Pascal Smet: "Bruxelles doit parler d'une seule voix sur la scène internationale"

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Le socialiste néerlandophone qui se décrit désormais comme le "Brussels first salesman" entend développer une politique de "city marketing" pour que Bruxelles ne soit plus uniquement associée à un centre administratif et décisionnel.

Déchargé par la Région bruxelloise de la Mobilité, Pascal Smet (one.brussels) a hérité de l’Urbanisme ainsi que d’un portefeuille "international" regroupant aussi bien les Relations européennes que le Commerce extérieur et la Coopération au développement. Une première qui doit notamment permettre d’unifier le message porté par Bruxelles sur la scène internationale.

Le secrétaire d’État bruxellois passait déjà facilement d’une langue à l’autre dans une même phrase, ça ne risque pas de changer. Le socialiste néerlandophone qui se décrit désormais comme le "Brussels first salesman" entend développer une politique de "city marketing" pour que Bruxelles ne soit plus uniquement associée à un centre administratif et décisionnel car c’est "a bit boring".

"Réunir ces compétences permet d’avoir une politique cohérente et de faire en sorte que tous les acteurs portés vers l’international parlent d’une même voix. Bruxelles dispose déjà d’une politique touristique mais on n’a pas encore de politique de city marketing. Il s’agit de donner une identité à une ville et de la vendre à l’étranger aux entreprises, aux investisseurs, aux associations et autres villes dans le cadre de relations bilatérales pour faire en sorte qu’ils choisissent Bruxelles naturellement comme siège, comme lieu d’investissement ou lieu de création…", introduit Pascal Smet. Le Brexit a bien illustré, selon lui, l’urgence en la matière. "Cela m’a fait mal au cœur de voir que les entreprises allaient de préférence à Amsterdam qui a développé une culture plus propice. Mais dire ‘en last minute’aux entreprises qu’elles étaient les bienvenues à Bruxelles, cela ne suffit pas. Les grands patrons qui décident ça ne sont pas des klettes… Le city marketing est essentiel pour développer une culture, faire en sorte que les gens associent spontanément Bruxelles à autre chose qu’un siège administratif. C’est l’un de nos atouts, mais que l’on doit dépasser. Tout comme le Manneken Pis, les gaufres, le chocolat…"

"Les attachés économiques et commerciaux travailleront aussi pour visit.brussels"
Pascal Smet
Secrétaire d’État aux relations internationales et commerce extérieur

Lors de sa récente mission économique en Chine, le secrétaire d’État bruxellois a identifié plusieurs messages phares pour l’identité bruxelloise. "On doit davantage vendre Bruxelles comme une ville internationale cosmopolite, une ville de minorités sans culture dominante. Deuxièmement, Bruxelles est un cœur décisionnel et une gateway vers l’Europe, une ville située sur la frontière culturelle entre germanophones et latins, hyperconnectée aux autres capitales via son réseau ferroviaire et son aéroport", fait valoir le socialiste qui annonce la création par le commissaire à l’Europe et aux organisations internationales (CEOI) d’un centre d’expertise en matière de politique de siège. "On veut continuer à attirer ici les organisations internationales et créer un réseau des villes-sièges telles que Washington et Genève pour échanger les bonnes pratiques. Aujourd’hui, cela ne fait pas vraiment l’objet de réflexions."

C’est sur la qualité de vie que Pascal Smet veut cependant surtout miser. "En Chine, j’ai répété que Bruxelles c’est comme Londres et Paris mais en moins cher. Nous avons une ‘food culture’et des milliers d’activités culturelles, ce que les gens ignorent. Souvent, les diplomates qui n’étaient pas ravis au départ de venir à Bruxelles ne veulent plus la quitter parce qu’il y a de la verdure, des appartements spacieux, de bonnes écoles. Cela montre qu’on n’explique pas assez bien au monde l’expérience bruxelloise." Pour ce faire, le socialiste prévoit d’associer aux missions à l’étranger toutes les diasporas présentes à Bruxelles et d’aider les Européens à s’impliquer davantage dans la vie régionale.

Un réseau d’attachés commerciaux flexible

La grande nouveauté de cette législature sera la mise sur pied d’un nouveau Comité de l’international réunissant autour de la table tous les acteurs bruxellois ayant un rôle à l’étranger: le ministre-président Rudi Vervoort (PS), le ministre chargé de l’Image de Bruxelles Sven Gatz (Open Vld), Brussels International, hub.brussels, visit.brussels, le Commissariat pour l’Europe et les organisations internationales.

