interview

Sophie Querton: "Les indépendants ne doivent pas hésiter à franchir la porte du CPAS"

Présidente du CPAS de Schaerbeek, Sophie Querton estime que les aides ponctuelles à destination des indépendants, des artistes, des étudiants jobistes et de toute personne qui subit les répercussions de la crise covid ne sont pas encore suffisamment connues. ©Pierre-Benoît Sepulchre

Les CPAS ont reçu des moyens considérables du Fédéral pour aider toutes les personnes qui subissent les répercussions économiques de la crise sanitaire. Mais selon la présidente du CPAS de Schaerbeek, certains préjugés peuvent représenter un frein à l'accès aux aides.

Tous les CPAS de Belgique ont reçu des moyens financiers du Fédéral pour répondre aux besoins des citoyens touchés par la crise du covid. Cette aide qui n’est donc pas limitée aux allocataires sociaux s'adresse aussi bien aux travailleurs de l'économie collaborative qu'aux indépendants. Sans oublier les artistes, les étudiants jobistes ou les travailleurs du sexe. "Toutes les personnes qui ont subi une perte de revenus sont les bienvenues au CPAS. Nous avons les moyens de les aider de manière ponctuelle afin qu'ils ne tombent pas dans la spirale de la précarité", indique Sophie Querton (Libéraux Schaerbeekois), la présidente du CPAS de Schaerbeek qui a obtenu 5 millions d'euros.

"Il y a une grande méconnaissance des moyens mis à disposition par les CPAS pour aider ces publics-là. Notamment les indépendants qui sont mieux informés sur le droit passerelle", constate Sophie Querton. "Nous avons une liste d'indépendants que l'on peut contacter mais ni les artistes ni les jeunes ayant perdu des revenus ne sont repris dedans. Pour les travailleurs du sexe, nous avons pris contact avec les associations de terrain. Énormément de profils nous échappent. S’ils ne viennent pas spontanément au CPAS, on ne pourra pas les aider..."

"Les différents niveaux de pouvoir ont simplement choisi les CPAS comme un moyen pour redistribuer ces aides covid. Ceux qui en bénéficient ne seront en aucun cas catégorisés."
Sophie Querton
Présidente du CPAS de Schaerbeek

La présidente du CPAS de Schaerbeek relève aussi l'existence d'un frein psychologique. "Émotionnellement, cela peut être difficile de franchir les portes d'un CPAS. Mais il faut mettre ses préjugés de côté et comprendre que les différents niveaux de pouvoir ont simplement choisi les CPAS comme un moyen pour redistribuer ces aides covid. Ceux qui en bénéficient ne seront en aucun cas catégorisés", rassure Sophie Querton.

Ponctuelles, les aides peuvent servir à payer un loyer, des cotisations sociales, une séance chez le psy, une facture d'énergie, du matériel informatique pour suivre l'enseignement à distance, etc. En clair, il s'agit de passer un cap difficile et d'éviter de s'enliser dans une situation de pauvreté.

Nouveaux réflexes

Malgré la mise en place d'un numéro spécial et des contacts pris notamment avec les caisses sociales d'indépendants et les agences d'intérim, les indépendants sont encore peu nombreux à passer la porte du CPAS du Charleroi qui a pourtant obtenu la somme considérable de six millions d'euros. "Nous venons par exemple d'approuver le paiement des cotisations sociales d'un indépendant. Il ne pouvait pas faire valoir son droit passerelle s'il n'était pas en ordre de ce côté-là", explique le président Philippe Van Cauwenberghe (PS).

Selon lui, l'adaptation s'opère des deux côtés. "La personne qui gagne 2.000 euros par mois, mais qui ne parvient plus payer son emprunt hypothécaire parce qu'elle a perdu son activité complémentaire n'a pas le réflexe de s'adresser au CPAS tout comme nos agents n'ont pas l'habitude d'aider cette catégorie de personnes. C'est une nouvelle façon de travailler où l'on analyse l'impact de la crise et l'état des ressources. L'objectif c'est de donner un coup de pouce maintenant pour éviter que ces personnes se retrouvent justement au Forem ou au CPAS plus tard."

"Pour l'instant, les indépendants ne poussent pas la porte. Mais l'objectif est d'agir de façon préventive donc ils ne doivent surtout pas attendre d'être en situation de faillite pour venir."
Stéphanie Petrov
Directrice de l'action sociale au CPAS de Namur

En octobre dernier, la ministre fédérale de l’Intégration sociale Karine Lalieux (PS) a décidé de prolonger la période de subvention jusqu’au 31 décembre 2021. Une bonne chose selon la directrice de l'action sociale du CPAS de Namur qui estime que les 2 millions d'euros octroyés seront surtout utiles en 2021 quand les effets de la crise se feront pleinement ressentir. "Pour l'instant, les indépendants ne poussent pas la porte. Mais l'objectif est d'agir de façon préventive donc ils ne doivent surtout pas attendre d'être en situation de faillite pour venir", rappelle Stéphanie Petrov.

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