Quel avenir pour la première dame du PS?

Laurette Onkelinx prend très à coeur son rôle de formateur de l’exécutif bruxellois. ©BELGA

Si le PS est remisé dans l’opposition au fédéral, Laurette Onkelinx, qui a déjà (quasi) tout accroché à son palmarès politique, devrait se consacrer à former la relève socialiste bruxelloise.

Elle est appliquée comme une directrice d’école qui veillerait sur ses élèves. Laurette Onkelinx a en effet pris son rôle de formateur de l’exécutif bruxellois très à cœur, et cela dès le départ. Tous ceux qui ont rencontré la Schaerbeekoise dernièrement témoignent volontiers de son haut degré d’implication dans les affaires bruxelloises. Elle avait indiqué avant l’élection que sa volonté était de mettre en place une majorité progressiste. Lisez: sans les libéraux francophones. Elle est en train de tenir parole. Mais la suite?

Si le Parti socialiste parvient d’une manière ou l’autre à demeurer à bord du gouvernement fédéral, Laurette Onkelinx y demeurera. Comme vice-première ministre. Comme gardienne du temple rouge: personne, à l’heure actuelle, au PS, n’est sans doute capable de remplir la fonction avec autant de pugnacité qu’elle. Ainsi, malgré son implication bruxelloise, Laurette Onkelinx considère toujours le niveau fédéral comme la première division. C’est là, par exemple, que restent installés les puissants leviers de la sécurité sociale. C’est là qu’on peut veiller sur l’énorme manne que représentent les dizaines de milliards de cette sécu — si importante aux yeux du Parti socialiste.

Mais à l’heure de faire les comptes, non pas qu’une coalition de centre-droit soit forcément pour demain, mais le principe de réalité oblige le PS à considérer le fait que ses députés pourraient siéger sur les bancs de l’opposition fédérale la législature prochaine. Bart De Wever s’active à rallier à son modèle de coalition tant le MR que le cdH, et à bouter le PS hors du jeu fédéral.

Et Laurette, alors?

Elle a formé le gouvernement bruxellois, répondrez-vous. Logique qu’elle le préside en devenant ministre-présidente de la Région. Et exit Rudi Vervoort, l’homme qui occupe actuellement ce poste…

Hé bien, non. Va-t-elle alors se lancer dans une course à la présidence du parti et faire main basse sur le boulevard de l’Empereur? Non plus…

D’abord, Laurette Onkelinx ne va pas évincer Rudi Vervoort — un homme qu’elle a mis en place il y a un peu plus d’un an, qui lui est fidèle et qui n’a pas déçu lors du scrutin de juin. Même si son score reste en deçà de celui du très populaire Charles Picqué, Vervoort a pu soutenir la comparaison.

Laurette Onkelinx a trop le respect de la parole donnée pour planter un couteau dans le dos du bourgmestre d’Evere. Plus largement: "On ne fait pas cela chez nous, on n’humilie pas un des nôtres sur la place publique", note un camarade avec quelques heures de vol au compteur. "On est trop loyaux, ce n’est pas dans nos gênes politiques".

Pour le surplus, l’image projetée par ce petit jeu de chaises musicales entre camarades bruxellois serait désastreuse pour le PS bruxellois alors que celui-ci a réussi son scrutin du 25 mai et s’est placé devant le MR. Enfin Onkelinx, qui a tout connu au niveau ministériel, qui a déjà présidé un exécutif (la Communauté française), a-t-elle réellement envie de replonger dans le poto-poto d’un gouvernement bruxellois dont l’agenda ressemble souvent à celui d’un grand conseil communal? A-t-elle envie de se frotter à nouveau avec les enseignants à la Fédération Wallonie-Bruxelles? Poser la question, c’est y répondre. "C’est vrai, elle a tout eu à son palmarès", concède un socialiste. Sauf l’écharpe de bourgmestre de Schaerbeek, qui s’est toujours refusée à elle malgré deux tentatives (2006 et 2012).

Quant à faire un raid sur la présidence du PS, Laurette Onkelinx a bien compris qu’aujourd’hui Paul Magnette était l’avenir du parti. Qu’il a fait un sans-faute en campagne électorale et que c’est bien lui qui doit devenir le président du "renouvellement" — si Elio Di Rupo devient ministre-président wallon et laisse le siège vacant. Déboulonner Magnette du Boulevard, alors qu’il décroche ses galons, serait une erreur de stratégie pour un parti appelé, entre autres, à se redéfinir pour endiguer la montée de l’extrême-gauche.

Laurette Onkelinx devrait donc, dans ce cas de figure, se tourner entièrement vers la préparation du futur du PS bruxellois et prendre toute sa place comme présidente de la fédération. Elle sait que c’est maintenant ou jamais et que, dans cinq ans, elle-même ou Charles Picqué, ne seront plus nécessairement sur les listes pour amener du poids électoral. Le modèle qui est dans le collimateur est le tandem exercé des années durant entre Elio Di Rupo (président) et Philippe Moureaux (président de la fédération bruxelloise). Le jeu de rôles était rôdé à la perfection: Di Rupo laissait une totale autonomie à Moureaux pour la gestion de Bruxelles, parallèlement Moureaux soutenait — avec plus ou moins de vigueur — le Montois à la présidence du parti. Quitte à jouer les porte-flingues médiatiques de temps à autre. C’est un deal win-win que Laurette Onkelinx pourrait reproduire en travaillant en collaboration étroite avec Paul Magnette. C’est sans doute de cette manière que Laurette Onkelinx devrait rebondir si le Parti socialiste quitte le niveau fédéral.

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés