interview

Pascal Smet: "Les taxis me menacent, mais non, je n'ai pas peur"

©Dieter Telemans

À Bruxelles, la semaine de la Mobilité a été chahutée mercredi par une manifestation des taxis. La ville était encore plus embouteillée que d’habitude. Les chauffeurs de taxi protestaient contre UberPop. Dans les semaines à venir, Pascal Smet, le ministre bruxellois de la Mobilité (sp.A) promet de trancher enfin le débat.

Bruxelles est la deuxième ville la plus embouteillée d’Europe. Est-ce une fatalité?
Non. Le gouvernement bruxellois n’a pas pris une ordonnance pour faire en sorte qu’il y ait plus d’embouteillage. Ça, c’est la somme de tous les choix individuels que font les gens le matin, pour la majorité des non-Bruxellois.

Il y a 250.000 voitures qui entrent à Bruxelles tous les jours. Le problème, ce sont les voitures de société. On leur donne 4 milliards alors qu’on ne donne qu’un milliard à la SNCB. On voit bien où est le déséquilibre.

"Il faudrait proposer une allocation loyer pour les personnes qui habitent près de leur lieu de travail."

Les voitures de société, cela fait partie des compétences fédérales. Que pouvez-vous faire, dans vos compétences, pour changer la situation?
C’est fédéral, mais il faut voir d’où vient le problème. Toute notre fiscalité est orientée pour qu’on aille vivre à la campagne; les revenus cadastraux y sont moins chers, il y a un meilleur remboursement des trajets domicile-travail. On comprend pourquoi les gens veulent aller y vivre. Ils sont soutenus dans ce choix. La première chose qu’il faut faire pour résoudre le problème, c’est remplacer l’avantage de la voiture de société par un mobility pack et on pourrait proposer une allocation loyer. Si tu habites dans la ville où tu travailles, tu pourrais avoir une allocation loyer.

Vous voulez aussi taxer les personnes qui viennent seules en voiture à Bruxelles?
Oui, pourquoi pas? On peut aussi réserver des bandes de circulation pour le covoiturage. Pour la taxe, ça pourrait être une alternative au péage urbain que je ne soutiens pas. Car pour moi un péage urbain pourrait faire fuir les entreprises. Donc économiquement, ce n’est pas une bonne solution. Mais le covoiturage, c’est une bonne solution. On pourrait installer des caméras à l’entrée de la ville qui détecteraient les personnes qui sont seules dans leur voiture. Je ne sais pas encore à combien s’élèverait la taxe. Le but n’est pas de faire de l’argent mais de résoudre un problème de mobilité.

"On pourrait installer des caméras à l’entrée de la ville pour détecter les personnes qui sont seules dans leur voiture. Elles devraient ensuite payer une taxe."

Vous voulez également créer une nouvelle application pour le covoiturage. Mais cela existe déjà…
Celles qui existent ne sont pas assez performantes. Je veux créer un Tinder du covoiturage. Car le matin, il y a des gens qui partent au même moment mais ce n’est pas forcément le cas pour le soir. Il peut y avoir des imprévus comme une réunion qui se finit plus tard, un enfant malade, etc. Il faut donc que ce soit facile d’utilisation. On est en train d’examiner ce qu’on pourrait mettre en place.

Êtes-vous satisfait de la nouvelle offre de la SNCB qui renforce le transport suburbain?
Non. C’est nul. Ils proposent des lignes avec un ou deux trains par heure. Il en faut quatre ou cinq. Il faut faire comme à Paris ou à Berlin pour que cela fonctionne. Mais je suis dans un dialogue positif avec la ministre fédérale de la Mobilité, Jacqueline Galant. Je ne veux pas la bagarre. Elle m’a promis un élargissement important pour 2017. J’espère qu’elle va tenir sa promesse.

Le futur métro nord bruxellois sera-t-il comme le RER, perpétuellement retardé?
Non. Il va arriver. Mais cela prend du temps et cela coûte cher: 150.000 euros le kilomètre de métro. On travaille sur le financement. Il y aura bientôt un accord.

La Région n’a pas suffisamment de moyens pour le financer seule, même avec l’aide de Beliris, l’accord de coopération avec le Fédéral. Vous allez devoir faire appel au privé?
On va voir. On travaille sur la question. Il y aura bientôt un accord. Je ne peux pas en dire plus.

Pouvez-vous répondre franchement à cette question: êtes-vous en faveur ou en défaveur d’UberPop?
Ce n’est pas une question de savoir si je suis pour ou contre. UberPop ne respecte pas notre législation. Je suis pour une modernisation de la législation du transport des personnes rémunéré. Je ne veux pas de concurrence déloyale.

"Depuis quelques jours, je sais ce que je veux faire. J’espère un accord dans les semaines à venir sur Uber."

Cela fait des mois que vous dites que vous allez créer un cadre légal… Pourquoi n’est-ce toujours pas fait?
Je veux un cadre avant la fin de l’année. J’ai vu tout le monde. On a beaucoup travaillé avec le secteur des taxis. J’ai aussi mangé un yoghourt avec le patron d’Uber. Maintenant, je vois clair. Depuis quelques jours, je sais ce que je veux faire. J’espère un accord du gouvernement bruxellois dans les semaines à venir.

Le PS cadenasse le dossier…
Il y a des soucis chez tout le monde, y compris chez moi. Mais la déclaration de politique générale est claire: on va faire un cadre.

"Je n’ai pas peur des taxis même si on me menace."

Vous avez peur des taxis?
On me menace mais non, je n’ai pas peur. Je parle beaucoup avec des chauffeurs. Je comprends leur souci. J’ai aussi une bonne vue sur leurs souhaits. Mais il faut aussi respecter les clients. Ils sont tout aussi importants. C’est pour cela qu’on a parlé pendant des mois. Mais maintenant, dans les semaines qui viennent, on doit trancher. Je ne laisse jamais pourrir un dossier.

Dernière question: ce dimanche, c’est la journée sans voiture à Bruxelles, estimez-vous qu’il en faut davantage sur l’année? 
Lors de mon précédent mandat de ministre bruxellois, j’en avais organisé trois par an dans le pentagone. Mais aujourd’hui, je préfère ne pas investir mon temps et mon énergie à revenir là-dessus. Je préfère travailler sur la zone piétonne élargie. Et sur ce dossier, on avance bien.

Pascal Smet est né à Haasdonk le 30 juillet 1967. À 18 ans, il s’engage en politique auprès du sp.A. Dix ans plus tard, il quitte la Flandre-Orientale pour s’installer à Bruxelles.

En 2003, il est nommé secrétaire d’état bruxellois à la Mobilité. L’année suivante, il sera ministre en charge de cette matière.

En 2009, le sp.A est rejeté dans l’opposition à Bruxelles. Pascal Smet occupe alors le poste de ministre flamand de l’Enseignement avant de rempiler à la Mobilité à Bruxelles en 2014.

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