Face aux critiques, Rudi Vervoort défend les nouveaux quartiers bruxellois

©Kristof Vadino

Les plans d’aménagement directeur sont attaqués par les riverains, associations et communes redoutant la densification du bâti. Rudi Vervoort (PS) défend la création de ces nouveaux quartiers.

Plusieurs photomontages sur lesquels des gratte-ciel dépassent des arcades du Cinquantenaire ou surplombent les arbres du parc Royal depuis la place des Palais ont circulé ces dernières semaines. Des visuels qui témoignent de la levée de boucliers des comités de riverains et associations causée par le plan d’aménagement directeur (PAD) Loi dont l’enquête publique s’est clôturée vendredi. Porté par le gouvernement bruxellois, ce cadre stratégique visant à rendre le quartier européen plus mixte en y renforçant la présence de logements et de commerces autorise l’édification de 14 tours dont cinq culminant à 120 mètres.

Le PAD Loi serait-il un prétexte à la démolition-construction de nouveaux immeubles? "On est en train de faire un mauvais procès, réplique Rudi Vervoort (PS), ministre-président bruxellois en charge du développement territorial. Le problème, c’est que l’on confond architecture et planologie. Les visuels sont basés sur des hypothèses qui ont servi à établir le rapport d’incidence environnemental. Le PAD sert de cadre maximaliste au développement futur du quartier, mais tous ces projets de tours n’existent pas encore aujourd’hui."

"Nous voulons travailler sur la skyline bruxelloise, avec des bâtiments un peu plus iconiques."
Rudi Vervoort
Ministre-président

Le socialiste soutient que le PAD Loi ne densifiera pas davantage le quartier européen. "Au total, il n’y aura pas une explosion des m² construits. Pour éviter l’effet canyon et sortir du concept de rue couloir, nous allons dédensifier l’emprise globale au sol afin de pouvoir travailler sur l’élargissement des trottoirs. Aujourd’hui, la rue de la Loi ne fonctionne plus pour les cyclistes et les piétons et cela ne se résoudra pas uniquement en réduisant une bande de circulation. À un moment donné, il faut pouvoir imaginer que les immeubles reculent pour en faire un vrai quartier de vie avec des immeubles de logements comme dans la rue Belliard. Mais cela ne deviendra jamais un quartier de maisons unifamiliales, c’est clair. Cela correspond aussi avec notre volonté de travailler à la skyline bruxelloise avec des bâtiments un peu plus iconiques qu’ailleurs."

Il n’empêche que la Commission royale des Monuments et Sites s’est montrée ultracritique, jugeant inacceptable que les gabarits projetés puissent dénaturer de nombreuses perspectives paysagères dans la capitale. "Pour chaque projet à venir, il faudra des permis et les impacts, visuels ou en termes d’ombre et de vent, seront finement étudiés. Mais nous avons pris acte de l’avis de la CRMS qui est dans son rôle en examinant les possibles, déclare Rudi Vervoort qui précise que la perspective n’a pas été conçue pour être observée dans ce sens. Si on prend la vue depuis les arcades vers le centre c’est déjà aujourd’hui une sorte de magma qui ne ressemble à rien. L’ensemble historique de cet axe est conçu depuis Mérode vers Tervueren."

Perte de poumons verts

À l’entame de son premier mandat comme ministre-président, Rudi Vervoort avait annoncé la création de dix nouveaux quartiers. Avec à chaque fois une double vocation: l’absorption des besoins métropolitains en logements et en équipements et l’attribution à chaque zone d’une fonction spécifique: campus universitaire aux Casernes d’Ixelles, Cité des Médias à Reyers… Une ambition qui avait conduit, dans la foulée, à la création des fameux plans d’aménagement directeur, outils planologiques permettant de déroger à toutes les autres normes dans un périmètre défini. Six ans plus tard, 13 zones de la capitale sont concernées par un PAD.

"Dans chaque projet, on intègre les besoins en équipements et on sanctuarise un espace vert. On prévoit un parc de huit hectares à Josaphat. À Reyers, personne ne bénéficie aujourd’hui d’accès aux parties boisées qui seront transformées en parc."
Rudi Vervoort

S’ils ne suscitent pas tous autant la polémique que le projet Loi, plusieurs PAD génèrent des inquiétudes au sein de la population, dont une récurrente: la bétonisation de poumons verts. Ainsi, les riverains du futur éco-quartier schaerbeekois qui prévoit, d’ici 2030, 1.600 logements sur l’ancienne gare de tri Josaphat, soulignent l’intérêt du site en matière de biodiversité. Sur le site Mediapark destiné à accueillir les nouveaux sièges de la RTBF et de la VRT, c’est la disparition de la partie boisée qui est déplorée par Inter-Environnement Bruxelles (IEB).

