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Stib: le dossier sur le voile renvoyé au gouvernement bruxellois

La décision de la Stib de ne pas faire appel du jugement lui ordonnant d'autoriser le port du voile a eu l'effet d'un tremblement de terre au sein de la majorité bruxelloise. ©Photo News

La Stib ne fera pas faire appel du jugement lui ordonnant d'autoriser le port du voile. Le dossier a atterri sur la table du gouvernement bruxellois et la tension monte entre les partis.

C'est ce que l'on pourrait appeler l'effet papillon, avec, à la clé, des grognements sévères au sein de la majorité bruxelloise. À la base de ce battement d'ailes, un jugement concernant la politique de l'emploi à la Stib.

Lundi soir, le comité de gestion de la société des transports publics bruxellois a ainsi décidé de ne pas contester le jugement du tribunal du travail francophone de Bruxelles relatif au port de signes convictionnels. Celui-ci avait condamné la Stib, le 3 mai, pour discrimination directe sur des questions de convictions religieuses et discrimination indirecte sur des questions liées au genre.

Le juge avait estimé que la politique de neutralité exclusive pratiquée par la Stib était à l’origine du non-recrutement de M. T., une femme désireuse de porter son foulard islamique sur son lieu de travail. La Stib a dès lors été sommée de cesser de fonder sa politique de l’emploi sur un principe de neutralité exclusive, interdisant à l’ensemble de son personnel le port de tout signe convictionnel (religieux, politique ou philosophique).

Il s'agit d'un "pas supplémentaire vers l'inclusion de plus de femmes sur le marché de l'emploi."
Rajae Maouane
Coprésidente Ecolo

Le directeur général de la Stib Brieuc de Meeûs, son adjointe Tamara De Bruecker et l'administrateur Matthieu Pillois (DéFI)étaient désireux d'interjeter appel. Mais, le président et le vice-président du conseil d'administration, Merlijn Erbuer (Groen) et Lotfi Mostefa (PS), ainsi que l'administrateur Patrick Balcaen (Ecolo) y étaient opposés. Égalité donc, jusqu'à ce que la décision tombe finalement lundi soir. Le risque de voir se dégrader les relations entre la Stib et Groen, le parti de la ministre de tutelle Elke Van den Brandt, aura donc fait pencher la balance.

Ecolo et le PTB soulagés

La décision de la Stib de ne pas faire appel a eu l'effet d'un tremblement de terre au sein de la majorité bruxelloise. Des réactions opposées sont d'abord parvenues du MR et du PTB.

Pour le président des libéraux francophones, Georges-Louis Bouchez, cette décision de ne pas interjeter appel est "totalement incompréhensible et est une nouvelle manifestation de la communautarisation de notre société par la gauche bruxelloise". Il demande alors au gouvernement bruxellois "de prendre ses responsabilités en s'opposant à ce choix".

"Ce sont deux coups de poignards qui montrent que PS et Ecolo ont renié certaines de leurs valeurs."
Emmanuel De Bock
Chef de groupe DéFi au Parlement bruxellois

De son côté, le député bruxellois PTB Youssef Handichi s'est dit "soulagé" et parle d'une "première victoire". Pour la formation d'extrême gauche, "il faut féliciter le comité de gestion pour cette décision inclusive et courageuse, c'est maintenant au gouvernement d'agir en confirmant la décision".

La décision a également été saluée par la coprésidente Ecolo Rajae Maouane qui considère qu'il s'agit d'un "pas supplémentaire vers l'inclusion de plus de femmes sur le marché de l'emploi".

Un député DéFi menace de claquer la porte

Ce mardi, le coup de tonnerre est venu de DéFi, et plus précisément du député Christophe Magdalijns. Celui-ci a menacé ni plus ni moins de quitter la majorité bruxelloise si aucun recours n'est introduit. "À titre personnel, impossible de cautionner ce qui est en train de se passer. J'espère que mon parti fera preuve de courage. Pour moi, c'est clair, s'il n'y a pas de recours, cette majorité se passera de moi. Ce qui devrait être un soulagement pour certains", a-t-il annoncé dans un tweet rageur.

Contacté par nos soins, le chef de groupe DéFi au Parlement bruxellois partage son opinion. "Je suis sidéré qu’on instrumentalise de la sorte le comité de gestion de la Stib, pour une revendication qui n’est pas portée en Wallonie par le PS et Ecolo", réagit Emmanuel De Bock.

"Nous évaluerons notre participation à cette majorité. Avec la majorité alternative qui s'est constituée avec le PTB sur une résolution anti-Israël ne condamnant pas les violences du Hamas, ajoute-t-il, ce sont deux coups de poignard qui montrent que PS et Ecolo ont renié certaines de leurs valeurs. S’ils ont envie de changer de majorité et de s’associer au PTB, qu’ils le disent tout de suite."

"Le sexisme qui existe parfois au sein de la Stib doit également être sur la table."
Sven Gatz
Ministre Open Vld

Sur la table du gouvernement

Et cette saga n'est pas encore terminée. Le commissaire du gouvernement, Vincent Riga (Open Vld), disposait de quatre jours pour déterminer s'il renvoyait ou non ce dossier sur la table du gouvernement bruxellois. C'est désormais chose faite. Le gouvernement bruxellois a vingt jours pour se prononcer.  

Interrogé par BX1, le ministre Open Vld Sven Gatz a ainsi précisé que son parti souhaitait que la Stib aille en appel de ce jugement et fait de cet appel une base pour "une discussion plus globale" à l’intérieur du gouvernement bruxellois. "Le sexisme qui existe parfois au sein de la Stib doit également être sur la table", dit-il à côté d’une discussion plus large sur ce que doit être la neutralité des services publics. "Le gouvernement ne peut plus éviter le débat", a-t-il confirmé.

De son côté, Vincent Riga a précisé ne pas prendre position dans le dossier, idique l'agence Belga. Il a rappelé que sa mission au sein du comité de gestion consistait à garder un œil sur les comptes de l'entreprise publique et de veiller au respect des intérêts de la Région.  Il a dit constater que tant le cahier des charges fixé par la Région que l'ordonnance dictaient à la STIB de respecter le principe de neutralité dans ses missions. 

Il a ajouté que le comité de gestion avait décidé de ne pas tenir compte de l'avis de la direction générale de la société et de l'avis juridique requis par celle-ci concluant que le jugement de première instance était "contestable" dans ce contexte et estimé devoir par conséquent saisir le gouvernement du dossier. 

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