Philippe Close: "Il faut commencer à faire revenir les travailleurs à Bruxelles"

Philippe Close a retroussé ses manches pour limiter les effets du Covid. Avec des secteurs piliers fragilisés, la capitale doit miser sur ses universités et son offre en matière de santé, estime le bourgmestre PS de Bruxelles. C'est là qu'on créera de l'emploi. Un emploi qu'il s'agit de revaloriser, dit-il au Fédéral. Dans le viseur: les suppléments d'honoraires dans les hôpitaux.

Analyse, consultation, décision. "Et s’il faut changer, ben je change." Philippe Close en résumé: le pragmatisme fait loi à la Ville. "À chaque incident, il faut donner une perspective, c’est mon mantra", "je ne suis pas un dogmatique", dira encore le bourgmestre PS de Bruxelles quant à l’avenir du Bois de la Cambre. Dans son bureau de la Grand-Place - dont le style n’en finit pas de faire peser des siècles d'histoire sur tout hôte - mots et formules s’enchaînent dans un flux difficile à interrompre. Bruxelles souffre de la crise sanitaire, de son tourisme en berne, de ses restos fermés, du télétravail, de ses hôtels vides, de la désertion des fonctionnaires européens. Et Mampaka qui passe au MR. Close papote et papote encore, mais on doit commencer l’interview. Regard vers le Fédéral. Un gouvernement se forme, mais qu’est-ce que sa capitale en attend ?

"La situation de crise est sans précédent, plante Philippe Close. À l'heure du bilan, il faudra s’attendre à des déficits très importants dans les grandes villes. On va faire face à un séisme social. Notre boulot n’est pas de pleurer sur le passé mais de faire de cette crise une opportunité. On va innover, il y a un potentiel hallucinant à Bruxelles." On dit: Bruxelles a misé sur le tourisme de courte durée, sur les congrès et son offre culturelle. Tout cela est à terre ou à peu près.  

Mieux payer les infirmières

"Si on n'avait misé que sur le tourisme ou notre rôle de capitale européenne, on ne se relèverait pas, réplique le mayeur. Bruxelles, c’est aussi des universités et une offre de santé. Il faut absolument revaloriser et favoriser la formation des infirmières. On en a besoin dans les maisons de repos, dans les écoles, dans les PMS, dans les crèches et les hôpitaux." Et augmenter le volume d’emplois ? "Oui. On l’a bien fait pour la police. C’est bien d’applaudir à 20 heures mais maintenant il faut que cette attention se concrétise."

"Dans un hôpital, l’écart salarial est à la limite de l’indécence par moment... Il va falloir parler des suppléments d’honoraires."

Niveau salaires aussi ? "Il faut reconnaître que dans un hôpital, l’écart salarial est à la limite de l’indécence par moment. J’en discute avec mes amis médecins. C’est un débat tabou, mais il va falloir parler des suppléments d’honoraires, notamment par rapport aux mutuelles. Sinon le système va craquer."

On demande si la Ville et ses quatre hôpitaux ont chiffré ces besoins. "Il reste Erasme à reconstruire, mais globalement, privé ou public, l’ensemble est rebâti. Le vrai défi c’est staffer. On doit aussi travailler sur le temps d’attente. La principale plainte des gens c’est "j’ai mal au dos et je dois attendre quatre mois pour avoir une radio, sauf si je vais dans le privé". Ce n’est plus possible. Il faut travailler avec le ministre de la Santé pour avoir un temps maximum d’attente."

Pour ce qui concerne le tourisme et l’horeca : "On a tout pour redémarrer. Comme après les attentats. Mais tant qu’on sera en zone rouge et qu’il n’y a pas une uniformisation au niveau européen, ça sera difficile. L'infectiologue Nathan Clumeck, qui conseille la conférence des bourgmestres, le dit tout le temps: il faut vivre AVEC le virus. Je ne serai donc pas le bourgmestre qui attend un vaccin pour reprendre une vie économique et sociale."

"Si on veut une contamination zéro, on doit tout reconfiner. Personne ne veut cela."

Il enchaîne. "Est-ce qu’il va y avoir des contaminations liées à la réouverture des théâtres? Sûrement. Mais si on veut une contamination zéro, on doit tout reconfiner. Personne ne veut cela. Est-ce qu’on va revenir avec des concerts au Palais 12 et des gens qui pogotent ? Non. Ça sera des événements assis. Le gens ont besoin de voir des artistes, c’est l’ADN de Bruxelles. Il faut adresser un message positif au secteur. Même chose pour le tourisme."

Point de lumière cependant pour l’événementiel et le secteur de la nuit, concède-t-il. Les hôtels ? "Il y aura des faillites. Mais le secteur continue à investir. La reprise du présentiel dans les institutions européennes est fondamentale, c’est le poumon économique de l’hôtellerie. Et tout comme je me suis battu pour la Foire du Midi, je me battrai pour Plaisirs d’Hiver. Le mot d’ordre, c’est reprendre une vie normale avec le virus."

D'ailleurs, Philippe Close assure mener un intense lobbying pour convaincre les entreprises de faire revenir leurs travailleurs à Bruxelles. "J’ai vu le patron de Fortis, celui d’AG, je leur ai dit. Il ne sont pas contraires mais il faut que les entreprises se réadaptent."

Pas favorable aux masques partout

L'incise l'amène directement à la question du testing. "Cela fait deux mois que je m'énerve là-dessus", dit-il avant de placer une anecdote. Résumé (on n'a pas la place pour un roman): un cas de Covid signalé lors du Meyboom (c'est du folklore bruxellois), le bourgmestre doit se faire tester. Il est dans un village de France et l'affaire dure moins de 24 heures. Coût nul, résultat le lendemain. Par mail. À Bruxelles? "Les gens ne supportent plus de faire la file pendant trois heures au milieu d'autres gens potentiellement infectés." Contraste saisissant, Close pas content. "Je le dis au Fédéral, je le dis à Rudi Vervoort, il faut simplifier la procédure. Les généralistes en ont marre. On a peur de la pénurie de réactif ? Eh bien on l’annonce aux gens et ils auront leur résultat 24 heures plus tard. Ils comprendront."

