Philippe Close au Sporting d'Anderlecht: ce n'est pas sans risques

L'arrivée au conseil d'administration de Philippe Close (PS), bourgmestre de Bruxelles depuis 2017, "souligne l'importance de l'ancrage bruxellois du RSC Anderlecht", selon Marc Coucke, président du club. ©BELGA

L'arrivée du bourgmestre de Bruxelles, Philippe Close, au conseil d'administration d'Anderlecht pose question. Pourquoi un homme de la sphère publique met-il les mains dans une boîte privée, des affaires de gros sous et des dossiers si délicats?

Que va donc faire le bourgmestre de Bruxelles au RSCA? "Philippe Close va renforcer le club avec sa grande expérience politique", disait mardi Karel Van Eetvelt, qui deviendra CEO du Sporting d'Anderlecht à partir du 1er avril prochain.

Pourquoi un homme important comme Philippe Close va-t-il mettre son petit doigt dans un tel engrenage?
Jean-Michel De Waele
ULB

Le maïeur socialiste va intégrer le conseil d'administration en tant que membre indépendant. Bizarre, vous avez dit bizarre? Oui et non. "Il va aider au rayonnement du club", nous dit-on dans son entourage. Bianca Debaets (CD&V), conseillère communale à Bruxelles, s'est immédiatement inquiétée d'un éventuel conflit d'intérêts. "Je ne vois pas en quoi il y aurait un réel conflit d'intérêts", assène Jean-Michel De Waele, professeur en sciences politiques et spécialiste des rapports entre politique et sport. "On peut toujours faire à Philippe Close un procès d'intention, sur des questions comme celles du futur stade national et le fait qu'Anderlecht en soit le club résidant. C'est de la politique fiction de penser qu'il est là juste pour réaliser ce genre d'opération."

Mais ce qui frappe, c'est que ce genre d'association n'est pas dans les habitudes belgo-belges. Il y a bien Charles Picqué, qui est président d'honneur de l'Union Saint-Gilloise, mais on reste là un sur autre type de fonction, et dans un club qui n'a pas le prestige d'Anderlecht sur la scène nationale et internationale...

Une affaire de coeur

Alors pourquoi? Qu'est-ce qui a poussé le bourgmestre de Bruxelles à accepter ce mandat, qui est, rappelons-le, non rémunéré? Une fonction qui devrait lui réserver cinq conseils par an, dans un agenda déjà bien rempli? Visiblement, d'abord l'amour. Du sport, de son club de coeur... "Cela démontre l'incroyable force d'attraction du football. Dans tout supporter, il y a une âme d'entraîneur, de dirigeant de club", relève le professeur de l'ULB. Mais tout cela n'est pas sans risques. Au contraire. 

Avec de gros risques

"Le club d'Anderlecht est une structure privée, dont le but est quand même de faire de l'argent. Et le foot est un milieu particulier dans lequel il reste beaucoup de travail pour y mettre de l'ordre, tant au point de vue national qu'européen. Pourquoi un homme important comme Philippe Close va-t-il mettre son petit doigt dans un tel engrenage?", s'interroge Jean-Michel De Waele. "En quoi cela fait-il partie de son boulot de bourgmestre? Dans une ASBL communale, je comprendrais mieux. Ici, il fait le pari que tout va bien se passer... mais il pourrait se retrouver entaché vu tout ce qui peut se passer dans ce milieu..."

Il fait le pari que tout va bien se passer... mais il pourrait se retrouver entaché vu tout ce qui peut se passer dans ce milieu...
Jean-Michel De Waele
ULB


Rappelons qu'une enquête est toujours ouverte auprès du parquet et que Herman Van Holsbeeck, l'ancien manager du RSC Anderlecht, a été inculpé de blanchiment, faux en écriture, corruption et association de malfaiteurs. 

Pour l'expert de l'ULB, si la décision de Philippe Close relevait du domaine de l'irrationnel - à son cabinet, on insiste sur le fait qu'il a été "très honoré" par cette demande du RSCA - il a plus à perdre qu'à gagner dans cette aventure. Il va être de facto confronté aux supporters d'Anderlecht, aux supporters d'autres clubs qui ne vont pas toujours comprendre sa décision, à des dossiers concomitants à ceux de la ville de Bruxelles. "Un bourgmestre est là 'pour le bien de sa commune'. Ici, il va devoir agir en fonction de l'intérêt d'une entreprise privée... qui peut prendre des décisions contraires aux intérêts de sa commune... C'est étonnant!"


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