Ensemble, ils définiront la politique de city marketing harmonisée et coordonneront toutes les actions à l’étranger afin d’en augmenter la portée, notamment via la mise en commun des moyens humains et financiers. "Nous sommes en train de préparer l’accord de collaboration. Dans ce cadre-là, je donne un exemple très concret: nous allons changer le profil de nos attachés commerciaux et économiques pour y inclure l’aspect touristique et la promotion de la ville-région. Nous exigerons ces compétences lors des recrutements afin que les attachés travaillent aussi pour visit.brussels", annonce Pascal Smet.

En outre, le réseau des représentants commerciaux à l’international sera revu tous les trois ans afin de tenir compte des zones à haut potentiel économique et d’intérêt culturel et économique pour la Région bruxelloise. "Mais on ne modifiera pas tous les postes tous les trois ans. J’ai rencontré notre attaché économique à Shangaï qui est très efficace et qui parle chinois. C’est assez clair qu’on ne va pas l’envoyer en Afrique du Sud. Ce sera surtout lié aux évolutions du monde économique. Et nous allons cibler notre action sur des secteurs prioritaires pour nous comme la fintech, l’audiovisuel, la construction durable, le secteur du conseil, le marché de l’alimentation durable et les industries créatives."

Un service de protocole

Il est par ailleurs question de renforcer la proportion de femmes, très faible, dans le monde du commerce extérieur. Dans la note d’orientation du secrétaire d’État, on lit aussi qu’il faudra tenir compte du respect du droit humain par les gouvernements et entreprises sélectionnées sans empêcher les actions constructives dans les pays concernés.

"Ce sera un exercice d’équilibriste, prévient Pascal Smet qui a récemment dû gérer une polémique liée à une mission en Israël et essuyé des critiques sur sa présence en Chine. Si on estime qu’on peut aller uniquement dans des pays où tout va bien, on ne peut plus faire le Maroc, la Turquie… Exclut-on aussi la Grèce épinglée pour le traitement des demandeurs d’asile? On sait où cela commence mais pas où cela termine, ce qui ne veut pas dire qu’on ne doit pas avoir de réflexion. Les relations commerciales et les échanges culturels peuvent justement permettre d’influencer un pays, il faut en tenir compte tout comme le fait que la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni étaient présents en Chine. Alors que notre but est que les entreprises bruxelloises exportent plus, je ne peux pas leur dire que le monde est fermé pour elles."

L’accueil des délégations étrangères en visite à Bruxelles doit aussi se professionnaliser. Un service de protocole pour la région et les 19 communes sera donc mis sur pied. "Il faut centraliser les données relatives aux délégations entrantes à Bruxelles car cela peut arriver qu’un politique bruxellois rencontre un officiel étranger sans savoir que celui-ci était en visite une semaine plus tôt à Bruxelles. C’est illogique et personne ne comprend cela à l’étranger", déplore Pascal Smet.

Patrimoine
Capitale de l’Art Nouveau

"L’identité d’une ville est liée à sa population, mais aussi à l’espace public, ses bâtiments et l’interaction entre les trois. À l’étranger, ils savent que l’on tend à diminuer le nombre de voitures à Bruxelles. Flagey, Rogier, Schumann: changer l’espace public change le regard posé sur la ville", fait valoir Pascal Smet (one.brussels) qui veut articuler ses compétences à l’international et en urbanisme. "Il faut veiller à avoir une qualité architecturale intrigante, c’est aussi cela le city marketing. Ce sera déjà le cas avec la gare maritime qui va ouvrir et le Zin qui va prendra la place des tours WTC. Le pari que je fais avec le secteur de l’immobilier est simple: nous accélérons la délivrance des permis et l’argent épargné doit être investi dans la qualité." Le secrétaire d’État mise aussi sur la valorisation de l’existant pour doper la marque Bruxelles, à l’image de Barcelone qui a su faire du génie architectural de Gaudi l’un de ses principaux attraits touristiques. "Bruxelles doit reprendre le titre de capitale et lieu de naissance de l’Art Nouveau. De manière générale, il faut illuminer le patrimoine. Nous allons commencer par identifier les bâtiments et élaborer un plan d’action pour l’année prochaine. Et il faut d’ores et déjà initier une démarche pour les bâtiments modernistes."

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