Moins de militaires, pas assez de policiers et une Ville qui s'inquiète

©REUTERS

La diminution significative de la présence militaire dans l’espace public semble s’enclencher. Ce qui inquiète la Ville de Bruxelles qui impute au fédéral le manque de policiers dans la capitale. Faux, selon le SLFP police qui estime que les zones bruxelloises ne recrutent pas suffisamment.

Les forces militaires chargées de la sécurité des gares et stations de métro réintégreront-elles leurs casernes à brève échéance? Le gouvernement fédéral a tenu à nuancer l’information de VTM selon laquelle ce retrait, qui aurait été décidé de longue date, serait entamé dès septembre prochain. "La réduction des patrouilles de militaires sera menée en concertation avec la police et les services de sécurité et ne se fera pas aux dépens de la sécurité", assurait le ministre de la Défense Steven Vandeput (N-VA) à la chaîne flamande. Ce dernier précisait toutefois lundi que cette réduction progressive de la présence militaire dans l’espace public, principalement bruxellois, était suspendue à l’analyse du Conseil national de sécurité qui doit se tenir à la fin du mois de septembre.

Rien n’est donc encore formellement décidé avant analyse de la menace terroriste en Belgique, mais Steven Vandeput expliquait aussi que cette réduction avait en fait déjà été entamée, les effectifs concernés étant déjà passés de 1.800 à 550 hommes. Le ministre assure par ailleurs que la Défense continuera à protéger des endroits stratégiques comme la rue de la Loi et certaines ambassades. Le Fédéral compensera le départ éventuel des militaires des gares et du métro par de la présence policière.

Close s’en prend au Fédéral

Ce petit cafouillage aura en tout cas donné l’occasion de réagir au bourgmestre PS de la Ville de Bruxelles. "Les militaires vont se retirer mais nous ne voyons rien venir pour le recrutement de policiers supplémentaires, tweetait Philippe Close lundi. Nous avons prévu les budgets (6 millions d’euros) mais pas un policier de plus à l’horizon! (Il en manque 200 pour la zone Bxl.)" Sa crainte: que sa police locale soit forcée de compenser le départ des militaires. Au passage, Philippe Close réaffirme donc que le manque d’effectifs que rencontre sa police zonale (qui couvre les territoires de la Ville de Bruxelles et d’Ixelles) doit être imputé au niveau fédéral. Dans l’entourage de la Ville, on affirme que le recrutement des policiers, y compris de ceux qui sont amenés à intégrer les polices zonales, est organisé voire décidé par le Fédéral et le ministre de l’Intérieur, le N-VA Jan Jambon.

"Monsieur Close fait preuve de malhonnêteté intellectuelle."
Vincent Gilles
Président du SLFP Police

"Monsieur Close fait preuve de malhonnêteté intellectuelle", oppose Vincent Gilles, pour le Syndicat libre de la fonction publique. Le manque d’effectifs policiers à Bruxelles date de bien avant la réforme des polices et doit être expliqué par une sorte de tradition bruxelloise, expose-t-il. Historiquement, et pour des raisons qui ne peuvent être que budgétaires, les polices bruxelloises ne recrutent pas suffisamment, selon Vincent Gilles. "Si les zones de police n’ouvrent pas de postes vacants, les recrutements ne peuvent se faire", ajoute le président du SLFP police. En clair, le Fédéral n’a rien à voir là-dedans.

Suite aux attentats, le gouvernement a même relevé le plafond légal d’équivalents temps pleins destiné à compenser les départs à la retraite dans la police qu’elle soit fédérale ou zonale. Certes, après avoir été réduit à 800, il est passé à 1.600, puis 1.400, 1.500 avant de s’établir à 1.440 en 2018, chiffre Vincent Gilles. Pour le SLFP, le problème du sous-effectif en Région bruxelloise repose sur d’autres facteurs. "Si monsieur Close décidait de procéder aux recrutements nécessaires, ce n’est pas sûr du tout qu’il trouve suffisamment de candidats qualifiés", prédit Vincent Gilles. Très peu de candidats policiers réussissent l’ensemble des épreuves organisées par les académies de police, notamment pour des raisons d’usage d’une des langues nationales. "À ce niveau de qualification, il existe d’autres emplois mieux rémunérés vers lesquels nombre de Bruxellois préfèrent se tourner", ajoute Vincent Gilles, alors que les policiers wallons ou flamands, après quelques années de service dans la capitale, retournent souvent dans leur région d’origine.

Contactée par L’Echo, la zone de police Bruxelles-Ixelles confirme en outre qu’actuellement, elle procède elle-même au recrutement de 40 agents en collaboration avec la police fédérale qui est chargée de l’évaluation des 250 candidatures reçues cette année. C’est sans doute au niveau de cette fonction d’évaluation que les critiques de la Ville se concentrent. Pour le coup est mise en œuvre une procédure accélérée basée sur la réduction des délais entre l’ouverture des postes et la formation des nouvelles recrues. Celle des 40 nouveaux agents bruxellois doit démarrer fin de l’année. "Six mois plus tard, ils intégreront la zone", indique son porte-parole. La patience est d’or.

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