interview

Pascal Smet: "Je ne suis pas le seul responsable de la mobilité à Bruxelles, il y a 19 échevins"

©Tim Dirven

Le ministre bruxellois de la Mobilité est critiqué jusqu’au sein de son gouvernement. En réponse, Pascal Smet sort un livre intitulé "Cible mobile" où il défend sa vision de Bruxelles et prône la création d’un nouveau mouvement politico-citoyen dans la capitale.

Pascal Smet a été durement malmené par son ministre-president Rudi Vervoort (PS) au début du congé pascal. Il est accusé ni plus ni moins de vouloir tuer le secteur des taxis et de servir les affaires de Uber. Plus largement, le ministre bruxellois de la Mobilité fait figure d’épouvantail prenant sur la tête le mécontentement des usagers d’une ville engorgée, souvent paralysée par les chantiers.

Il s’en défend dans un livre d’entretien dont le titre annonce la couleur: "Pascal Smet, cible mobile". Le ministre sp.a de la Mobilité et des Travaux publics continue de défendre son "changement de paradigme" pour la capitale.

Vous cristallisez les critiques en ce moment, c’est la raison de ce livre?
J’ai des positions claires, j’ai une vision et une ambition pour Bruxelles. Et ce n’est pas un rêve de Pascal Smet. J’ai beaucoup lu, visité d’autres villes, parlé avec les Bruxellois. Oui j’ai voulu une place Rogier sans voiture, une place Flagey sans voiture, un réaménagement de Ninove sans voiture.

L’éditeur a voulu expliquer aux Bruxellois qui je suis et pourquoi je fais les choses. Bruxelles est l’unique raison pour laquelle je reste en politique. Je veux faire de cette ville pour les voitures une ville pour les gens.

©Photo News

Quand vous placez des blocs de béton, ce n’est pas pour sciemment décourager la voiture?
Si je mets des blocs de béton à la Toison d’or, c’est pour sauver la vie des cyclistes. Je ne suis pas contre la voiture mais il faut un nouvel équilibre. Nous sommes place Rogier (c’est là que se déroule l’interview, NDLR), aujourd’hui les gens sont assis, profitent de l’espace public, il y a même des femmes là-bas qui prennent un bain de soleil en bikini. Avant il y avait des voitures gérées partout. Mon combat, c’est réhumaniser cette ville.

Un ministre régional doit assumer et prendre ses responsabilités. Je ne veux pas faire comme avant, des compromis sans visage… mou. Cela irrite des Bruxellois et des non Bruxellois qui ont l’habitude de faire tout en voiture, chacun a le droit d’avoir ses positions. Du choc des idées jaillit la lumière, c’est le sens de la démocratie. On a souvent réaménagé la ville sans faire des choix, moi je fais des choix donc j’attire l’attention. Pour moi l’espace public doit être le prolongement de son living room.

Vous ne mettez pas expressément le désordre dans la ville pour soutenir ces idées?
Non. Avenue Fonsny, il y avait des morts, la seule manière de sécuriser: passer à une bande et protéger les pistes cyclables. Sur Roosevelt maintenant, on me dit que c’est bien… cela donne de l’allure à cette avenue, même chose pour le boulevard Général Jacques.

Les travaux durent, je comprends mais on a pris des mesures, on raccourcit les délais. Mais il y a une chose fondamentale à dire: je ne suis pas le seul responsable de la mobilité et des travaux publics dans cette ville. Il y a 19 échevins de la Mobilité, 19 échevins des Travaux. Peut-être faudrait-il simplifier vous ne trouvez pas?

Pour que ce soit plus clair. Pourquoi ne pas régionaliser Vivaqua par exemple. A chaque chantier, c’est d’abord Vivaqua, puis Sibelga et Proximus, et puis nous, on arrive. Cela fait 4 entrepreneurs différents. Les structures bruxelloises ne sont pas optimales pour arriver vite à une décision et à une concrétisation. J’ose le dire, cela irrite certains. Il faut une ville-région avec des districts ou des arrondissements comme n’importe quelle ville d’Europe.

"Chaque étape du plan taxis a été approuvée par le gouvernement."

