Publicité
plan large

Molenbeek, entre petits scandales et premières mesures sociales

Après des années d'atermoiements, la place Communale de Molenbeek est enfin définitivement débarrassée des voitures qui la squattaient malgré l'interdiction d'y stationner. ©saskia vanderstichele

Trois ans après avoir récupéré le mayorat de Molenbeek, perdu par les socialistes en 2012, Catherine Moureaux, affiche fièrement son bilan social, malgré les couacs à répétition de ses échevins.

Filmer et retransmettre le conseil communal en streaming: promesse tenue par la majorité PS-MR à Molenbeek. Covid oblige, l'événement est entre-temps devenu hybride. Si les chefs de groupe sont présents au Centre communautaire maritime pour faire face au collège, l'ensemble des conseillers communaux participent à la séance de ce 29 septembre 2021 de façon virtuelle.

Appliquant le règlement d'ordre intérieur à la lettre, la bourgmestre commence par refouler une question d'actualité, introduite avec quelques minutes de retard, avant de faire le point sur la crise sanitaire. "Nos centres de vaccination tournent à plein régime, avec une moyenne hebdomadaire de 3.400 doses injectées dans les dernières semaines. On atteindra bientôt la cent millième dose administrée. On fait vraiment notre part de la vaccination dans la Région."

Une double casquette qui exaspère l'opposition

À la fois bourgmestre et présidente du conseil communal, Catherine Moureaux enchaîne ensuite la présentation des points à l'ordre du jour. Posée et intransigeante, la socialiste veille scrupuleusement au respect des temps de parole des autres mandataires.

"Elle veut avoir la main sur tout, ce n'est pas une joueuse d'équipe. Les débats étaient plus constructifs sous l'ancienne législature."
Dirk De Block
Chef de groupe PTB

Cette quasi-omniprésence en séance exaspère l'opposition, qui réclame ce soir-là sa démission du poste de présidente. Chef de groupe cdH, Ahmed El Khannouss lui reproche de jouer sur ses différentes casquettes pour éviter de répondre aux questions qui fâchent tandis que l'unique conseiller DéFI, Rachid Ben Salah, se plaint d'un manque d'impartialité.

Les libéraux, menés par la députée régionale Françoise Schepmans, font de la figuration dans cette majorité, relève en chœur l'opposition. De quoi renforcer le monopole de Catherine Moureaux, qui répondrait aussi très souvent aux questions posées à ses échevins. "Quand elle n'est pas là, ils ne savent pas quoi répondre. Elle veut avoir la main sur tout, ce n'est pas une joueuse d'équipe. Les débats étaient plus constructifs sous l'ancienne législature", déplore le chef de groupe PTB, Dirk De Block.

Tout cela alimente un récit selon lequel, en digne héritière de son père, qui a régné en maître sur Molenbeek pendant 20 ans, Catherine Moureaux serait une femme autoritaire avec une tendance à l'hypercontrôle. Mais l'explication est peut-être plus terre à terre.

Après six ans d'opposition et à l'ère du décumul, les dernières élections ont ouvert la voie à de nombreux novices dans les rangs socialistes. Dans un contexte local tendu, la bourgmestre choisit de garder la main pour éviter que les conseils communaux s'étirent sur deux soirées, comme par le passé.

Des échevins PS impliqués dans plusieurs affaires

En effet, les séances sont souvent électriques et celle de septembre ne fait pas exception. Avec véhémence, Ahmed El Khannouss accuse Houria Ouberri (PS) de cumuler son salaire d'échevine de l'Action sociale avec un poste au sein de l'Abef, une ASBL de droit privé, active dans l'accompagnement scolaire, qui fonctionne à l'aide de subsides publics.

Rien d'illégal, rétorque la socialiste furibarde, qui assure prester ce mi-temps en soirée, après ses heures à la maison communale. Rien d'illégal, certes, mais voilà qui s'ajoute à la pile des "affaires" qui alimentent un autre récit, celui d'une majorité de scandales et de retour au clientélisme.

Mais c'est sans doute l'échevin Jamel Azaoum (PS) qui est le plus en proie aux critiques pour sa gestion de Molenbeek Sport.

Tout débute durant les fêtes de fin d'année 2019, avec l'affaire dite des tapis rouges. L'échevin des Classes moyennes, Amet Gjanaj (PS), avait déployé des illuminations et un tapis rouge long de 2 km dans deux artères commerçantes. D'un montant de 24.000 euros, le marché public est épinglé par la tutelle régionale, l'absence de concurrence pour raisons techniques n'ayant pas été démontrée.

Plus tard, un autre échevin socialiste se retrouve dans la tourmente. En charge de la Mobilité, Abdellah Achaoui, qui a perçu un revenu pour une activité censée être bénévole au sein de l'école de jeunes de l'Union saint-gilloise, fait l'objet d'une enquête ouverte par le parquet de Bruxelles.

Mais c'est sans doute l'échevin Jamel Azaoum (PS) qui est le plus en proie aux critiques pour sa gestion de Molenbeek Sport, ASBL ayant fait l'objet en mars dernier d'un audit externe "catastrophique", selon le terme utilisé par Catherine Moureaux elle-même lors du dernier conseil. À ses yeux, le rapatriement de l'ASBL dans le giron communal assainira la mauvaise gestion héritée de la mandature précédente.

"Si l'opposition parle autant d'éthique et de gouvernance avec des affaires parfois montées de toutes pièces, c'est parce qu'ils n'ont rien à redire sur notre travail de fond."
Catherine Moureaux (PS)
Bourgmestre de Molenbeek

L'audit de KPMG, qui se focalise sur la période 2018-2021, ne précise pas à quand remontent les très nombreux manquements observés, parmi lesquels des achats réalisés sans marché public, du retard dans la publication des comptes, un trop grand recours au cash, l'absence de rapport d'activité annuel et de budget pluriannuel et le risque de conflits avec les clubs par manque de critères clairs d'octroi de créneaux dans les infrastructures sportives.

