Stimuler l'échange d'enseignants francophones et néerlandophones

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Sven Gatz souhaite que la Région bruxelloise soit à l’origine de projets pilotes permettant l’échange de professeurs des deux communautés dès la rentrée 2020.

Notre objectif est que tous les enfants bruxellois maîtrisent au moins le français, le néerlandais et l’anglais à l’âge de 18 ans", déclare le ministre bruxellois Sven Gatz (Open Vld) dans sa note relative au multilinguisme présentée aux députés régionaux ce lundi. Un objectif qui prend l’allure d’un vœu pieux puisque dans l’état actuel des choses la Région bruxelloise ne dispose pas des compétences de l’enseignement ni de la culture, leviers principaux pour favoriser l’apprentissage des langues. En outre, les budgets accordés à cette nouvelle politique paraissent dérisoires puisque l’on parle d’une enveloppe de 150.000 euros en 2020.

"Je n’ai pas envie d’attendre un accord de coopération pour que cela puisse bouger sur le terrain."
Sven Gatz Ministre bruxellois de la promotion du multilinguisme

Ce montant servira notamment à cartographier les initiatives déjà existantes dans les différents secteurs de la société sur le plan du multilinguisme afin d’avoir une indication des projets pouvant mener à une politique réussie en la matière: la création d’un label multilinguisme pour les entreprises et organisations stimulant activement la connaissance linguistique de leur personnel, le lancement d’une étude consacrée à la corrélation entre multilinguisme et économie et la mise sur pied d’une journée bruxelloise du multilinguisme sont également à l’ordre du jour.

Le libéral néerlandophone entend aussi jouer un rôle dans l’échange de professeurs issus des deux communautés linguistiques. "C’est prévu dans les différents accords de gouvernement mais je pense que la Région bruxelloise peut stimuler les projets pilotes. Cela fait dix ans que l’on parle de faire en sorte que les profs néerlandophones puissent donner cours en néerlandais dans une école francophone et vice-versa. Guy Vanhengel avait mis sur pied la formation bilingue pour les enseignants, ce qu’il faut pérenniser. Les contacts seront pris avec les ministres de l’enseignement des deux communautés pour voir ce que l’on peut faire mais je n’ai pas envie d’attendre un accord de coopération pour que cela puisse bouger sur le terrain. Nous mènerons à partir de la prochaine rentrée scolaire des projets pilotes avec certains pouvoirs organisateurs afin de montrer que cela peut marcher", a fait savoir Sven Gatz qui n’a pas précisé à ce stade comment répondre au problème du salaire des enseignants, plus élevé au nord du pays qu’au sud.

En tant que premier ministre chargé de promouvoir le multilinguisme, ce dernier assume le peu de moyens alloués à cette compétence. "Les budgets sont limités pour le moment, c’est un choix délibéré car on veut faire les choses dans le bon ordre pour ne pas commettre d’erreurs. Nous sommes en train de préparer le cahier des charges de la cartographie et nous allons mettre sur pied le conseil du multilinguisme qui regroupera des universitaires, des experts et d’autres partenaires pour qu’il ne s’agisse pas de la politique d’un seul ministre." Majoritairement composée de considérations relatives à l’emploi des langues à Bruxelles ou aux divers avantages du multilinguisme, sa note doit selon lui être perçue comme un texte d’inspiration et non pas comme une note de politique classique. On y apprend notamment qu’en deux décennies, la proportion de Bruxellois maîtrisant le français est passée de 95,5% à 87,1% selon le baromètre linguistique de BRIO. Il en va de même pour la connaissance du néerlandais (de 33,3% à 16,3%). Seul l’anglais, devenu seconde langue à Bruxelles, se maintient au même niveau avec 33,4% d’habitants de la capitale le maîtrisant.

"Même s’il s’agit d’une note de principes, je la considère comme constituante car elle prend le contre-pied de la structure institutionnelle de Bruxelles, soit une région n’ayant pas les compétences culturelle et linguistique et avec deux communautés autonomes sur son territoire, commente Eric Corijn, professeur en études urbaines à la VUB, qui considère que l’institutionnel n’est plus en phase avec la réalité sociolinguistique de la capitale où deux-tiers des ménages sont multilingues dans leur quotidien. Ce constat-là est reconnu par le gouvernement au travers de sa note qui promeut le multilinguisme au niveau individuel et institutionnel. C’est un argument pour dire aux institutions et organisations de sortir de leur cocon communautaire. Je pense que cela peut marcher avec des conventions. Je défends par exemple un accord entre les deux grandes universités bruxelloises pour former des professionnels trilingues. Si c’était le cas de tous les médecins qui sortent d’une université bruxelloise, on résoudrait beaucoup de problèmes dans les hôpitaux et l’accès aux soins", fait valoir le sociologue.

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