Quand les VIP débarquent à Bruxelles...

Barack Obama, le 26 mars ©Photo News

Des exigences phénoménales en termes de sécurité et de logistique: en l’espace de dix jours, les présidents américain et chinois seront à Bruxelles. Ainsi que des dizaines de chefs d’Etat africains.

Vous allez en voir des barrières Nadar, des barbelés, des policiers Robocop, vous allez en subir des embouteillages monstres et des déviations en tous genres. Cela, évidemment, c’est s’il vous vient l’idée saugrenue de vous aventurer à Bruxelles entre la fin du mois de mars et le début du mois d’avril. On n’est pas capitale européenne sans en payer le tribut de temps à autre.

Les services de sécurité belge sont sur les dents: la conjonction de visites à caractères sensibles à Bruxelles, en l’espace de dix jours, est d’une ampleur inédite et nécessite une coordination jusqu’ici encore jamais vue. Retenez votre souffle et jugez donc: les 20 et 21 mars aura lieu un sommet européen "classique" où tous les chefs d’Etats des 28 pays membres de l’Union européenne doivent répondre présent; le 26 mars, le président des Etats-Unis Barack Obama effectue, lui, une visite à Bruxelles. Arrive dans la foulée, à partir du 30 mars, le président chinois Xi Jinping. Il reste en Belgique jusqu’au 1er avril, alors que le sommet de l’Otan débute le même jour et s’achève le lendemain. Last but not least: le sommet entre l’Union européenne et l’Union africaine: quelque 90 délégations comprenant des chefs d’Etat et de gouvernement sont attendues à Bruxelles pendant deux jours, les 2 et 3 avril. A cette occasion, un grand nombre de chefs d’Etat africains sont attendus à Bruxelles.

Cet afflux de VIP (diplomates, conseillers) et de VVIP (chefs d’Etats et de gouvernements, ministres) dans la capitale nécessite une coordination hors-du-commun de la part des autorités belges. "Nous sommes effectivement en pleine préparation de cette période cruciale", confirme Benoît Ramacker, le porte-parole du centre de crise. C’est, en effet, le centre de crise, un organe qui dépend du ministère de l’Intérieur, qui a la charge de piloter la coordination des différents ministères concernés par ces visites (Intérieur, Affaires étrangères, Défense, Premier ministre) avec les services de sécurité (police, renseignements) mais aussi avec les services étrangers. Ainsi le "Secret service" américain, l’unité en charge de la sécurité présidentielle, est-elle à Bruxelles cette semaine pour évaluer toutes les mesures à prendre dans le cadre de la venue de Barack Obama en Belgique.

Espace aérien bloqué

A tout seigneur, tout honneur: Obama doit arriver le 26 mars pour une journée en Belgique, vraisemblablement en provenance des Pays-Bas où il doit assister à un sommet sur le nucléaire. A ce stade, il n’est pas précisé s’il passera une nuit en Belgique, mais, a priori, il repartira dormir aux Pays-Bas. S’il reste à Bruxelles, soit il dort à l’ambassade américaine comme l’avait fait Georges Bush en 2005, soit il loge à l’Hôtel Conrad sur l’avenue Louise. Celui-ci est, de l’avis des services de sécurité, plus facilement "sécurisable" que l’ambassade américaine au bord de la petite ceinture. Lors des sommets européens, les délégations allemandes et française préfèrent, elles, loger dans le centre-ville, à l’Hôtel Amigo. Le Turc Erdogan a, pour sa part, récemment séjourné au Conrad lors de sa visite à Bruxelles.

Rayon sécurité, on fait évidemment dans le détail. On ferme l’espace aérien au-dessus de Bruxelles pendant les phases d’atterrissage/décollage du président. Celui-ci débarque avec ses propres véhicules, avec sa propre ambulance, mais aussi avec ses propres "snipers" qui seront postés sur les toits des endroits stratégiques où il doit se rendre durant la journée du 26 mars. Une autre mesure que les Belges vont probablement devoir mettre en œuvre est l’inspection minutieuse de kilomètres d’égouts sous la ville, afin de s’assurer qu’aucun engin explosif ne pourrait y avoir été déposé.

Jamais sans ma Volvo

Le président chinois Xi Jinping arrive quelques jours plus tard pour une visite d’Etat où il doit notamment rencontrer le couple royal — il a très fort insisté pour que cela se fasse… Il est accompagné d’une délégation très conséquente comprenant plus d’une centaine de personnes. M. Xi Jinping doit avoir des entretiens avec le premier ministre Elio Di Rupo (PS) qu’il connaît bien pour lui avoir accordé les deux pandas qui iront à Pairi Daiza lors d’une visite récente en Chine mais également avec les autorités européennes. Particularité chinoise: le président et sa délégation ont indiqué aux Belges qu’ils voulaient absolument, durant leur séjour en Belgique, circuler dans des véhicules de la marque Volvo. Rappel, la marque scandinave est depuis 2010 entre les mains du groupe chinois Geely. Et c’est pour cela que les Chinois attachent autant d’importance au fait que les limousines et camionnettes soient de marque Volvo. C’est évidemment un défi logistique énorme pour les autorités belges qui doivent trouver rapidement un nombre important de véhicules de cette marque répondant aux normes strictes de sécurité en matière de transport de personnalités "sensibles".

Ultime défi important en matière de sécurité: l’arrivé d’un nombre très important de dirigeants africains, parfois venant de zones sensibles ou de pays en guerre, en même temps sur le territoire de Bruxelles. Ainsi la présence d’une importante diaspora congolaise dans la capitale, avec parmi elle des opposants acharnés à l’actuel président Joseph Kabila, justifie que celui-ci soit délocalisé dans un hôtel en périphérie bruxelloise. C’est donc dans le Brabant wallon que le maître de Kinshasa devrait, pour plus de tranquillité, installer ses quartiers temporaires lors de son passage début avril.

Interrogée sur le chaos, entre autres en matière de mobilité, qui va probablement résulter de ce croisement monstre de VVIP dans la capitale, Joëlle Milquet (cdH) se refuse à jouer la carte alarmiste. "Tout est en train d’être étudié, il y a une énorme coordination là derrière, nous ferons tout notre possible pour limiter au maximum les éventuels désagréments pour les Bruxellois", insiste la ministre de l’Intérieur. Celle-ci se refuse à détailler les mesures de sécurité demandées par les uns et les autres. "C’est no comment", se borne-t-elle à dire. Rayon coûts, ces visites occasionneront pour la Belgique un surplus non négligeable mais il est, pour l’heure, complètement impossible à chiffrer puisque certaines mesures sont encore hypothétiques. "Chaque département doit aller puiser dans ses propres lignes budgétaires pour ce qui ressort de ses compétences", souligne Benoît Ramacker. Un fonds de réserve existe néanmoins auprès du gouvernement fédéral et peut éventuellement appuyer certaines dépenses exceptionnelles comme le sont ces visites concentrées sur un laps de temps très court..

Allez, vous voilà prévenus. Et si, malgré tout, vous devez venir à Bruxelles durant cette période sensible, dites-vous que vous êtes bien chanceux: Barack Obama est en ville.

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