interview

Rudi Vervoort (PS): "Au sein du CNS, tous les hauts postes sont occupés par des Flamands"

Le ministre-président bruxellois Rudi Vervoort (PS) explique avoir bouclé un plan de relance en deux temps, des mesures d'urgence étant encore nécessaires. ©SISKA VANDECASTEELE

Rudi Vervoort (PS) vient de boucler un plan de relance économique en deux phases. Mais il est plus prolixe sur la formation gouvernementale au niveau fédéral.

Le virus reviendra-t-il de façon plus virulente à l'automne? C'est l'une des questions avancées par le ministre-président bruxellois qui ne fait aucune prédiction. "Cette crise, c'est une leçon de modestie pour tout le monde", estime Rudi Vervoort. On coupe court aux désormais habituels small talks sur le coronavirus pour aborder l'actualité chaude au niveau fédéral.

Quel est votre sentiment après la journée de jeudi et le report du vote sur l’IVG?

On a mis le Parlement hors-jeu pour des considérations qui ne résistent pas à l’analyse. Le vote détermine la réalité dans un Parlement élu et représentatif. Madame Fonck dit: " Oui mais il y a des gens qui ne sont pas d’accord avec cette loi." Sans doute, mais c’est cela la démocratie. On oblige personne à souscrire moralement à ce qui est voté.

C’est un dangereux précédent pour la démocratie belge?

Oui. La N-VA indique que dans la démocratie flamande, il n’y a pas de majorité pour voter ce texte. Cela montre la réalité de la Belgique aujourd’hui. On dirait que plus rien ne peut être voté sans majorité en Flandre. Ils appliquent cette doctrine dans les négociations fédérales aussi. Le côté francophone, ils n’en ont rien à faire. Cet éventuel gouvernement dont on nous parle (la coalition Arizona) ne sera pas plus représentatif que le précédent côté francophone. Ce n’est pas tenable. Durant la crise du coronavirus, j’ai ressenti une chose. Dans le cadre du Conseil national de sécurité, on a vu que dans ces groupes d’experts, de la police, etc., bref parmi tous ceux qui y sont représentés, il n’y a plus un seul francophone. Il n’y a plus que des Flamands : commissaire général, patron du Centre de crise, patron du SPF Santé publique, la patronne du GEES. Peut-être est-ce parce que c’est toujours les meilleurs, peut-être est-ce parce qu’il y a eu un choix communautaire, je n’en sais rien. Mais c’est interpellant.

"On n'a jamais eu une note de départ en français. Au mieux, on avait de l’anglais, sinon c’était toujours en flamand. Alors que côté francophone, quand on présente quelque chose en français, on s’excuse presque en disant qu’on a pas eu le temps de traduire."

L’appareil de l’État est plus flamand que jamais selon vous?

Oui. La meilleure preuve, c’est qu’on a jamais eu une note de départ en français. Au mieux on avait de l’anglais, sinon c’était toujours en flamand. Alors que côté francophone, quand on présente quelque chose en français, on s’excuse presque en disant qu’on a pas eu le temps de traduire. C’est le résultat de 5 ans de pouvoir N-VA. Elle a un plan, une stratégie. Il faut que les francophones qui s’allient avec elle en soient conscients. Elle vise tout simplement au démantèlement du pays. C’est un peu rigolo d’à la fois dire la bouche en cœur qu’on va refédéraliser plein de matières et vouloir s’allier avec elle. La refédéralisation, pour eux, c’est du pipeau.

Entre la coalition Arizona et des élections anticipées, que préférez-vous?

Au niveau du PS, on a eu ce débat N-VA/pas N-VA, il n’a pas été simple. Dans mon parti, quand on discute on décide et quand on décide on décide. On a vu ce qui s’est passé avec la Suédoise. S’allier avec la N-VA, même quand on obtient certaines choses dans un accord de gouvernement, c’est l’enfer. À l’époque il aurait fallu un ministre du recadrage.

"S’allier avec la N-VA, c’est l’enfer. À l’époque il aurait fallu un ministre du recadrage."

Pas de stabilité possible avec un PS/N-VA?

Non.

Si le sp.a devait monter au gouvernement sans vous, le vivriez-vous comme une trahison?

Ce n’est pas souhaitable mais ce ne serait pas une trahison. Nos partis sont communautarisés depuis tellement longtemps. Nous avons participé à des majorités sans eux et inversement. L’idée qu’on ne puisse gouverner l’un sans l’autre est contraire à l’esprit d’un système fédéral.

À chaque fois que le PS a eu la main, il emmenait le sp.a avec lui…

C’est normal. Pour nous, la majorité idéale allie les socialistes et les écologistes du nord et du sud. Nous avons deux opinions publiques, deux visions différentes des choses et deux sensibilités différentes. Il faut le respecter, le sp.a a sans doute moins de difficultés à travailler avec la N-VA. Groen aussi.

