Les députés dans une situation pas très courante

Le premier ministre Yves Leterme s'est installé sur les bancs des députés.

Le Parlement ne sait pas trop bien quel rôle jouer dans l’actuel no man’s land de la politique belge.

Dans quelle pièce jouent-ils? Les députés sont revenus ce mardi dans l’hémicycle sans trop savoir si c’était une première ou une dernière séance, s’ils s’installaient pour de bon ou s’ils faisaient juste un petit "coucou" avant de repartir en campagne…

Même son unique point à l’ordre du jour -la désignation du bureau- est aléatoire: André Flahaut (PS) et ses vice-présidents ont certes été reconduits par acclamation, mais Flahaut a pris soin de préciser que cette décision "pourrait être ajustée, quand un gouvernement sera en place". "L’espoir fait vivre", a lancé l’un de ses prédécesseurs au perchoir, Herman De Croo (VLD).

Le traditionnel jeu majorité-opposition est aussi bousculé. Y a-t-il majorité? Apparemment non, puisque les bancs de l’exécutif sont vides et que les Leterme, Reynders, Onkelinx et consorts siègent parmi les députés. Mais, cela n’empêche pas Flahaut d’ouvrir la séance par un "Monsieur le Premier ministre, mesdames et messieurs les ministres"…. Alors, en place ou pas, ce gouvernement? Décidément, on hésite.

Solution intermédiaire

"Il n’y a pas 36 solutions, estime Thierry Giet (PS). Soit le gouvernement est démissionnaire et alors il ne peut pas s’atteler au prochain budget; soit il est réellement remis en selle, comme ce fut le cas de Guy Verhofstadt en 2007. Les solutions intermédiaires, ça n’existe pas."

Le temps joue pourtant en faveur de ces solutions intermédiaires. La notion d’affaires courantes s’élargit d’elle-même au fil des semaines. "En juillet ou en août, nous n’aurions pas prolongé les mesures anti-crise, concède Sabine Laruelle (MR). Mais bon, les 22 milliards d’ajustement, ce n’est pas avec les affaires courantes qu’on les trouvera." "Nous devrons renforcer certaines mesures pour assurer la trajectoire, renchérit Guy Vanhengel (VLD). Il nous faudra plus que les douzièmes provisoires pour cela."

Thierry Giet ne les suit pas dans cette voie: difficile d’opérer aujourd’hui des arbitrages politiques qui engageraient le prochain gouvernement. "Ce serait un leurre, dénonce Catherine Fonck (cdH). On ne nous fera pas croire que l’on peut diriger la Belgique avec un gouvernement en affaires courantes. Il est vraiment urgent d’avoir un gouvernement de plein exercice. Nous sommes loin de la goed bestuur, tant rabâchée. regardez Arcelor, Opel, l’AIP… Il serait irresponsable de continuer comme cela."

Démocratie parlementaire

La nouvelle cheffe de groupe du cdH est toutefois prête à analyser les besoins au cas par cas "en bonne intelligence" avec le gouvernement. "Du moment qu’une majorité vote les textes, ça tient la route, opine Thierry Giet. Le Parlement est le premier contrôleur de la notion d’affaires courantes."

Olivier Deleuze (Ecolo) le suit dans cette voie car "après tout, nous vivons en démocratie parlementaire". Il refuse l’idée d’élargir les pouvoirs du gouvernement en affaires courantes ("je ne m’inscris pas dans l’hypothèse que la crise va durer") et plus encore d’un recours aux élections anticipées. "C’est nous, les politiques, qui devons recommencer notre travail, pas l’électeur", dit-il.

Le plus réticent semble paradoxalement le parti du Premier ministre. Servais Verherstraeten (CD&V). Pour lui, c’est les affaires courantes "ni plus ni moins". "Imaginer autre chose serait contraire à la Constitution et au résultat des élections car ce gouvernement n’a que 33 sièges sur 88 en Flandre", dit-il.

Personne n’éprouve le besoin de rassurer la population ou les marchés avec, par exemple, un gouvernement transitoire. Arguments: le budget tient la route, la présidence européenne est un succès, il n’y a pas de raison de céder au catastrophisme.

C’est pour cela qu’il ne fut pas question d’une communication gouvernementale, sous une forme ou sous une autre. "On ne peut pas tromper les gens, conclut Sabine Laruelle. Il n’y a pas de gouvernement de plein exercice. Il faut rester correct et ne pas tenter de donner un sentiment inverse à la population."

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés