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Prime Tetra: frustrés par le manque d'aides, des entrepreneurs bruxellois pourraient se délocaliser

Malgré la prime Tetra, les acteurs bruxellois de l'événementiel, de la culture indépendante et de l'horeca sont toujours moins biens lotis que ceux des autres Régions. ©Tim Dirven

Malgré la prime Tetra, les entrepreneurs bruxellois estiment ne pas recevoir assez d'aides, notamment par rapport à ce qui se fait en Flandre. Le risque de délocalisations plane.

Les modalités de la prime Tetra ont été dévoilées vendredi dernier. Les entreprises bruxelloises de l'événementiel, de la culture, du tourisme et du sport ainsi que les restaurants et cafés doivent cependant encore patienter jusqu'au 19 avril pour accéder au formulaire de demande.

Contrairement aux précédentes aides linéaires, le gouvernement de Rudi Vervoort (PS) a opté cette fois-ci pour une prime au montant variable, fixé en fonction du nombre d'équivalents temps plein (ETP) et de la baisse de chiffres d'affaires. L'objectif de cette approche plus ciblée est de mieux répondre aux besoins de chaque entreprise et indépendant.

45.000
Euros
La prime Tetra pour les secteurs de l'événementiel, de la culture, du tourisme et du sport va de 6.250 euros à 45.000 euros.

Grincements de dents dans le secteur culturel

Mais au sein du secteur culturel indépendant (non-subsidié), des voix s'élèvent déjà pour souligner le fait que l'exécutif bruxellois n'a pas tenu compte des spécificités de leur secteur en matière de personnel. "Les spectacles se jouent de septembre à mai. En raison de cette saisonnalité, nous avons recours à des travailleurs de type intermittents, un statut qui n'existe pas en Belgique. Le problème est que ces intérimaires n'apparaissent pas dans les bilans sociaux des entreprises", explique Pierre-Alain Breeveld, co-fondateur de la Fédération de la culture indépendante.

"Pour des questions de rentabilité, la culture indépendante est à l'arrêt complet depuis mars 2020."
Pierre-Alain Breeveld
Cofondateur de la Fédération de la culture indépendante

À titre exemplatif, ce dernier cite sa société Step In Live qui compte cinq dirigeants avec un statut d'indépendant, cinq employés et une trentaine d'intérimaires. "Seuls les cinq employés vont entrer dans le calcul de la prime Tetra et je n'aurai donc droit qu'à 13.750 euros au lieu de 45.000 euros alors que j'ai des frais fixes, incompressibles, de 20.000 euros par mois", expose Pierre-Alain Breeveld qui regrette que le montant octroyé au secteur culturel soit moindre que celui alloué aux discothèques.

"La culture n'est pas considérée comme un secteur qui a autant souffert parce que nous avions l'autorisation de reprendre en octobre et novembre. En réalité, seule la culture subsidiée soutenue par les compensations de billetterie de la Fédération Wallonie-Bruxelles a pu le faire. Mais pour des questions de rentabilité, la culture indépendante est à l'arrêt complet depuis mars 2020."

Critères d'aides imparfaits

Pour la présidente de L’Event Confederation, il aurait été plus judicieux de s'en tenir aux diminutions de chiffres d'affaires pour déterminer les montants. "Le secteur événementiel est complexe, car il comprend des acteurs très variés et autant d'employés que de freelances. Il y a des toutes petites et de grosses structures avec des frais fixes importants liés à des bâtiments, du matériel technique et des véhicules même si certains contrats de leasing ont parfois pu être rediscutés. Avec la prime Tetra certains vont s'y retrouver, mais pour d'autres cela ne couvrira pas les frais fixes qui ne sont pas forcément liés au nombre d'ETP, un critère pourtant prédominant", regrette Vinciane Morel.

Dans l'avis rendu par le conseil économique et social de la Région bruxelloise (Brupartners) sur Tetra, les partenaires sociaux avaient d'ailleurs demandé que le volume d'emploi intérimaire soit pris en compte dans le calcul de la prime pour le secteur événementiel, afin de soutenir les entreprises qui offrent de façon structurelle de l'emploi via ce canal.

