interview

"Nous ne voulons pas brider le monde économique" (Alain Maron et Barbara Trachte)

Alain Maron et Barbara Trachte ©Saskia Vanderstichele

À Bruxelles, la suppression des aides publiques régionales pour les entreprises jugées trop polluantes est prévue à l’horizon 2030. Alain Maron et Barbara Trachte, ministre et secrétaire d’État Ecolo, promettent d’associer les entreprises à cette transition écologique, en assurant de la prévisibilité et en intensifiant les efforts de recherche.

Lors des négociations pour la formation d’un gouvernement bruxellois, les écologistes ont fait comprendre qu’ils tenaient à tout prix à se retrouver aux commandes de l’économie régionale. Desiderata qui n’ont pas été contrariés: le ministre Alain Maron a obtenu l’environnement tandis que la secrétaire d’État Barbara Trachte a hérité de l’économie, maroquin rebaptisé "transition économique". Le second pourra ainsi être mis au service du premier, ou l’inverse.

Toutes les politiques économiques de la région, que ce soit un accompagnement, une garantie financière, une localisation, seront réorientées dans la transition écologique et solidaire.
Barbara Trachte
Secrétaire d’Etat bruxelloise

"La volonté de Zakia Khattabi était d’aller sur des terrains où les écologistes n’étaient pas attendus mais qui ont du sens dans le cadre de notre projet de transition écologique, dont l’économie, c’est vrai. Même si les compétences Ecolo seront très complémentaires, il s’agit d’engagements pris par l’ensemble du gouvernement qui se traduiront dans les notes d’orientation de tous les ministres", indique Alain Maron.

On comprend à la lecture de la déclaration de politique générale que l’articulation entre environnement et économie passera par la suppression des aides publiques régionales pour les entreprises jugées trop polluantes à l’horizon 2030. "Ce serait réducteur de ne dire que cela mais en effet toutes les politiques économiques de la région, que ce soit un accompagnement, une garantie financière, une localisation, seront réorientées dans la transition écologique et solidaire. Et aussi du côté de la demande, en valorisant via les marchés publics les entreprises bruxelloises qui s’inscrivent dans la transition", précise Barbara Trachte.

Nous comprenons le besoin de prévisibilité des entrepreneurs. Nous avons fixé un horizon clair en 2030 et les règles vont être changées avec eux.
Barbara Trachte

Toutes les aides concernées

L’ensemble des aides octroyées par la Région sont concernées, de Bruxelles Économie et Emploi à hub.brussels, sans oublier le pôle de financement public finance.brussels qui, malgré son statut particulier, devra s’inscrire à terme dans la même optique, assure la secrétaire d’État.

"Nous comprenons le besoin de prévisibilité des entrepreneurs qui doivent prouver aux banques que leur projet tient la route pour des années. Nous avons fixé un horizon clair en 2030 et les règles vont être changées avec eux. Cela ne sera pas du top-down qui leur tombe dessus d’un coup dans des délais qui ne peuvent pas être anticipés. Cela ne sera pas une contrainte car nous allons construire quelque chose qui tient la route. Nous ne voulons pas brider le monde économique!"

La recherche au service de la transition écologique

Cette logique concernera également le domaine de la recherche, que le gouvernement s’est engagé à soutenir de manière accrue pour contribuer activement à l’objectif national des 3% de PIB consacré à la recherche et au développement. "Nous finançons un certain nombre de projets via Innoviris et, là aussi, il faudra redéfinir les critères pour que la recherche soit au service de la transition écologique et solidaire."

La future cité des sciences sera-t-elle érigée dans le même esprit? "Il y a seulement une première étude sur la localisation qui n’a pas été arrêtée. De mon point de vue, mais il faudra en discuter avec les acteurs de la recherche, on ne pourra pas aborder tous les sujets comme à Paris. Donc on pourrait se concentrer sur certains axes qui ont du sens par rapport aux politiques de la ville. Et aussi donner aux filles l’envie de se lancer dans les métiers scientifiques", propose Barbara Trachte.

Économie circulaire

Pour les bâtiments, l’idée est d’aller un cran plus loin en maintenant la norme passive sur le neuf, puis en isolant le bâti existant en s’assurant d’avoir recours à des matériaux environnementalement responsables qui ne viennent pas du bout du monde.
Alain Maron
Ministre bruxellois de l'Environnement et du Climat

Ensemble, les deux Ecolo du gouvernement bruxellois entendent appuyer sur la pédale d’accélérateur pour faire de l’économie circulaire la règle, et non plus l’exception. "Nous avons une petite équipe chez hub.brussels pour l’économie circulaire, mais on ne veut pas uniquement créer quelques pépites qui font des trucs incroyables et innovants, on veut accompagner les entreprises existantes qui auront beaucoup à y gagner", estime Barbara Trachte. "Il va aussi y avoir une grosse ouverture du côté de Bruxelles-Propreté pour faire en sorte que chaque déchet soit une ressource. Les déchets représentent un potentiel énorme de matière première", souligne Alain Maron.

Autre chantier à mener en tandem, celui de la construction qui doit devenir durable voire "circulaire" comme mentionné dans l’accord de majorité. "Pour les bâtiments, l’idée est d’aller un cran plus loin en maintenant la norme passive sur le neuf, puis en isolant le bâti existant en s’assurant d’avoir recours à des matériaux environnementalement responsables qui ne viennent pas du bout du monde. C’est une opportunité pour l’emploi local car cela nécessitera beaucoup de main-d’œuvre et un redéploiement des filières de la rénovation où il y a déjà beaucoup d’entrepreneurs qui travaillent avec des matériaux sains ou de récupération", expose Alain Maron.

Nous avons une petite équipe chez hub.brussels pour l’économie circulaire, mais on ne veut pas uniquement créer quelques pépites qui font des trucs incroyables et innovants, on veut accompagner les entreprises existantes qui auront beaucoup à y gagner.
Barbara Trachte

On aborde enfin l’objectif de production de 30% de la consommation de fruits et légumes produits dans Bruxelles. Plausible? "C’est sûr que c’est un objectif ambitieux", admet Barbara Trachte qui précise que tout ne se fera pas intra-muros. "Nous allons parler avec nos amis wallons et flamands pour faire une ceinture alimentaire comme ce qui est développé à Liège depuis quelques années." A Bruxelles, ce sont les opérateurs fonciers régionaux qui s’inscriront dans une démarche de cadastrage visant à identifier et réserver des terrains à l’agriculture urbaine, précise Alain Maron.

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