"Durant la crise du Covid, on a vu que ce qui importait à la Flandre, c’est de montrer qu’elle pouvait assumer cela seule."

Si cet Arizona se développe, il y a donc peu de chance que le PS y accroche son wagon?

Aller avec la N-VA ? Cela me semble compliqué. Nos expressions sont claires à ce sujet. On ne part pas de rien, les élections ne veulent pas dire qu’on efface tout et qu’on recommence. Il y a une continuité. Quand on voit ce qui a été fait pendant 5 ans, avec un parti, la N-VA, pour qui la stabilité du fédéral n’est pas un impératif... Je me rappelle de mes premiers contacts avec Geert Bourgeois (ancien ministre-président flamand et fondateur de la N-VA , NDLR). Pour lui, l’important était que les Régions fonctionnent indépendamment du fédéral, c’est toujours le cas. Durant la crise du Covid, on a vu que ce qui importait à la Flandre, c’est de montrer qu’elle pouvait assumer cela seule.

On répète. Arizona ou élections anticipées?

S’ils font une Arizona, ils font une Arizona. C’est la démocratie. Nous, on reste disponible pour faire autre chose. S’ils réussissent, dont acte. Mais ce sera sans le PS.

Sophie Wilmès a annoncé qu'elle allait préparer le plan de relance. Quelles sont les attentes bruxelloises?

La force de Bruxelles est une faiblesse dans la situation actuelle: tout ce qui relève de l'international est à plat. Le tourisme, c'est deux milliards de dépenses à Bruxelles en 2018, vous vous rendez compte? Ce qu'on attend du fédéral c'est qu'il restaure l'image de la Belgique afin qu'on puisse relancer la machine. Le tourisme d'affaires et le tourisme tout court représentent à peu près 10% des emplois bruxellois. À cela s'ajoutent la fonction internationale, l'Europe. La reprise de ces activités est fondamentale pour notre Région qui ne produit pas de biens.

"Il faut veiller à ne pas produire une nouvelle segmentation sur le marché du travail avec une catégorie de travailleurs bons pour rester chez eux..."

L'essor du télétravail peut aussi miner Bruxelles. Son modèle économique doit-il changer?

C'est encore trop tôt pour le dire. Le marché de l'emploi va évoluer à Bruxelles et on ne travaillera plus tout à fait de la même manière. Cela aura-t-il un impact sur la fonction bureau et équipement? Les besoins étaient déjà en diminution et le marché était déjà en train de se réorganiser. Mais la perspective de travailler chez soi sans voir personne toute sa vie, ce n'est pas tenable. Les fonctions de prestige n'ont absolument pas subi le confinement parce que les décisions importantes se prennent en présentiel. Il faut veiller à ne pas produire une nouvelle segmentation sur le marché du travail avec une catégorie de travailleurs bons pour rester chez eux...

Bruxelles n'a toujours pas présenté son plan de relance. Blocage?

Il n'y a rien de bloqué. Où y a-t-il des plans de relance? Get Up Wallonia? Moi aussi je peux faire Get Up Brussels sans rien derrière (rires). En Wallonie, ils viennent de désigner leur groupe d'experts. Nous sommes en train de peaufiner un plan de relance en deux temps que nous présenterons mardi. Une première phase avec les mesures de soutien qui doivent encore être prises, pour moins de 500 millions cette fois. Et en septembre un plan pluriannuel où les priorités de la déclaration de politique régionale seront hiérarchisées au regard de la crise du Covid. Il y aura des mesures en logement, économie et emploi. On veut faire en sorte que ce ne soit pas un massacre au niveau de la population jeune.

La situation budgétaire a-t-elle compliqué l'élaboration de ce plan?

Oui et non. Quand on regarde le rapport par tête d'habitant, c'est Bruxelles qui a dépensé le plus pour l'instant. J'avais lu un article disant que les Bruxellois et les Wallons étaient lésés par rapport aux Flamands au niveau des aides à l'horeca. Sauf qu'ils ont créé un effet d'aubaine en accordant un montant par jour à l'horeca fermé. Certains cafetiers disaient mieux gagner leur vie en restant fermés. Les 500 millions qu'on a mis sur la table, c'était énorme et ça nous expose très fort.

Le besoin de nouvelles recettes pourrait-il accélérer la mise en place d'un péage urbain?

Ça fait partie de ce qu'on doit décider pour la rentrée. Mais cela ne doit pas s'inscrire dans une logique de recettes puisque celles-ci se veulent temporaires. Elles n'existeraient plus une fois les objectifs atteints au niveau de la pression automobile et de l'environnement. Avec la réforme de la fiscalité automobile en général, c'est un package global. L'idée de départ était d'aboutir pour 2022 car il y a encore des contraintes techniques. Même si les caméras ANPR sont potentiellement là, il faudrait tout adapter. Ce n'est pas rien et cela nécessite aussi de l'argent.

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