carte blanche

Quand Bruxelles déclare la guerre aux automobilistes

On peut penser que les mesures du gouvernement bruxellois concourront à l’accélération de la précarisation de Bruxelles, mais aussi à l’accentuation des inégalités socio-économiques intra-belges déjà existantes.

2021 rime avec l’instauration des 30km/h à Bruxelles, assortie de son nouveau lot de radars.

En dépit d’une pression fiscale déjà considérable sur les automobilistes, nouveaux boucs émissaires du 21e siècle, le gouvernement bruxellois planche en parallèle sur sa fameuse "taxe kilométrique intelligente".

Simon Lefebvre.

Quant à ceux qui renonceraient à accéder au cœur de Bruxelles en voiture, le gouvernement a également pensé à eux: les parkings Delta, Stalle et Hermann-Debroux, jusqu’alors en accès libre, deviendront bientôt payants – avant de probablement disparaître définitivement.

Si le gouvernement bruxellois semble décidé à faire la guerre aux automobilistes, la démocratie nous invite néanmoins à respecter le choix des électeurs bruxellois qui ont décidé de confier un tel poids politique aux écologistes, précisément en charge de la mobilité, leur permettant d’appliquer leur programme. Mais à quel prix?

Les nouvelles mesures du gouvernement bruxellois conduisent à subordonner la liberté de circuler des individus à au moins deux éléments.

Elle se retrouve tributaire d’une part des volontés politiques visant à verdir notre territoire et à contraindre les individus d’opter pour d’autres formes de transport auxquels ils semblent encore par trop rétifs.

"La contrainte fiscale et financière que représente une voiture tend à devenir telle que seuls les plus aisés pourront encore se permettre demain de posséder une voiture et d’en faire usage."
Simon Lefebvre
Avocat au Barreau de Bruxelles

D’autre part, elle se retrouve désormais davantage subordonnée à la capacité économique de l’individu. Car la contrainte fiscale et financière que représente une voiture tend à devenir telle que seuls les plus aisés pourront encore se permettre demain de posséder une voiture et d’en faire usage.

Là où jusqu’alors, l’histoire de l’automobile avait été celle de la démocratisation et de l’accessibilité, l’époque moderne en renverse le cours pour transformer la voiture en un bien de luxe.

L’automobile fut de ces inventions qui révolutionnèrent non seulement le transport et le rapport de l’Homme à son espace, mais qui, aussi, favorisèrent les échanges et l’économie.

Car, disons-le d’emblée : à mobilité ralentie, économie ralentie.

A l’heure où notre pays  affiche l’un des pires bilans mondiaux en termes de gestion de la pandémie de Covid-19 et, dans le même temps, réussit l’exploit d’afficher également l’un des bilans économiques les plus désastreux durant la gestion de la crise avec notamment des  commerçants, restaurateurs et indépendants qui se voient interdits de vivre de leur métier, le gouvernement bruxellois fait le choix de rendre l’accès à Bruxelles plus difficile, plus long et plus onéreux. Une stratégie qui va à l’encontre du plan de relance économique et dont on peine à comprendre le sens du timing.

Ces nouvelles mesures pénaliseront certainement l’activité économique à court terme, mais plus encore à long terme. 

Ce n’est d’ailleurs pas une nouveauté à Bruxelles.

En dix ans, plus de 10.000 commerces ont déjà déserté la capitale pour laisser place aux vides locatifs. Parmi les causes de cet exode urbain, celle de la réduction du flux des passants.

Outre les commerces, ce sont également les entreprises qui quittent la région bruxelloise, principalement en direction de la Flandre ou du Brabant wallon. En cause? Le coût de l’immobilier, la fiscalité, mais encore, la mobilité.

L’un des derniers exemples en date fut le groupe Delhaize, qui a récemment quitté son siège historique de Molenbeek pour partir s’installer à Asse.

A mobilité ralentie, économie ralentie, mais aussi délocalisation des emplois et de la création de richesse.

Et après ?

Si l’on veut faire un peu de prospective, que peut-il advenir d’une région qui s’emploie avec autant de ferveur à en découdre avec les automobilistes de tout le pays?

On peut aisément imaginer que, dans un premier temps, cet exode des sociétés, des entreprises, des commerces, des restaurateurs et des indépendants vers la périphérie s’intensifiera.

"Il y a fort à parier pour que ce soit principalement la Flandre qui demeure économiquement la plus attrayante et tire son épingle de ce petit jeu."
Simon Lefebvre
Avocat au Barreau de Bruxelles

Certains esprits optimistes y verront une chance pour ladite périphérie. Oui, mais pour quelle périphérie exactement?

Il y a fort à parier pour que ce soit principalement la Flandre qui demeure économiquement la plus attrayante et tire son épingle de ce petit jeu.

In fine, on peut penser que non seulement les mesures du gouvernement bruxellois concourront pleinement à l’accélération de la précarisation de Bruxelles, mais encore, à l’accentuation des inégalités socio-économiques intra-belges déjà existantes et aux ressentiments qui en découlent.

En réalité, sans le savoir, il est probable que ces décisions soient en train de contribuer un peu plus encore aux divergences insolubles qui minent notre pays.

Simon Lefebvre
Avocat au Barreau de Bruxelles

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