analyse

Nawal Ben Hamou, le casting "à la Frankenstein" du PS

Nawal Ben Hamou ©BELGA

À 32 ans, Nawal Ben Hamou devient secrétaire d’État bruxelloise au Logement. Cette nomination, qui a surpris dans les rangs socialistes, ne doit rien au hasard.

L’ancienne députée fédérale et actuelle conseillère communale à la Ville de Bruxelles Nawal Ben Hamou, 32 ans, est la benjamine du nouveau gouvernement régional. Un nouveau visage que personne n’avait vu venir, même dans les rangs du parti socialiste où l’on évoque une surprise du chef, en l’occurrence de la cheffe, la présidente de la Fédération bruxelloise du PS Laurette Onkelinx. L’annonce faite à l’issue du congrès de participation a donc surpris les camarades. En effet, les militants votent l’accord de gouvernement mais les compétences et le casting demeurent une prérogative présidentielle. "Nous n’avons pas la culture de la discussion sur ces points-là", reconnaît un mandataire PS.

"Lancer un nouveau visage quand tout le monde s’attend à un choix plus classique, cela permet de donner une nouvelle impulsion."
Ténor du parti

Nawal Ben Hamou avait déjà créé la surprise lors de sa première participation à un scrutin en 2014 lorsque son score personnel (6.880 voix) lui avait permis de décrocher le cinquième siège socialiste à la Chambre. Pressentie pour devenir échevine à la Ville en 2021, celle qui n’a pas réussi à se faire élire à nouveau au Parlement fédéral le 26 mai dernier est finalement secrétaire d’État bruxelloise en charge du Logement, de l’Egalité des chances et des Cultes dans le gouvernement Vervoort.

Un "coup" de Laurette Onkelinx

Exit donc Fadila Laanan qui était contestée depuis les révélations relatives à la mauvaise gestion financière de l’Agence Bruxelles-Propreté. Aussi pressentie pour la fonction, Caroline Désir peut encore espérer un poste ministériel à la Fédération Wallonie-Bruxelles mais sans aucune certitude à ce stade.

Pour certains socialistes, la désignation de Nawal Ben Hamou est un "coup" de Laurette Onkelinx qui montre ainsi jusqu’au bout qu’elle reste la patronne dans la capitale. Pour d’autres, cette nomination s’inscrit dans une stratégie audacieuse de renouvellement pratiquée depuis longtemps au PS. Dans les années 2000, le président Elio Di Rupo avait cassé l’image un peu molle du parti socialiste en allant chercher de nouvelles têtes parmi lesquelles Fadila Laanan, Paul Magnette, Marie Arena ou encore Jean-Pascal Labille. "Lancer un nouveau visage quand tout le monde s’attend à un choix plus classique, cela permet de donner une nouvelle impulsion", estime un ténor du parti.

La frange laïque satisfaite

Pour autant, la désignation de Nawal Ben Hamou ne doit rien au hasard. C’est le fruit d’un subtil équilibre entre les différents enjeux qui traversent le PS où certains la qualifient de créature de Frankenstein. Et il ne faut rien y voir de péjoratif! En référence à cet être humain artificiel créé par un savant à l’aide de différents corps, cette formule illustre les multiples atouts de l’étoile montante.

Nawal Ben Hamou est issue d’un milieu ouvrier, ce qui reste un signal important au PS où l’éloignement de sa base populaire est parfois déplorée par les troupes. Issue du quartier nord, la Bruxelloise d’origine marocaine et turque est parfaitement bilingue français-néerlandais. Elle a débuté sa carrière comme agent administratif au sein de la police bruxelloise où elle s’est investie dans la sphère syndicale en tant que déléguée CGSP. "On voudrait l’inventer qu’on ne pourrait pas le faire", résume l’un de ses colistiers.

Il sera difficile de la critiquer car elle résoud une équation complexe.

Pour le poste de secrétaire d’État, Nawal Ben Hamou remplissait visiblement toutes les cases. Mis à part le fait qu’elle n’a pas été élue, il sera difficile de la critiquer car elle résoud une équation complexe, estime un mandataire. Femme, elle assure la parité dans le casting PS au gouvernement. Jeune, elle incarne la nouvelle génération. Issue de la diversité, elle permet d’éviter un duo belgo-belge, ce qui était redouté par certains camarades. Tenante d’une ligne stricte en matière de laïcité de l’État, elle rassure le camp ultra-laïque au sein du parti.

Cette dernière caractéristique pourrait revêtir une importance particulière à l’aune de la succession de Laurette Onkelinx à la tête de la Fédération. Alors que le PS s’est jusqu’ici montré ferme sur des questions délicates comme le port du voile et d’autres signes convictionnels dans la fonction publique, l’inquiétude est que ce thème soit remis sur la table avec une issue différente de celle des débats tenus en 2016. "Vu les campagnes menées par Ecolo et le PTB sur ces questions, certains candidats au PS sont demandeurs d’un assouplissement des règles liées au culte. Un débat interne sera sans doute inévitable et nous sommes plusieurs à sentir que les choses sont peut-êtres moins claires qu’à l’époque", prévient un élu.

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect