interview

"On ne peut plus se permettre d'attendre"

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Philippe Close et Alain Courtois publient tous les mandats des élus locaux bruxellois. Et vont diminuer drastiquement les rémunérations qui y sont liées.

Vendredi après-midi, salle de lecture de l’hôtel de ville. Le nouveau bourgmestre Philippe Close (PS) et son premier échevin Alain Courtois (MR) lancent une vaste opération "mains propres" à Bruxelles. Pour la première fois est publié un cadastre intégral des mandats rémunérés et non rémunérés de tous les mandataires communaux de la Ville.

Le cadastre complet des mandats de la Ville de Bruxelles

Pour connaître tous les mandats des élus communaux, consultez notre outil

>>> http://multimedia.lecho.be/cadastrebruxellois/

Alors, vous lancez une opération de transparence…

"Face au séisme, une réforme de gouvernance sans précédent"

Philippe Close. Oui, parce qu’on ne peut plus se permettre d’attendre. On vit un séisme, alors on essaye d’y répondre de la manière la plus efficace possible. La Ville de Bruxelles, c’est un budget de 1,5 milliard d’euros, 4 hôpitaux, entre 18.000 et 20.000 personnes qui y travaillent directement ou indirectement. C’est énorme. Cela étant posé, aujourd’hui, devant le cataclysme que nous vivons, nous agissons vite et bien. L’administration a travaillé une semaine, avec les cabinets, pour réaliser ce cadastre des structures où le conseil communal et le conseil de l’action sociale envoient des représentants.

Alain Courtois. Tout est désormais sur la table, cela va encore être affiné dans les jours qui viennent mais nous sommes désormais plus transparents que beaucoup d’autres. On sait voir qui gagne quoi en termes de mandats publics. Allez demander si Anvers ou Liège font pareil…

Ph.C. Précision: les intercommunales ne figurent pas dans le cadastre parce que c’est la Région bruxelloise qui a la main là-dessus. et qu’elle va réaliser elle-même ce cadastre. Autre précision: une structure privée comme le Samusocial ne s’y trouve pas non plus, à ce stade. Le cadastre est complet à 95%.

Combien de structures publiques dépendent-elles de la Ville de Bruxelles?

Ph. C. Environ une centaine.

A.C. Ce sont des structures qui ont été créées il y a des années parce que la Ville ne sait pas tout faire. Et tous les partis ont été associés à un moment ou à un autre à la gestion de la Ville. On a imaginé de donner à des structures l’occasion de travailler dans un secteur que ce soit les hôpitaux, la culture, etc. Les structures n’ont pas été créées pour cacher des choses et détourner des fonds: elles ont une utilité et les nominations y sont faites avec l’opposition.

Y a-t-il trop de structures publiques à Bruxelles?

A.C. On verra la semaine prochaine avec l’opposition ce que nous allons faire de certaines structures, effectivement.

Ph. C. Je pense qu’il faut donner un signal clair, il y a une crise et on ne va pas se mettre la tête dans le sable. Oui, nous pouvons diminuer le nombre de structures et sortir de cette crise par le haut. Oui, nous allons aussi diminuer le nombre d’administrateurs. On se tourne vers l’avenir et la majorité va proposer à l’opposition de travailler sur un plan en trois axes.

C’est la grande opération que vous lancez. En quoi consiste-t-elle?

Ph. C. Il y a donc trois axes de travail: gouvernance, transparence et expertise.

Expliquez.

©Kristof Vadino

Ph. C. Sur le premier axe, la gouvernance. Là, nous allons boucler des contrats de gestion avec les structures où c’est nécessaire: il y aura un contrat de mission entre chaque ASBL et la Ville Bruxelles. Chaque fois pour une durée de cinq ans.

Deuxième axe: la transparence. Le cadastre sera publié annuellement sur le site de la Ville de Bruxelles et le rapport annuel sera également publié avec l’ensemble des rémunérations. On va aussi publier exactement ce que chaque ASBL a fait. On aura une fois par an une séance du conseil communal où certaines directions des ASBL viendront répondre aux questions des conseillers communaux. On saura exactement qui a touché quoi et pour quoi faire.

Troisième axe: l’expertise. On voudrait un observateur indépendant dans les structures comme des hôpitaux.

Les montants perçus pour siéger dans des structures qui sont parfois des coquilles vides sont énormes.

Ph. C. Et c’est là aussi quelque chose que nous allons changer et drastiquement diminuer. Tous les jetons de présence seront alignés sur ceux du conseil communal (78 euros). Et pour la présidence et la vice-présidence de grandes structures économiques comme les hôpitaux, le marché matinal (Mabru), Brussels Expo ou les Cuisines bruxelloises, nous voudrions nous aligner au maximum sur ce qui est pratiqué à la Stib: 800 euros net par mois.

C’est une diminution importante par rapport à ce que touchent certains mandataires dans les structures hospitalières, par exemple…

Ph. C. Oui, mais c’est comme cela. Même si à Anvers ou à Gand, c’est plus, nous voulons plafonner à ce qui se pratique à la Stib.

Il y a aussi un problème avec les mandats dérivés: certaines personnes touchent deux fois des rémunérations pour des montants qui découlent d’un seul vrai mandat.

Ph. C. C’est fini, il n’y aura plus de rémunération pour des mandats qui dérivent d’un mandat qu’on exerce par exemple dans un hôpital. Tout ce système, c’est terminé.

Quand allez-vous mettre votre nouveau régime en place?

Ph. C. Dès le mois de juillet. On n’attend ni la réforme régionale ni ce que font les autres. On avance et on réforme tout.

Mais certaines personnes vont voir leurs rémunérations divisées par vingt…

A.C. Oui, ça va piquer mais c’est comme cela.

Ph. C. C’est comme cela. Moi aussi, je vais perdre 35% de ma rémunération, mais c’est comme cela. Si les gens n’ont pas encore compris, qu’ils fassent un autre métier.

Vous êtiez le roi du cumul, pourquoi devrait-on vous croire?

Ph. C. Je ne suis pas à plaindre et je ne me plains pas. Je décumule. Je serai seulement bourgmestre. Et soyons clair: je vais gagner beaucoup moins que le bourgmestre d’Anvers et celui de Gand et d’autres. Donc, si on veut parler des rémunérations, maintenant je suis à l’aise, je serai le bourgmestre de grande ville le moins payé de Belgique. Mais encore une fois, je ne me plains pas.

En fait, on vous a pris la main dans le sac et c’est pour cela que vous réformez.

Ph. C. Nous voulons installer quelque chose de durable pour la Ville de Bruxelles. Si on veut un changement structurel, on doit assurer la transparence. Cela dit, tous les partis ont été associés dans le passé à la création et à la gestion des structures.

Mais la responsabilité du Parti socialiste est plus importante.

Ph. C. Oui, c’est vrai. Mais aujourd’hui, je suis bourgmestre et je dépasse le cadre du PS. C’est une réforme dure, radicale et rapide, mais on doit avancer.

Brussels Expo, c’est une machine à recaser des cabinettards…

Ph. C. Il y a des cabinettards et ça aide pas mal.

On a le temps de siéger à Brussels Expo quand on est chef de cabinet?

Ph. C. On a 14 personnes qui y siègent, on va probablement en diminuer le nombre d’administrateurs et on va diminuer les rémunérations.

Vous pouvez encore vous regarder dans un miroir après avoir cautionné un système pendant aussi longtemps…

"Evidemment que je peux encore me regarder dans un miroir!"
Alain Courtois

A.C. Mais oui, je peux me regarder dans un miroir! Dans cette ville, on a toujours travaillé dans le but de faire mieux pour la population!

Ph. C. On fait l’exercice de transparence et de bonne gouvernance, je pense que Bart De Wever ferait bien de reconnaître que quand on est bourgmestre d’une grande ville, on n’a pas le temps de faire autre chose.

Souhaitez-vous, comme Rudi Vervoort, qu’Yvan Mayeur quitte le conseil communal de Bruxelles?

A.C. On ne s’acharne pas sur un homme à terre.

Ph. C. No comment. On verra ce qu’il choisit de faire lors du conseil du 26 juin.

Y a-t-il un héritage Yvan Mayeur pour Bruxelles?

SILENCE…

Mais vous comprenez que pour certaines personnes c’est le dégoût qui est là par rapport à la politique?

Ph. C. On va se battre. J’ai quinze mois pour revoir les gens, pour relancer le projet, pour convaincre, être positif. Je n’ai pas de plan de carrière, je veux sauver l’image de la Ville de Bruxelles.

Le Parti socialiste est au plus mal…

Ph. C. Je ne vais pas vous contredire. Il est dans les cordes, mon parti! Et je ne ferais pas des choix aussi radicaux si mon parti n’était pas dans cet état-là.

A.C. Il y a peut-être eu des fautes mais ici on vient avec un plan radical, on se relève et on repart. On ne se plaint pas, on agit.

©Kristof Vadino

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