Monde de la nuit

La question des ETP se pose aussi dans le monde de la nuit. "Nous sommes ouverts seulement trois nuits par semaine donc nous avons beaucoup recours à des intérimaires et des étudiants. Comme je ne dépasse pas les cinq ETP, j'obtiendrai seulement 8.750 euros, ce qui est dérisoire. En divisant par le nombre de mois de fermeture, ça ne paie pas un seul loyer", s'indigne Carl De Moncharline, patron de l'Imperial Premium Bar Brussels.

"Comme je ne dépasse pas les cinq ETP, j'obtiendrai seulement 8.750 euros, ce qui est dérisoire. En divisant par le nombre de mois de fermeture, ça ne paie pas un seul loyer."
Carl De Moncharline
Patron de l'Imperial

L'indemnité Tetra est plus conséquente pour les discothèques qui peuvent compter jusqu'à 125.000 euros. Mais pour le Cactus qui compte moins de 5 ETP, celle-ci ne s'élèvera qu'à 81.250 euros, malgré la perte de chiffre d'affaires de plus de 60%.

"J'avais des réserves dans lesquelles nous avons puisé. La prime Tetra va donc nous aider à refaire une petite trésorerie. Mais c'est tout à fait ridicule d'aller demander le nombre d'ETP pour une boîte de nuit ouverte le vendredi et le samedi soir. Qu'on ait cinq ou dix ETP, nos autres frais fixes ne changent pas", raconte Philippe Harlet, cogérant de la boîte de nuit auderghemoise.

Risque de délocalisation

Bien qu'il aura droit au montant plafond de la prime Tetra en raison d'un nombre élevé d'employés temps plein, l'initiateur du Food Court Wolf juge ces montants ridicules, surtout en comparaison avec la Flandre. "Une prime de 45.000 euros, cela ne couvre pas deux mois de fermeture pour certains établissements. C'est pour cela qu'il y a une action en justice de 50 restaurateurs pour réclamer au Fédéral des vraies solutions d'indemnisation plutôt que de refiler la patate chaude aux Régions", s'exclame Thierry Goor.

"Mais tout cela doit nous faire réfléchir à l'organisation de la Belgique. On paie autant de taxes à Bruxelles, si pas plus, et l'on reçoit moins d'aides."
Vinciane Morel
Présidente de L’Event Confederation.

Quand il regarde ce que certains traiteurs flamands ont reçu comme indemnités, Pascal Van Hamme se dit écœuré. "Je songe à déménager mes ateliers du côté de Vilvorde ou Zaventem", confie le patron du traiteur Chou de Bruxelles et du Chalet Robinson.

Ce risque de délocalisation de certains groupes de l'événementiel hors de Bruxelles est aussi évoquée par Vinciane Morel. "L'immense disparité des aides entre les Régions est une source de frustrations. Nous avons beaucoup de contacts avec le gouvernement bruxellois. Ils font au mieux et on ne peut pas leur demander de distribuer ce qu'ils n'ont pas. Mais tout cela doit nous faire réfléchir à l'organisation de la Belgique. On paie autant de taxes à Bruxelles, si pas plus, et l'on reçoit moins d'aides... Certains vont commencer à s'interroger sur l'intérêt d'avoir leur siège social en Région bruxelloise", avertit la présidente de L’Event Confederation.

Le cabinet de la secrétaire d'État bruxelloise à la Transition économique indique que pas moins de 700 millions d'euros d'aides ont été apportées par la Région bruxelloise dont le budget annuel est d'environ 5,3 milliards. "Nous avons été à l’écoute et on le sera encore. Pour ces secteurs, mais aussi pour ceux qui ont dû à nouveau fermer récemment", déclare le cabinet de Barbara Trachte (Ecolo).

Le résumé

  • La prime Tetra concerne les entreprises bruxelloises de la culture, du tourisme, du sport, ainsi que les restaurants et cafés.
  • Elle sera calculée en fonction des ETP (pour équivalent temps plein) et de la baisse de chiffre d’affaires.
  • Problème: elle ne prendra pas en compte les indépendants, les intérimaires ni les étudiants.
  • Elle n’apaise cependant pas la colère devant les inégalités de traitement face aux aides allouées en Flandre.

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