Le Parlement bruxellois vient de rejeter l’idée d’une zone 30 généralisée à Bruxelles. Un projet que vous souteniez. Votre gouvernement va-t-il agir en ce sens?
On a pris une décision, oui. On va définir des réseaux distincts de 30, 50 et 70 km/heure. Quand on regarde la carte des zones 30 de Bruxelles, c’est spaghetti, on ne comprend rien, il faut mettre de l’ordre. Ca doit être clair pour les automobilistes, plus facilement contrôlable.

En augmentant les zones 30?
Oui. Schaerbeek le décide, la Ville l’a fait, les communes vont dans cette direction. Ce n’est pas pour embêter les gens mais pour simplifier la situation. Il faut une sécurité dans les quartiers pour les enfants, les piétons, les cyclistes. Tout cela est réfléchi,

Rudi Vervoort prétend que vous voulez la mort du secteur des taxis, que vous roulez pour Uber.
J’ai été très surpris de ces déclarations. Nous avons pourtant travaillé ensemble mais, je ne vais pas entrer là-dedans, je veux parler de contenu. Tout ce que j’ai fait dans le dossier taxi a été concerté et approuvé par le gouvernement. La dernière note a été approuvée, et cela en exécution de l’accord de gouvernement.

Je ne suis pas pour ou contre Uber, je constate que c’est une réalité. En faisant la comparaison Uber/Airbnb, on arrive au nœud du problème. Le secteur hôtelier n’a jamais demandé l’arrêt d’Airbnb car il sait qu’on ne peut pas l’arrêter. Il demande un cadre qui garantisse une compétition loyale. C’est exactement ce que j’ai proposé et qui a été approuvé par le gouvernement. Mais une partie du patronat du secteur taxis veut stopper Uber et retourner à une situation de 2013.

Uber a été condamné…
Uberbop, oui. Car ils roulaient avec des gens non licenciés. Aujourd’hui, Uber X roule avec des gens qui ont une licence. Je suis pour le débat idéologique mais il faut un cadre correct pour tout le monde. Je ne suis pas l’avocat d’Uber mais plein de Bruxellois l’utilisent ou roulent pour eux. Chaque étape de mon plan est concertée, le dialogue est ouvert.

"Pourquoi ne pas régionaliser Vivaqua?"

Vous être pour la compensation financière des licences?
Oui, je suis ouvert à cela, pour les gens de bonne fois qui ont acheté une licence. Mais on ne peut pas continuer de protéger un monopole, ce n’est pas bon pour le secteur, pas bon pour les clients et pas bon pour Bruxelles. Et cela ne correspond pas à l’accord de gouvernement. Je souhaite un bel avenir au secteur des taxis mais ces entreprises doivent s’adapter. Cela va évoluer vers des locations de voitures avec service avec un statut de chauffeur renforcé. Et Uber n’est pas content puisqu’on lui impose un cadre.

Quel est le plan prévu pour la fermeture du tunnel Léopold II cet été?
On a préparé cela avec deux bureaux externes pour modéliser les situations et aboutir à une décision objective. Il y a eu une tentative d’exploitation de ce dossier pour des raisons d’élections communales, je ne suis pas entré là-dedans. On va fermer le tunnel pendant les deux mois d’été avec une influence forte sur la mobilité.

Il faut limiter cet impact. On va encourager le covoiturage, le train, et on donnera les axes routiers préférentiels, Charles-Quint sera ouvert sur une bande dans chaque sens, on augmentera l’offre en transports en commun.

©BELGA

Dans votre livre, vous prônez la création d’un nouveau mouvement… vous pouvez développer?
Sur la question de l’avenir de Bruxelles, oui. On doit réunir des gens au-delà des frontières des partis. Plein de gens, pensent la même chose pour la ville mais sont dans différents partis ou ne sont pas engagés en politique. Plein de gens adhèrent au projet que je défend. Le moment est venu de rassembler autour de ce projet. Je veux être partie prenante de ça il faut une "coalition of the willing".

Sous quelle forme?
Un mouvement, pas un parti classique, une sorte de marque, un projet urbain. Je parle aussi de cohésion sociale, de l’enseignement qui est une catastrophe car il n’offre pas la potentialité aux enfants de devenir ce qu’ils peuvent devenir, il faut donner le droit de vote aux Européens. Bref il faut un changement d’ambition.

Où en est-elle cette réflexion?
Je parle avec des gens, je ne vais pas dire les noms, c’est quelque chose de citoyen. Les Bruxellois veulent que les choses aillent plus vite, qu’on ose, de l’ambition, des bâtiments qui ont de la gueule.

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