analyse

Les conséquences de l'éviction d'Emir Kir

Le député-bourgmestre Emir Kir a été exclu du PS en fin de semaine dernière. ©Photo News

Finie l'hypothèse de l'arc-en-ciel au Fédéral. Et les tensions à la fédération bruxelloise du PS apparaissent plus nettes que jamais. L'exclusion d'Emir Kir du PS a des répercussions à plusieurs niveaux de pouvoir.

Le député-bourgmestre de Saint-Josse-ten-Noode Emir Kir a été exclu du PS par la commission de vigilance du parti. Quelles seront les répercussions de cette décision sur la scène politique belge?

Au Fédéral

On ne parlera plus d'arc-en-ciel. Cette coalition était l'une des pistes envisagées pour former un gouvernement: les familles libérales, socialistes et écologistes du nord et du sud main dans la main.

Avant, on avait l'impression que le problème venait de l'Open Vld. Mais en fait, le souci, c'est le PS...
Jean Faniel
Directeur général du Crisp

Mais le pays a-t-il perdu là une vraie possibilité d'avoir enfin un gouvernement? Non, parce que le compte était très juste: 76 sièges, alors que le parlement compte 150 élus. Et donc, en effaçant Emir Kir du quota rouge, "on n'a même plus une majorité, constate Jean Faniel, directeur général du Crisp. Le PS n'a plus que 19 membres. Cela ferme une porte de manière inattendue. Avant, on avait l'impression que le problème venait de l'Open Vld, dont les membres plus à droite, comme Egbert Lachaert ou Vincent Van Quickenborne, freinaient. Mais en fait, le souci, c'est le PS..."

Cela relance inévitablement l'option Vivaldi, c'est-à-dire un arc-en-ciel agrémenté par le CD&V. Dont on ne sait toujours pas s'il veut ou pas de cet air-là. Mais ça, c'est l'affaire des informateurs, qui, pour rappel, tentent toujours d'accorder les violons du PS et de la N-VA en vue d'une éventuelle bourguignonne... ou d'une équipe Diables Rouges.

Dans la commune de Saint-Josse

Emir Kir est bourgmestre de Saint-Josse-ten-Noode depuis 2012. Va-t-il, peut-il, le rester? "Il est élu en tant que personne. Il ne peut pas être privé de son poste, mais il pourrait décider de l'abandonner. Il va vraisemblablement vouloir poursuivre ses fonctions", estime le directeur général du Crisp, qui envisage 3 scénarios.

1/ Emir Kir n'est pas suivi par sa majorité. "S'il et désavoué, la situation sera très délicate."

2/ Emir Kir bénéficie toujours de l'appui des membres de la Liste du Bourgmestre. "Tout le monde passe alors dans une sorte de camp 'indépendant', sans le soutien du PS... à moins que celui-ci laisse faire..."

3/ La majorité se divise. Certains pourraient convoiter la place d'Emir Kir. La motion de méfiance constructive qui est possible en Wallonie n'existe pas à Bruxelles. On ne peut pas démettre le bourgmestre.

Actuellement, le deuxième scénario se joue puisque les élus socialistes de la Liste du Bourgmestre de Saint-Josse-ten-Noode ont réaffirmé, samedi, leur soutien au bourgmestre. "Mais la mandature est encore longue, nuance Jean Faniel. Il reste du chemin à parcourir. Cependant, Emir Kir semble entouré de personnes avec qui il entretient de bonnes relations."

À la Région bruxelloise

Cela montre bien que la fédération socialiste bruxelloise reste divisée et sous tension.
Jean Faniel

Emir Kir ne siège pas à la région, mais son exclusion du PS pourrait pousser des élus régionaux à vouloir renier leur appartenance socialiste. On a ainsi appris que le député socialiste Emin Ozkara (député régional depuis 2004 et conseiller communal à Schaerbeek depuis 2010) avait décidé de siéger comme indépendant au Parlement régional bruxellois, à la Commission communautaire commune de Bruxelles-Capitale, au Parlement francophone bruxellois et au conseil communal de Schaerbeek. Néanmoins, précisons que la décision d'Özkara n'est pas clairement liée à l'éviction d'Emir Kir. 

Le PS ne compte plus donc que 16 députés au Parlement bruxellois, devant les 15 d'Ecolo et les 13 du MR. 

Au parti socialiste

"On ne transige pas avec les valeurs", a insisté Elio Di Rupo sur La Première. Mais le front rouge n'est pas si uni. On a entendu quelques socialistes, comme Rachid Madrane, président du parlement bruxellois, appeler au calme et ne pas désavouer Kir. "Cela montre bien que la fédération socialiste bruxelloise reste divisée et sous tension", relève Jean Faniel.

Cette exclusion va faire bouger les lignes. On pourrait voir d'autres dissidences. "Mais cela pourrait aussi faire passer chez d'autres l'envie de sortir du rang..."

Pour l'homme

Quelle peut être la suite de la carrière d'Emir Kir? Rappelons qu'il peut toujours aller en appel de la décision prise par la commission de vigilance du PS, dans un délai d'un mois.

Il est élu en tant que personne. Il ne peut pas être privé de son poste.
Jean Faniel

Et tant qu'il n'y a pas d'élections, on l'a vu, la question ne se pose pas vraiment, il peut garder son mandat fédéral et son poste de bourgmestre. En cas de scrutin fédéral anticipé, Emir Kir briguera-t-il à nouveau un siège à la Chambre? "Il pourrait lancer une liste alternative et voir s'il arrive à rallier suffisamment de monde autour de lui", explique le directeur du Crisp.

Si l'on se projette en 2024 et les prochaines élections selon le calendrier prévu... beaucoup d'eau aura coulé sous les ponts. Le soutien à l'égard du bourgmestre se sera-t-il effrité? Ou renforcé? 

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