analyse

Pourquoi le PS avance à reculons sur le projet de taxe kilométrique

Suite aux propos de Paul Magnette sur la taxation kilométrique intelligente, l'opposition bruxelloise a sommé le ministre-président Rudi Vervoort de clarifier la position de son gouvernement. ©BELGA

La position du PS sur le projet de taxation kilométrique est devenue illisible. Véritable opposition de fond ou posture médiatique? Décodage.

Au PS, ils sont pour ou contre la taxation kilométrique? Après les propos tenus par Paul Magnette, plus grand monde n'y voit très clair à ce sujet. Dans une interview parue ce samedi, le président du parti socialiste disait avoir compris des échanges avec ses amis bruxellois qu'un tel projet ne verrait pas le jour durant cette législature. Or, on rappelle pour les plus distraits que le projet d'une taxation au kilomètre porté par le gouvernement bruxellois dirigé par un autre socialiste, à savoir Rudi Vervoort, est censé entrer en vigueur en 2022. Le ministre-président bruxellois a d'ailleurs rétorqué ce week-end que les concertations interrégionales sont en cours et qu'une première évaluation est attendue pour mars.

Dénonçant cacophonie et double discours de la part du PS, les députés régionaux de l'opposition s'en sont évidemment donné à cœur joie, exigeant de Rudi Vervoort qu'il clarifie une bonne fois pour toutes la position de son gouvernement.

Pour expliquer ces dissonances, certains au PS tentent de jouer la carte de la "confusion". La concertation qui vient d'être amorcée concerne bien un projet pour cette législature. Tandis qu'une taxation kilométrique à l'échelle du pays n'a pas été exclue par la ministre flamande de la Mobilité Lydia Peeters (Open Vld) après 2024. C'est à cela que Paul Magnette aurait fait allusion dans son entretien. Mouais.

Autre explication de cette forme de "participopposition" du PS? Au sein de l'attelage bruxellois qui regroupe aussi Ecolo, DéFI, Groen, l'Open Vld et one.brussels, les socialistes seraient les plus réticents à mettre en place une taxation intelligente en raison de leur fibre sociale. Si en tant que chef de l'exécutif, Rudi Vervoort se montre loyal vis-à-vis de ses partenaires, des réserves sur SmartMove ont, en effet, déjà été exprimées par le chef de groupe au parlement bruxellois Ridouane Chahid ainsi que par le président de la Fédération bruxelloise Ahmed Laaouej. Et désormais par Paul Magnette qui a enfoncé une nouvelle fois le clou: la réforme ne doit pas impacter les bas revenus.

À reculons?

Le PS avancerait donc dans les négociations à reculons? Pour d'autres membres de la majorité bruxelloise, c'est une légende que certains camarades tentent de construire. Les faits sont là: la réforme de la fiscalité automobile se trouve dans l'accord de gouvernement issu de négociations orchestrées par le PS. Les socialistes ont également avalisé les dépenses relatives à SmartMove lors des discussions budgétaires en automne dernier ainsi que le dépôt d'une fiche relative à la taxation kilométrique dans le cadre du plan de relance. Mais surtout, ce projet n'aurait pas été approuvé par le gouvernement bruxellois en première lecture si le PS y était si fermement opposé.

Face à une opposition virulente, le PS se sent pris en tenaille entre le MR qui affirme que la réforme sera néfaste pour les classes moyennes et le PTB qui fait de même pour les classes populaires, pétition à l'appui.

Se prévaloir d'endosser un rôle de bouclier social tiendrait dès lors surtout de la posture médiatique et de l'opposition de façade. Face à une opposition virulente, le PS se sent pris en tenaille entre le MR qui affirme que la réforme sera néfaste pour les classes moyennes et le PTB qui fait de même pour les classes populaires, pétition à l'appui. Des mandataires bruxellois comme Ridouane Chahid et Ahmed Laaouej sont particulièrement fébriles en raison d'un électorat proche de celui du parti d'extrême-gauche. Les socialistes de la capitale espèrent donc contrecarrer le PTB en rejetant le valet puant chez les écologistes. Fruit d'un équilibre entre différentes sensibilités présentes au sein de l'exécutif, le projet actuellement sur la table n'est pourtant pas spécialement estampillé Ecolo si l'on en croit le programme électoral des Verts qui plaidaient pour la mise en place d'un péage urbain uniquement autour du centre-ville dans une zone dite Pentagone +.

Le projet SmartMove réveille aussi inévitablement les tensions internes avec la frange wallonne du parti, mais ce n'est pas propre au parti socialiste. C'est encore plus compliqué pour l'Open Vld en Flandre. Et côté francophone, même Ecolo doit composer avec des membres wallons loin d'être emballés.

Dossier compliqué sur les plans technique et politique, la taxation kilométrique nécessitera un travail de fond dans tous les partis, loin des petits jeux politiciens. Courage, loyauté et sang-froid seront également indispensables pour aboutir à un projet concerté durant cette législature.

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