"Retour de l'humain"

"Si l'opposition parle autant d'éthique et de gouvernance avec des affaires parfois montées de toutes pièces, c'est parce qu'ils n'ont rien à redire sur notre travail de fond", se défend Catherine Moureaux. Lors de son transfuge depuis Schaerbeek en 2015, elle soulignait l'accueil chaleureux émanant de nombreux Molenbeekois ayant besoin de "quelqu'un de très humain qui comprend le terrain social".

Ce retour de l'humain s'est traduit rapidement par la gratuité des garderies du midi. Manque à gagner pour la commune: 800.000 euros. "Ce n'est pas une petite mesure. Cela touche notamment à l'émancipation des femmes. Aller chercher ses enfants le midi pour les faire manger sur un banc et faire quelques économies empêchait certaines de suivre une formation", illustre la socialiste, qui fait de l'éducation la priorité de ses priorités avec un budget de 30 millions sur trois ans pour rénover et agrandir les écoles.

389
Agents communaux
En trois ans, 389 agents communaux contractuels sont devenus statutaires.

À terme, une enveloppe structurelle d'un million d'euros doit également permettre de renforcer les moyens humains dans les 16 écoles communales.

Des finances publiques sous tension

Prévu dans l'accord de majorité, le renforcement de la fonction publique locale est aussi devenu une réalité. Des critères clairs débouchant sur la statutarisation des agents ont été fixés. Selon les chiffres délivrés par la bourgmestre lors du conseil de septembre, 389 agents sont ainsi devenus fonctionnaires depuis son arrivée.

"Cette réforme, qui offre une sécurité d'emploi plus grande, s'accompagne d'un intense team building visant à recréer dans l'administration un esprit tourné vers l'intérêt public", précise la socialiste, qui fait aujourd'hui des économies sur les cotisations de responsabilisation pour les pensions. Mais à long terme, cette politique risque de peser sur les finances de Molenbeek, s'insurge l'opposition.

Ce sont d'ailleurs des finances compliquées qui ont conduit à la suppression de la prime destinée aux propriétaires occupants pour compenser la hausse du précompte immobilier. Dans l'opposition, PTB, CdH et DéFI critiquent cette décision qui survient dans un contexte de pression immobilière accrue.

Mais ce choix est assumé par la majorité, qui préfère concentrer ses moyens au développement de 1.000 nouveaux logements publics, en comptant aussi bien les projets portés par le Logement Molenbeekois et Citydev que ceux prévus par les contrats de quartier et de revalorisation urbaine. Bilan dans trois ans...

Tout-à-la-voiture?

Si la commune n'est pas en pointe sur la gouvernance, elle semble aussi avoir un train de retard en matière de mobilité. "On aménage ci et là des pistes cyclables comme sur la rue Vandenpeereboom, mais cela manque d'une vision globale dans une commune où un ménage sur deux n'a pourtant pas de voiture. On oublie une moitié de la population", soulève le chef de groupe Ecolo au conseil communal Emre Sumlu.

"Cela manque d'une vision globale dans une commune où un ménage sur deux n'a pourtant pas de voiture."
Emre Sumlu (Ecolo)
Chef de groupe au conseil communal

La bourgmestre s'était d'ailleurs attiré les foudres des associations cyclistes, en juin dernier, en se focalisant sur les difficultés rencontrées par les automobilistes pour entrer et sortir de la commune alors qu'elle était interrogée par BX1 sur les nouvelles passerelles cyclo-piétonnes surplombant le canal.

C'est malgré tout cette majorité qui a mis fin aux atermoiements autour de la place Communale, définitivement débarrassée des voitures depuis juin dernier grâce à l'installation d'un potelet automatique. Une plume au chapeau de l'échevin des Travaux publics, Jef Van Damme (Vooruit), qui entend investir temps et argent dans la création de nouvelles places publiques de qualité. "Alors que nous avons la densité de population la plus élevée de toute l'Europe, l'espace public est encore plus important qu'ailleurs, les gens vivent plus dehors."

Aux récents réaménagements des places Brunfaut et Voltaire, suivront ceux des places Mennekens et Decock. Et puis surtout la rénovation complète de la place Beekkant, à l'aide de fonds régionaux, qui débouchera sur le futur parc de la Gare de l'Ouest. Sans oublier l'accès direct au parc de Tour et Taxis qui sera bientôt créé depuis le square du Laekenveld.

Cluster culturel

Alors que Molenbeek se profile désormais comme une commune artistique, la majorité précise que ce n'est pas le fruit du hasard. En témoigne le soutien apporté au développement d'un pôle circassien dans l'ancien QG de Delhaize.

Et puis, d'ici 2025, la construction par la Région d'un nouveau pôle culturel et créatif dans l'étroite rue de Manchester où se situent déjà le Vaartkapoen, Cinemaximiliaan et Charleroi Danse, boostera en principe l'essor de ce cluster culturel en bordure de canal.

Série | Villes et communes à mi-mandat

Le 14 octobre 2018 avaient lieu les élections communales. C'est le niveau de pouvoir le plus proche du citoyen, celui qui influence très concrètement la vie quotidienne des Belges.

Trois ans plus tard, alors que la législature est à mi-mandat (le prochain scrutin aura lieu le 13 octobre 2024), L'Echo a décidé de dresser le bilan de l'action politique dans quatre villes ou communes emblématiques:

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés