne viennent plus en ville, les journalistes sont tenus à l'écart de la Commission et le mot d'ordre pour les fonctionnaires est de travailler à domicile.

"C’est un modèle qui restera après la crise [mais] il faut que le présentiel demeure!"
Laurent Brihay
Directeur exécutif du Press Club Brussels Europe

Conséquence pour l'îlot de networking de Laurent Brihay: quelque 180 événements annulés depuis le confinement. "Pour une petite structure comme nous, c’est énorme." Avec la rentrée pourtant, un retour des activités se fait jour: il affiche une trentaine d’événements pour les deux prochains mois.

Par mesure sanitaire, la capacité d'accueil de sa salle est trois fois moindre, mais le livestream est désormais systématique. "C’est un modèle qui restera après la crise, c’est certain. Mais la retransmission pose la question du suivi: les gens restent un peu, ne suivent pas tout. Il faut que le présentiel demeure!"

Le télétravail reste la norme

En matière de présence physique, de la place du Luxembourg au rond-point Schuman, ce sont les institutions qui donnent le ton. Et pour l'heure, elles se satisfont largement des palliatifs numériques. La visioconférence, c’est depuis le début de la crise du coronavirus leur baguette magique - le Parlement, lui-même, réussit la prouesse d’organiser des plénières de 705 députés pour l’essentiel à distance.

Au Parlement européen, les réunions se font essentiellement à distance, même en plénière. ©Tim Dirven

On ne pénètre son enceinte bruxelloise qu'après avoir montré patte blanche en passant au détecteur de température – on entre alors dans une communauté de personnes certifiées à "37,7°C ou moins". Quelques parlementaires et leurs assistants sont de retour dans les couloirs, mais nombreux sont ceux qui restent chez eux. Quant aux fonctionnaires, leur présence est régie par un code couleurs - rouge orange ou vert - qui détermine pour chacun le temps de télétravail requis: 70%, 80% ou 90%, selon le degré d'utilité de leur présence physique.

20%
Maximum 20% du personnel de la Commission européenne peut travailler au bureau.

Ici aussi certains nouveaux usages pourraient se pérenniser. "Une réflexion est en cours au Secrétariat général pour voir dans quelle mesure on peut tirer des bénéfices de cette organisation en télétravail à l'avenir, pour certaines fonctions en particulier, la traduction par exemple", explique Delphine Colard, porte-parole adjointe de l’institution.

À la Commission aussi "il y a une réflexion en cours sur la manière d'utiliser les développements causés par la pandémie comme une opportunité pour moderniser, numériser et flexibiser nos méthodes de travail", indique-t-on au Berlaymont. On devrait en voir le résultat dans une nouvelle stratégie de gestion des ressources humaines, en cours de développement.

En attendant, le télétravail reste la norme pour la grande majorité des fonctionnaires et contractuels: 20% maximum du personnel peut travailler au bureau. Le quartier le sent passer.

Ceux qui restent portes closes...

Dans la discrète rue de l’Industrie, en face du siège du puissant Parti populaire européen (PPE), le Stanhope, hôtel 5 étoiles, reste portes closes. "Nous venons de décider de prolonger la fermeture jusqu’au 2 novembre", indique son General manager, Frédéric Hill.

En temps normal, l’établissement de luxe travaille beaucoup avec les institutions et l'univers qui gravite autour, accueillant chefs d’État et ministres, entrepreneurs et lobbyistes. Pour l’heure l’encéphalogramme est plat, pour la suite "tout va dépendre des réservations, mais pour l’instant c’est le néant", constate-t-il.

... et ceux qui sont ouverts malgré tout

Face au Berlaymont et à sa banderole géante de promotion du plan de relance européen "Next Generation EU", la libraire Schuman est restée ouverte, avec sa vitrine où s'exposent pêle-mêle manuels de préparation aux concours de la fonction publique européenne, souvenirs pour européistes convaincus et essais géopolitiques. "On doit vivre sur nos réserves, et je ne vois pas de différence depuis la rentrée", déplore sa patronne.

"On sait que ça va être difficile au début (...). Mais à un moment, il faut prendre le risque de relancer la machine, sinon tout s'éteint."
Frédéric Rouvez
Exki, CEO

À deux pas de là, sur le rond-point, un établissement de la chaîne Exki témoigne d'une certaine reprise. "Pour ce restaurant, on était à environ 30% de l'activité à la réouverture, on est aujourd'hui à 66%", explique Frédéric Rouvez, le patron de la chaîne.

Si la chaîne est un bon baromètre de l'activité de ce quartier où se concentrent le siège de la Commission, celui du Conseil ainsi que l'administration européenne des Affaires étrangères (SEAE), c'est qu'elle y possède trois restaurants. Mais un seul est ouvert. Un deuxième doit rouvrir très prochainement.

"On n'a aucune visibilité"

"On sait que ça va être difficile au début, connaissant les instructions de la Commission européenne en matière de télétravail et sachant qu'il y a peu de résidents dans le quartier. Mais à un moment, il faut prendre le risque de relancer la machine, sinon tout s'éteint", explique Frédéric Rouvez.

Il ne se fait pas d'illusion pour l'instant en termes de rentabilité. "Les gens ne seront pas au bureau avant la fin décembre. J'espère que début janvier, ils reviendront." Cela dépendra bien sûr des instructions données par les institutions à leurs fonctionnaires et employés. En la matière, "on n'a aucune visibilité, c'est fort dommage d'ailleurs".

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