Nemmouche emprunte la stratégie de la terre brûlée

L'avocat de Mehdi Nemmouche, Me Henri Laquay, au centre de l'image. ©AFP

Le principal accusé de la tuerie du Musée juif garde le silence alors que ses avocats évoquent la théorie d’un "assassinat ciblé d’agents du Mossad". Gêne sur les bancs des assises de Bruxelles.

Il a donc fini par parler pour se taire. Mehdi Nemmouche, accusé d’avoir assassiné quatre personnes le 24 mai 2014 au Musée juif de Bruxelles, a indiqué "dans un premier temps, ne pas souhaiter s’exprimer", mardi, devant la cour d’assises de Bruxelles. Motif: la non-convocation de plusieurs témoins demandés par sa défense. Juste après avoir nié être l’auteur des faits, il a laissé son complice présumé Nacer Bendrer prendre le micro. Et nier avoir vendu la kalachnikov qui a servi au massacre.

Mais le vrai choc fut ressenti quelques dizaines de minutes plus tôt quand, mardi en début d’après-midi, la défense a présenté un texte qui devait répondre à celui de l’accusation. En vérité, un véritable brûlot qui entend emporter l’acquittement. Mehdi Nemmouche ne serait pas "un terroriste islamiste sanguinaire. De Mohamed Merah, sa prétendue idole, il se fiche comme de sa première chaussette", plante Me Virginie Taelman.

"Nous venons d’assister à une tentative assez grossière de manipulation du dossier et des preuves qui y figurent."
Me Christophe Marchand
Avocat de l’Unia

En résumé: l’absence d’ADN de Mehdi Nemmouche sur la porte d’entrée du Musée juif, alors qu’il serait – selon la défense – établi que le tueur ne portait pas de gants, prouverait l’innocence du délinquant français. En effet, on voit sur les images de vidéosurveillance que le tueur manipule ladite porte à trois reprises. Ensuite, l’attitude de Nemmouche lors de son arrestation ne sera pas celle du "tueur professionnel" qui a agi le 24 mai 2014. Il est aussi question d’une photo "truquée" par la police afin d’accabler Mehdi Nemmouche. 

Enfin et surtout, la défense entend apporter les éléments qui démontreraient que "ce n’est pas un attentat de l’Etat islamique mais une exécution ciblée d’agents du Mossad", selon Me Taelman. Me Sébastien Courtoy va plus loin: "Nous sommes stupéfaits par la coïncidence que deux agents du Mossad soient victimes d’un attentat, le seul que l’Etat islamique n’ai pas revendiqué."

Ring de boxe

Frapper fort pour marquer le jury et imprégner son esprit. Notamment en chargeant le coaccusé, Nacer Bendrer, qui aurait négocié sa sortie de prison avec les autorités. Me Gilles Vanderbeck, son avocat, a lancé: "Soyons un instant sérieux, ce genre d’accord n’existe pas. Il n’y en a pas et il n’y en a jamais eu."

Me Christophe Marchand, avocat de l’Unia qui a défendu de nombreux terroristes dans sa carrière, a voulu mettre les choses au clair. "Nous venons d’assister à une tentative assez grossière de manipulation du dossier et des preuves qui y figurent. C’est choquant et ça arrive rarement: tout le long du procès, on va essayer de vous faire avaler des couleuvres et asséner des vérités scientifiques qui n’en sont pas."

Le procès de la tuerie du Musée juif sera donc un ring de boxe où l’on ne retient pas ses coups, au point de propager une certaine gêne sur les bancs. La semaine prochaine, consacrée à l’audition des juges d’instruction et des enquêteurs, dont la probité de certains est remise en cause par la défense, devrait être sportive.

Le procès en direct 

Faux départ au procès Nemmouche, un juré récusé

Ce mardi matin, le président du tribunal de première instance francophone de Bruxelles, Luc Hennart, a fait savoir, dans un courrier envoyé à la cour d'assises, que le 2e juré a travaillé comme greffier pour l'une des deux juges d'instruction qui ont mené l'enquête sur l'attentat au Musée juif de Belgique. 

Dès l'entame de la séance du jour, le procureur fédéral Bernard Michel et Me Julien Blot, l'un des avocats du présumé complice de Mehdi Nemmouche, ont demandé que la cour d'assises récuse le 2e juré. La cour a suspendu les débats, vers 10h15, pour délibérer sur la question. Un peu moins de deux heures plus tard. La sentence est tombée:  le juré, aujourd'hui attaché au greffe civil, est récusé pour protéger les "apparences de partialité". 

L'homme a eu un lien hiérarchique avec la juge d'instruction Berta Bernardo-Mendez, qui sera témoin la semaine prochaine.

 

 

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés