interview

Philippe Close: "90% du travail de nettoyage a été effectué à la Ville de Bruxelles"

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Le bourgmestre de la ville de Bruxelles Philippe Close se dit satisfait du travail réalisé avec le MR, insistant sur sa défense d'un modèle où public et privé peuvent bosser ensemble pour le bien de Bruxelles. Selon lui, les socialistes n’ont pas touché un balle au Gial.

On a connu un sélectionneur national – "Long couteau" Georges Leekens, pour les experts du ballon rond – qui un jour tint ce langage: "Avec les Diables, 90% du travail a été effectué". En achevant son assiette de soupe jeudi midi dans un restaurant du centre de Bruxelles, Philippe Close, maïeur post Mayeur, épaules larges et veston noir, ne dit pas vraiment autre chose.

"Je pense que 90% du travail de nettoyage a été effectué à la Ville de Bruxelles en termes de gouvernance."
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"Je pense que 90% du travail de nettoyage a été effectué à la Ville de Bruxelles en termes de gouvernance. Mais que les 10% qui restent, ça risque encore de secouer pas mal et de faire des vagues." Il ajoute: "Quand on secoue un tapis, parfois, on éternue."

La semaine écoulée a été longue comme un jour sans pain pour les socialistes bruxellois qui tentent de se relever du scandale du Samusocial. Voilà l’affaire du Gial, du nom de cette ASBL en charge de l’IT à la Ville.

"Je n’ai aucun tabou, on va tout mettre a plat. Si on me prouve, par exemple pour tout ce qui est informatique, qu’il est plus efficace de travailler avec l’organisme régional plutôt qu’avec Gial, je n’ai pas de problème. à Gand et à Anvers, ils ont créé des régies autonomes, à côté de l’administration, pour gérer l’informatique. Le problème arrêtons de tourner autour du pot c’est la rémunération des informaticiens. Quand en 1993, on crée le Gial, c’est parce qu’on ne sait pas payer des informaticiens avec des barèmes publics. Alors on invente une structure qui a une souplesse par rapport à cela. Aujourd’hui, je veux bien regarder comment faire des synergies et avancer, mais externaliser le helpdesk bruxellois, par exemple, c’est 35 collaborateurs sur les 120. ça reviendrait plus cher."

"Je suis le bourgmestre le plus régionaliste de Bruxelles, mais je sais aussi qu’il faut faire tourner la boutique."
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Les critiques pleuvent de toutes parts contre la Ville de Bruxelles – un "État dans l’État". Il s’agace: "Le vrai problème, c’est que les gens refusent apparemment de comprendre que la Ville est atypique. Elle a un budget qui représente plus que les 18 autres communes. Elle a quatre hôpitaux à gérer, de même que la plus grande zone de police du pays. Je suis le bourgmestre le plus régionaliste de Bruxelles, mais je sais aussi qu’il faut faire tourner la boutique. Le Gial, c’est 125 personnes qui font tourner les fiches de paie de toute la Ville, qui équipe les écoles, l’état civil, les bibliothèques en informatique, donc tirer a boulets rouges là-dessus c’est insensé. Il y a 20.000 agents qui travaillent à Bruxelles, on est le plus gros employeur de la Région!"

Dans L’ASBL, assure-t-il, "plus de consultant interne payé sur de très longues durées". "On a mis une fonctionnaire de la Ville à la tête de L’ASBL et elle doit nettoyer toute la structure. Mais avec les audits, je ne suis pas étonné que tout ceci sorte. Quand on secoue le tapis, de temps en temps on éternue. Je le dis clairement: il y a eu un avant et un après juillet 2017 (l’affaire du Samusocial, NDLR). On est en train de remettre tout à plat. J’avance dans ma réforme."