"Dans chaque projet, on intègre les besoins en équipements et on sanctuarise un espace vert. On prévoit un parc de huit hectares à Josaphat. À Reyers, personne ne bénéficie aujourd’hui d’accès aux parties boisées qui seront transformées en parc, rétorque Rudi Vervoort. Et c’est grâce aux PAD, puisque tous ces terrains sont en zone à bâtir dans le PRAS, contrairement à ce que l’on pourrait croire. Et puis, ce sont des terrains publics. Allez essayer d’expliquer à un propriétaire privé que sa friche doit rester en l’état parce qu’on trouve ça sympa."

Résoudre la crise locative

La commune de Schaerbeek invoque le ralentissement du boom démographique pour revoir à la baisse le nombre de logements prévus à Josaphat. Un discours irresponsable aux yeux du ministre-président. "Nous traversons une crise du logement locatif tout simplement parce que l’offre ne suit pas la demande. Ne pas produire de logements a un effet mécanique. Lorsque dix personnes veulent louer le même appartement, le propriétaire augmente le prix. Dire que tout va bien et que le boom était en fait une chimère, ce n’est pas audible."

"On prévoit 45% de logements publics à Josaphat. Je ne connais pas beaucoup de projets avec un taux aussi élevé."
Rudi Vervoort

On glisse qu’il s’agit d’une crise du logement abordable et que la part de logements publics dans les différents PAD n’est pas jugée suffisante par IEB, qui réclame 60% de logements sociaux sur le foncier public. "On prévoit 45% de logements publics à Josaphat. Je ne connais pas beaucoup de projets avec un taux aussi élevé. À Bruxelles, la structure de l’habitat fait qu’on a toujours environ 60% de locataires. C’est une tendance difficile à inverser. Pour enrayer l’exode urbain des classes moyennes, il faut travailler sur tous les segments. On veut construire des logements de qualité pour tous les types de revenus, du logement social mais aussi du logement moyen locatif, du moyen acquisitif et du privé."

En charge de l’élaboration des PAD, Perspective.Brussels estime à 20.000 le nombre maximum de nouveaux logements prévus par tous les plans avant les arbitrages à réaliser suite aux enquêtes publiques. Selon le directeur Tom Sanders, cela permettra de n’épuiser que très partiellement la croissance démographique attendue d’ici 2040. "La nécessité de produire du logement est reconnue de tous. Mais certains n’ont pas un discours très honnête. On ne peut pas dire qu’il y a globalement un objectif de densification à atteindre mais décliner tous les projets localement. C’est une tendance mondiale qui n’est pas propre à Bruxelles. On est encore loin de la densification de Paris ou Londres. Ici, on intègre des espaces verts, on n’est pas dans du béton, du béton, du béton. Mais c’est vrai que cela nécessite parfois une émergence…"

Dégager de l’espace au sol

Les émergences évoquées par Rudi Vervoort sont ces fameuses tours qui cristallisent les craintes de densification. Dans son avis relatif au PAD Delta qui prévoit d’enterrer définitivement le viaduc Herrmann-Debroux, la commune d’Auderghem demande de réduire à 60 m la hauteur de l’immeuble de 80 m prévu sur le boulevard du Triomphe. Même chose du côté d’Evere qui demande de réduire à 15 étages la tour qui doit en compter 20 au nord du site Josaphat.

"Je ne vais pas préjuger de la concertation. Mais il faudra des arguments et ne pas se contenter de dire que ça ne plaît pas ou que c’est trop dense alors que la densité est la même que dans les quartiers avoisinants. On ne va pas dédensifier."
Rudi Vervoort

"On prévoit aussi une tour à l’entrée de ville à Bordet et à l’entrée de ville sur l’E40. Si cela ne va pas là-bas, je ne sais pas où on les met alors, s’agace Rudi Vervoort. Construire en hauteur permet de dégager beaucoup plus d’espace public. Le propriétaire peut faire les choses très classiquement, monter à six ou sept étages sans dégager l’emprise au sol. Mais on peut aussi discuter pour accorder de la hauteur sur une partie du terrain et rendre le reste accessible au public."

On demande au ministre-président s’il compte renoncer à certains gabarits ou tenter de convaincre de l’intérêt de construire en hauteur. "Je ne vais pas préjuger de la concertation. Mais il faudra des arguments et ne pas se contenter de dire que ça ne plaît pas ou que c’est trop dense alors que la densité est la même que dans les quartiers avoisinants. On ne va pas dédensifier", prévient le socialiste qui prend en exemple sa commune d’Evere, passée de 29.000 à 42.000 habitants en six ans.

"Je n’ai pas le sentiment que ces 42.000 personnes vivent mal. Et je suis fier de pouvoir dire qu’on a construit dans une gamme de prix permettant aux gens de se fixer à Bruxelles. Quand j’entends des communes se plaindre de quelques milliers d’habitants en plus, cela m’énerve. Le développement territorial implique une solidarité entre les 19 sinon cela ne marchera pas. En fait, cela va peut-être obliger certains bourgmestres qui n’ont jamais investi dans aucun équipement, qui n’ont quasiment pas de réseau scolaire, ni de crèches, ni de piscine à en construire une. Après, ils feront peut-être moins la leçon aux autres sur la bonne gestion et les taux d’impôts locaux les plus bas."

État des lieux des plans d'aménagement directeur

©mfn

1. Casernes d’Ixelles
Rebaptisée Usquare, l’ancienne école de gendarmerie d’Ixelles sera reconvertie en cité internationale étudiante. Au programme: des logements à loyers modérés, des kots, des équipements de pointe pour les universités et des équipements pour les habitants et usagers du quartier. L’enquête publique s’est clôturée en avril.

2. Gare de l’Ouest
Friche ferroviaire de 13 hectares constituant une barrière urbaine entre le centre historique et le haut Molenbeek, le site de la Gare de l’Ouest accueillera des logements et des équipements collectifs. La construction par Infrabel de son académie du rail rassemblera sur ce pôle toutes les formations aux métiers du rail. L’enquête s’est achevée en avril.

3. Reyers
La future cité des médias abritera les nouveaux sièges de la VRT et de la RTBF ainsi que des entreprises du secteur des médias. Environ 2.000 logements et un parc de huit hectares complèteront le pôle média. L’enquête publique est bouclée depuis avril dernier.

4. Porte de Ninove
Ce plan mis à l’enquête publique en avril prévoit l’implantation de quelque 35.000 m² de logements (environ 350 logements), ainsi que 3 hectares d’espaces verts, dans ce quartier à cheval sur le canal et la petite ceinture.

5. Heyvaert
Heyvaert accueille une activité très intense de commerces liés à l’automobile et l’objectif du PAD est de faire évoluer l’économie du quartier vers une activité plus adaptée à un mode de vie urbain de qualité. L’enquête publique vient de se clôturer.

6. Delta
Le réaménagement de l’axe E411 en boulevard urbain est l’une des ambitions principales du projet Herrmann-Debroux qui prévoit aussi le redéploiement de plusieurs sites stratégiques tels que le Triangle Delta (friche ferroviaire), Beaulieu (bureaux de la Commission européenne) ou encore Demey (le centre commercial et le Carrefour). Le PAD prévoit de renforcer la mixité de ces sites en y intégrant du logement et de créer un nouveau quartier résidentiel le long du boulevard du Triomphe. L’enquête publique se clôturera le 9 décembre.

7.  Josaphat
À cheval sur Schaerbeek et Evere, l’ancienne gare de triage se transformera en un écoquartier de 1.600 logements comprenant une école, des crèches, une halte RER ainsi qu’un parc public. L’enquête publique est finie depuis le 2 décembre.

8.  Loi
Le projet de PAD consacré au quartier européen a pour ambition d’y renforcer la mixité fonctionnelle et sociale afin que celui-ci continue de vivre en soirée. Durant l’enquête publique qui s’est achevée vendredi, les riverains et les associations ont critiqué la possibilité de construire de nouvelles tours rue de la Loi.

9.  Quartier Midi
Porte d’entrée internationale de Bruxelles, le quartier de la gare du Midi sera réaménagé sur le concept de "gare habitante". À l’horizon 2030, le but est d’avoir autant d’espaces dédiés aux logements qu’aux bureaux. Aucun projet de PAD n’a pour l’heure été approuvé par le gouvernement.

10.  Bordet
L’arrivé du terminus du futur métro nord doit permettre à Bordet, zone périphérique caractérisée par la présence d’immeubles dispersés de faible hauteur, de devenir un vrai quartier urbain avec des logements, des commerces et des infrastructures de loisirs. Le PAD n’a pas encore été approuvé.

11.  Heysel
La réurbanisation du plateau du Heysel est mieux connue sous le nom de Neo. Centre commercial, centre de congrès, hôtel, logements, reconversion du stade Roi Baudouin… Un plan d’aménagement directeur devra traduire la vision d’aménagement stratégique et réglementaire pour l’ensemble du plateau.

12.  Maximilien
Le parc Maximilien va être entièrement redessiné. Le projet de PAD prévoit la remise à ciel ouvert de la Senne et un nouveau bâtiment pour l’intégration de la ferme Maximilien ainsi que le réaménagement du boulevard Bolivar et du carrefour Armateurs. Un appel à auteurs de projets vient d’être lancé par le bouwmeester.

13.  Défense
Compte tenu de sa localisation, la reconversion du site Défense en quartier urbain constituera un défi en matière de concertation interrégionale entre Bruxelles et la Flandre. Aucun projet de PAD n’a pour l’instant été approuvé en première lecture au gouvernement bruxellois.

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