Les tunnels seront passés au crible tous les 6 ans

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Une nouvelle ordonnance fixe les normes de sécurité et les conditions d’exploitation des tunnels routiers en Région bruxelloise. Délivrées après l’analyse d’un comité d’évaluation, les autorisations d’exploitation devront obligatoirement être renouvelées tous les six ans.

Début 2016, la crise des tunnels bruxellois éclate. Déclenchée par la chute de morceaux de béton, l’inspection approfondie des ouvrages d’art de la capitale débouche sur la fermeture immédiate du tunnel Stéphanie. Face au tollé médiatique, les réactions politiques fusent et une commission spéciale est mise sur pied au Parlement bruxellois. En substance, celle-ci met en lumière un déficit d’investissement remontant à la création, en 1989, de la Région bruxelloise qui a hérité la gestion des tunnels du niveau fédéral sans pour autant recevoir les moyens financiers adéquats.

Recouvrir davantage le tunnel Trône

Selon les chiffres fournis par le cabinet de Pascal Smet, l’enveloppe globale consacrée à la rénovation des tunnels durant la période 2016-2020 s’élève à 411 millions d’euros, soit une moyenne d’environ 80 millions par an. Les tunnels Stéphanie et Montgomery ont subi d’importantes réparations. La réfection des trémies du tunnel Porte de Namur est terminée tandis que le tunnel Porte de Hal a été entièrement remis à neuf.

D’autres travaux sont toujours en cours dans le complexe Reyers et le tunnel Léopold II ainsi que dans le tunnel Rogier dont la réfection de l’étanchéité avait déjà nécessité un premier chantier. Après une première phase achevée à Trône, les interventions aux trémies ont été suspendues pour une question d’opportunité. La volonté de l’exécutif régional est désormais d’élargir la toiture afin de revoir l’organisation de la circulation en surface, surtout pour les piétons et les cyclistes. Les chantiers dans les tunnels BelliardLoi et Cinquantenaire sont programmés durant la prochaine législature, à partir de 2020.

En charge de ce dossier explosif, le ministre bruxellois des Travaux publics et de la Mobilité Pascal Smet (sp.a) a établi à l’époque un programme pluriannuel d’investissement (PPI) détaillant les mesures d’urgence et les rénovations lourdes pour les 26 tunnels routiers bruxellois. Dans un rapport de 2016, le Crisp affirmait que le progrès enregistré dans le dossier des tunnels bruxellois avec l’adoption du PPI était "spectaculaire". Ce document intégrant travaux de génie civil, rénovation de l’électromécanique et questions de sécurité dans une vision globale tranchait, en effet, avec les méthodes utilisées par le passé.

Même si la gestion des tunnels a donc déjà évolué dans les faits, le gouvernement bruxellois a souhaité graver dans le marbre les bonnes pratiques en la matière. Une nouvelle ordonnance fixant les normes de sécurité et d’exploitation des tunnels vient d’être adoptée en dernière lecture. Celle-ci transpose au niveau bruxellois les exigences de sécurité minimale européennes qui concernent les ouvrages d’art ayant une longueur supérieure à 500 mètres. La majorité des tunnels bruxellois n’étaient donc pas assez longs pour être soumis à cette réglementation jusqu’ici. Sans entrer dans les détails techniques, les normes portent sur le nombre de tubes, l’inclinaison des pentes, les issues de secours, la résistance de la structure et des équipements au feu, l’éclairage, la ventilation, la signalisation routière, les systèmes de surveillance et de communication, les équipements de fermeture des tunnels, etc.

Un comité d’évaluation

Pour exploiter un tunnel, il faudra à l’avenir obtenir une autorisation délivrée par le gouvernement bruxellois à l’issue d’une procédure bien définie. Le gestionnaire du tunnel, en principe Bruxelles Mobilité, rédigera tout d’abord un "dossier de sécurité" comprenant une analyse des risques réalisée par un organisme indépendant et décrivant les mesures de prévention pour assurer la sécurité des usagers. Ce dossier sera examiné par un expert indépendant qui évaluera la pertinence des mesures envisagées. Le dossier de sécurité et l’avis de l’expert seront ensuite transmis à un "agent de sécurité des tunnels" qui émettra également un avis.

"Les pouvoirs publics ne pourront plus dire qu’ils ne sont pas au courant."
Pascal Smet
Ministre bruxellois des travaux publics

Enfin, le tout arrivera entre les mains d’un comité d’évaluation de la sécurité composé de membres compétents en matière de tunnels (Siamu, police, Stib, gestionnaires de tunnels d’autres régions et pays) et chargé de remettre au gouvernement bruxellois un rapport simplifié accompagné d’un avis positif ou négatif et éventuellement assorti de recommandations. Valables six ans, les autorisations délivrées par le gouvernement devront également être renouvelées après tous travaux de transformation substantielle de l’ouvrage. L’intervalle entre deux contrôles consécutifs d’un tunnel ne pourra pas non plus excéder six ans.

Tout incident ou accident significatif survenant dans un tunnel devra faire l’objet d’un compte rendu des faits établis par le gestionnaire du tunnel. Le rapport devra être transmis à l’agent de sécurité, au gouvernement et au service d’intervention dans un délai maximal d’un mois.

L’objectif d’une telle réglementation est évidemment d’empêcher les pouvoirs publics de pratiquer la politique de l’autruche qui a caractérisé pendant des décennies la gestion des tunnels de la capitale. "On sera désormais en pointe sur la méthodologie. À l’avenir, il sera impossible pour les pouvoirs publics de dire qu’ils n’étaient pas au courant", assure Pascal Smet. Le prochain gouvernement disposera toutefois d’un délai de six ans après l’entrée en vigueur de l’arrêté fixant les normes de sécurité pour évaluer la conformité des tunnels déjà en exploitation.

Pascal Smet rêve de supprimer les tunnels avenue Louise

La crise des tunnels avait déclenché au niveau politique une réflexion plus large sur la nécessité ou non de leur maintien à long terme. Au plus fort de la crise, le ministre-président bruxellois Rudi Vervoort (PS) avait évoqué la suppression de certains ouvrages d’art dans un futur de 15 à 20 ans. Mais l’adoption d’un plan pluriannuel d’investissement prévoyant de rénover la totalité des tunnels dans l’intervalle a eu pour conséquence de postposer ce débat de fond.

"On ne touchera pas aux grands tunnels dans les 10 ou 15 prochaines années car nous ne sommes pas prêts. Selon moi, le réaménagement en surface d’axes comme le boulevard Léopold II est plus urgente", estime Pascal Smet (sp.a). En revanche, le ministre bruxellois de la Mobilité espère que l’on se passera rapidement des petits tunnels Bailli et Vleurgat dont les trémies constituent une barrière physique sur l’avenue Louise. "Il faut redonner sa grandeur d’autrefois à l’avenue Louise qui pourrait devenir une promenade verte reliant le centre-ville au bois de la Cambre. Là-dessus, Ville de Bruxelles et Région sont sur la même longueur d’onde!"

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