"La N-VA connaît la musique"

Au chapitre des conventions de management, un des mécanismes utilisés dans les structures bruxelloises incriminées pour, entre autres, alléger les factures fiscales et sociales, le bourgmestre de Bruxelles dit ceci: "C’était très répandu dans les années 2000 de payer des directeurs via des sociétés. Je prends l’exemple de Mark Descheemaecker qui est aujourd’hui député N-VA. Il y a quelques années, il facturait via une société 470.000 euros par an à la SNCB. Quand la N-VA vient nous expliquer qu’elle découvre ces mécanismes, c’est du grand n’importe quoi. Comme socialiste, je suis pour le salariat, mais dans le monde des ingénieurs informaticiens, c’est le tarif qui est très élevé. On travaille maintenant via des salariés mais il faut trouver des gens qui acceptent ce statut et parfois le coût-employeur est plus cher. Un contrat de salarié coûte plus cher, ce n’est pas un scoop mais c’est bien de le rappeler."

Il marque une pause.

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Puis reprend: "Il y a un endroit dont on ne parle jamais mais où beaucoup de monde travaille via des conventions, ce sont les hôpitaux privés. À Cavell, ce n’est que cela. Or ils sont liés par les lois sur les marchés publics. Tous les médecins sont indépendants, beaucoup ont des conventions d’entreprises, et il n’y a pas d’appel d’offres. Donc, j’aime bien recevoir des leçons mais j’appelle à l’humilité. La convention d’entreprise est un système qui existe, je ne le défends pas, mais il est là. Alors, si Maggie De Block veut convoquer une réunion pour qu’on discute du personnel hospitalier, je m’y rendrai bien volontiers. En Flandre et en Wallonie, les décrets ont clarifié les choses: les dirigeants d’entreprises publiques ne peuvent plus être en convention, sauf dans le secteur hospitalier."

"Restaurer la confiance par des gestes forts"

On lui demande où, à Bruxelles, cela risque de "secouer".

Il répond: "Je ne peux pas vous dire ou ça va secouer mais en multipliant les audits, on va forcément se prendre des remarques. Je pense honnêtement qu’a Bruxelles, 90% du boulot de nettoyage a été fait. On a diminué de 450 le nombre de mandats, on a diminué les rémunérations de 60%, c’est fini les super-rémunérations des présidents de conseils d’administration et les super-jetons de présence, on a diminué le nombre d’ASBL. Mais je ne peux pas tout fusionner. J’ai 22 fabriques d’églises sur le territoire de la Ville, quatre hôpitaux et trois théâtres. On avancera dès cette année en soumettant les plus grandes sociétés qui dépendent de la Ville: les 4 hôpitaux bruxellois, les Cuisines bruxelloises, Brussels Expo et le Marché matinal. Ce contrat lie la société au conseil communal, clarifie toutes ses obligations, les rapports seront clairs et sains. Les contrats auront des termes de 5 ans, ils sont en cours de préparation. C’est à travers ces futurs contrats qu’on va assurer un avenir sain à ces sociétés".

"Je travaille sans relâche pour assainir les choses. J’ai diminué mon salaire de 35%, tout le monde m’a dit: 'Tu es fou d’avoir fait cela'. Mais c’était la seule manière de regagner la confiance des gens."
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On sort l’artillerie, on lui parle du système PS, des tentacules de la pieuvre rouge, du système mis en place par et pour les camarades. "Allez, allez, on confond tout. Ici, avec Gial, il n’y a pas un mandataire politique qui a touché un balle. Chez Gial, je ne sais pas ce que ces consultants votaient, mais ce n’était pas des socialistes. Qu’on arrête de crier ça en tous sens, moi je travaille sans relâche pour assainir les choses. J’ai diminué mon salaire de 35%, tout le monde m’a dit: "Tu es fou d’avoir fait cela". Mais c’était la seule manière de regagner la confiance des gens. Dire que je ne fais pas cela pour l’argent. Ça me désole. Je ne fais pas ce métier pour l’argent. Aujourd’hui, c’est important de restaurer la confiance et ça passe par des gestes forts. Alors, on va me dire qu’il reste tel et tel problème. Oui, dans les hôpitaux, c’est complexe. En 1996, ces hôpitaux étaient en quasi faillite, aujourd’hui, ils fonctionnent très bien. Parfois la complexité permet d’associer tout le monde."