L'enjeu, c'est l'adhésion de la population aux mesures sanitaires. Et l'obligation du masque partout imposée par la Région? "Il va falloir diminuer, concède Philippe Close. Les gens nous ont montré qu’ils étaient responsables. Bien sûr il y aura toujours des idiots pour défier les règles." On insiste. Il faut lâcher la bride donc? "Il faut réfléchir à des mécanismes qui suscitent l’adhésion. Un masque à 11 h du soir dans un parc, ça a une utilité proche de zéro."

En mai, il évoquait l'explosion de l’immobilier en périphérie. Sur l'éventuelle fuite des classes moyennes de Bruxelles, il est aujourd'hui nuancé. "Ce n’est pas ce qu’on constate. Énormément de gens s’installent à Bruxelles et on chiffre, rien qu’autour du piétonnier, 700 millions d’euros d’investissement pour du logement, du bureau, de l’hôtellerie et des commerces. On travaille sur notre concept de la ville à dix minutes qui implique d’avoir près de chez soi écoles, crèches, centres culturel et sportif, espaces verts, transports publics. Mais c’est clair que si on redevenait une ville d’usage, il n’y aurait plus aucun intérêt à vivre ici."

Le socialiste se lance dans une longue énumération de tous les projets qui poussent à Bruxelles, de la Gare Maritime de Tour & Taxis, qu'il a visitée cette semaine en compagnie du souverain, au quartier Nord où le WTC est en cours de rénovation. "On entend souvent une petite musique selon laquelle plus personne n’irait dans le centre alors que tout se passe dans le centre!"

Prêt à régionaliser le Bois

On enchaîne sur la fermeture du Bois de la Cambre et le risque de se couper de la Wallonie. Mais Philippe Close préfère parler de "requalification" du Bois. "Un parc doit être un parc. Je suis pour la fermeture totale, c'est mon objectif à dix ans. Mais je suis totalement d'accord que c'est impossible pour Uccle aujourd'hui. Et dès le mois de mai, ce qui m'a le plus convaincu d'une réouverture c'est l'hôpital Sainte-Elisabeth, même s'il s'agit d'un réseau concurrent du mien."

Dans ce dossier, il moque les libéraux dont le fait d'arme en pleine semaine de la mobilité sera d'avoir intenté un recours contre le nouveau test de circulation. "Rien d'étonnant, on sait que le mantra du MR c'est cars, cars, cars... Mais la vraie clarification devra venir des Verts. À Uccle, Ecolo s'oppose au recours tout en disant que tout va bien dans leur majorité avec le MR. C'est vrai qu'il y a un peu plus de radicalité du côté des Verts de la Ville et de la Région, donc je vais m'adresser aux écologistes d'Uccle, d'Ixelles et de Bruxelles: parlez-vous! Et dites moi jusqu'où vous êtes prêts à aller."

"Je le répète: le bien-être des Ucclois est aussi important que celui des habitants de la Ville. Je suis prêt à amender mon plan en fonction de résultats statistiques."

On propose une autre lecture des événements. Face à ce qui s'apparente comme un énième dysfonctionnement d'une ville-région découpée en 19 communes, ne doit-on pas régionaliser le Bois de la Cambre? "Pas de problème! Qui a proposé à Alain Maron (ministre bruxellois de l'Environnement, NDLR) de régionaliser le Bois il y a un an? Moi !" En attendant Philippe Close se veut rassurant: "Ce n'est pas le chaos annoncé mais on n'est pas dans des conditions normales, donc je reste très prudent et je le répète: le bien-être des Ucclois est aussi important que celui des habitants de la Ville. Je suis prêt à amender mon plan en fonction de résultats statistiques."

Et sur l'institutionnel bruxellois, rien à revoir donc? "L'institutionnel est complexe mais je défendrai toujours la Région bruxelloise car j'ai vu les conséquences quand les Bruxellois ne géraient pas leur région. On était une ville d'usage où l'on construisait des viaducs de la place Rogier jusqu'à Koekelberg sans tenir compte des habitants. À l'époque, on jugeait les trams utiles mais encombrants. Or s'il y a un truc de réussi aujourd'hui dans cette région, c'est la Stib! Des travailleurs super, du matériel roulant incroyable. Je viens au boulot en tram, c'est le bonheur."

La déclaration d'amour aux transports publics est suivie d'une nouvelle pique à destination du MR qui - on résume - n'a toujours pas compris qu'il fallait avancer en matière de mobilité, piétonniser et hiérarchiser les modes de déplacement. "On me dit que je pense à mes électeurs, mais ceux qui achètent des bakfiets électriques assez chers, ce n'est pas tout à fait ma base électorale. Ceux qui n'ont pas compris que les mouvements verts gagnaient surtout les communes favorisées n'ont pas compris l'électorat bruxellois. Le MR devrait se méfier avec son conservatisme, sinon l'épisode ixellois risque de se reproduire dans beaucoup de communes!"

En clin d'œil à certaines rumeurs le voyant succéder à Rudi Vervoort en cours de législature, on lui demande si son discours sur la mobilité est celui d'un futur ministre-président, mais Philippe Close nous invite à laisser les rumeurs là où elles sont. "Rudi Vervoort, avec qui je collabore très bien, a toute ma confiance. Je suis bourgmestre de Bruxelles et c'est déjà beaucoup de travail."

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