"On a tout mis à plat en termes de gouvernance. En six mois, on a fait cette réforme. On avance, on continue à auditer, mais on ne doit pas non plus abandonner les projets et ne faire plus que de la gouvernance. La Ville ça reste un projet avec 4.000 nouvelles places d’école, 600 places de crèche, des espaces verts, etc."

Et pas de stade national de football… Un ange passe.

"Nous ne sommes plus dans le jeu. Je lis que la N-VA ne veut pas de stade national et voudrait tourner pour les matchs des Diables dans des petits stades de maximum 28.000 places alors qu’on a parfois 80.000 demandes de tickets. Je vois que la plupart des grandes capitales européennes ont un stade et Bruxelles n’en a pas. Mais ce n’est plus à moi de prendre le leadership dans ce dossier puisqu’on est des amateurs. On attend de voir si les vrais professionnels de l’État ont une solution. Je laisse le grand pro nous expliquer quoi faire."

"Je suis un social-démocrate et je n’ai aucun problème à m’asseoir avec un patron."
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Corner et balle dans le camp de Charles Michel qui a souvent traité les Bruxellois d’"amateurs" dans ce dossier. On s’en voudrait d’être négatif mais on glisse l’épisode foireux du stade national, du piétonnier mal ficelé, des émeutes urbaines et de la mauvais gouvernance. La campagne électorale de Philippe Close s’annonce lourde et longue.

Il dit: "Mais les gens me parlent plutôt de sécurité routière, de l’accessibilité, de la mobilité, de sport. Je rencontre des gens tous les jours qui veulent parler de leur quartier. Les débats sont fermes mais courtois. Donc, je pars en campagne électorale, prêt à discuter de tout avec tout le monde. Je ne parlerai pas que de gouvernance, je veux parler de logement, d’enseignement, d’espaces verts. Et je ne vais pas me cacher. Je suis fier des réalisations qu’on a pu obtenir. J’assume tout. Les bonnes et les moins bonnes choses. Je suis le patron de la commune, mon boulot c’est de réparer la Ville en permanence. Je suis un carrossier, mais je n’oublie jamais qu’on a un bon moteur."

"On a besoin de coproduction"

Et cette alliance sociale-libérale à la Ville de Bruxelles, va-t-elle encore durer longtemps? "Avec le MR à la Ville, je suis assez satisfait de notre travail. Chacun a sa spécificité, mais on est assez complémentaires. Je regrette le départ du sp.a, ils sont dans les 18 autres communes avec le PS, mais à Bruxelles, les socialistes seraient infréquentables, ça ne tient pas debout. Mais mon objectif c’est de maintenir le PS premier parti à la Ville de Bruxelles, je sais que si nous ne le sommes pas, les autres feront tout pour nous éjecter."

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Un olivier (PS, cdH, Ecolo) serait peut-être plus indiqué pour vous qui êtes un homme de gauche. Mais êtes-vous un homme de gauche? Il rit. Sa porte-parole rit. Et il répond: "Je suis social-démocrate." Au centre?

"Plutôt, oui. Je suis connu pour cela au PS, je suis atypique. Je crois aux syndicats et au fonctionnariat, et je suis convaincu que ça n’handicape pas l’administration. Mais je crois aussi au secteur privé et l’entreprise. On a besoin de coproduire la Ville. Je n’ai aucun problème à m’asseoir avec un patron, chacun dans son rôle. Le symbole de mon action politique, c’est Neo (la construction du nouveau quartier sur le site dy Heysel, NDLR). Montrer un pouvoir public qui se comporte comme un aménageur pour créer de l’emploi et embellir les choses, mais prendre les meilleurs urbanistes, aller chercher le leader mondial du secteur (Unibail), etc... Et avec l’argent qu’on gagne, on construit des espaces publics. C’est un modèle vertueux ou public et privé se retrouvent ensemble au service d’un projet de Ville. Je suis très pragmatique. Mais c’est pour ça que je ne suis pas une idéologie. La mienne, c’est ce modèle de ville."

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