Sur la question du voile, Ecolo n'autorise plus le doute

Au conseil communal de Molenbeek, la coprésidente bruxelloise des Verts et conseillère communale Rajae Maouane s'est exprimée au nom du parti en faveur d'une neutralité dite inclusive. ©BELGA

Malaise dans la section molenbeekoise d'Ecolo à la suite de la démission du chef de groupe. La coprésidente du parti Rajae Maouane ne voulait pas le laisser s'exprimer sur le port de signes convictionnels au sein de l'administration. Ecolo dément toute pression.

Le chef de groupe Ecolo au conseil communal de Molenbeek a annoncé mardi qu'il démissionnait de son mandat. "Personne ne m’a demandé de le faire. C’est un choix personnel mûri", a écrit Karim Majoros sur Facebook. Au lendemain d'un vote relatif à des motions portant sur les signes convictionnels au sein de l'administration communale, cette annonce n'est pas passée inaperçue. Hasard? Non, plusieurs militants écologistes molenbeekois font état de pressions exercées sur l'ancien chef de groupe par la coprésidente des Verts, Rajae Maouane, également conseillère communale à Molenbeek.

C'est à la suite d'un arrêt rendu en juin dernier par la Cour constitutionnelle considérant qu’une haute école peut interdire le port de signe convictionnel que la question a refait surface à Molenbeek. Observés par les membres du Collectif des 100 diplômées qui lutte contre les discriminations dont sont victimes les femmes voilées, les conseillers communaux devaient se prononcer lundi soir sur deux motions. C'est celle du groupe PS/s.pa, portant sur une modification du règlement de travail des agents communaux afin d'y ajouter une clause de non-discrimination, qui a été adoptée. Mais sans front commun du côté de l'opposition écologiste où deux des trois mandataires ont voté pour ce texte. Karim Majoros s'est abstenu estimant notamment que la question du port de signes convictionnels ne peut pas être abordée uniquement du point de vue du droit au travail sans tenir compte du sentiment d’impartialité des citoyens, aussi concernés dans l'affaire. Selon une militante abondant dans ce sens, le chef de groupe estimerait en outre que la question ne revêt aucune urgence puisque l'administration communale et le CPAS comptent déjà des employées voilées.

Des échanges de mails le prouvent: les dirigeants de la section locale d'Ecolo avaient entériné le principe d'expressions diverses. Mais la coprésidente ne l'entendait visiblement pas de cette oreille. À la veille de la séance, Rajae Maouane demande à Karim Majoros d'aller faire un tour ou de rentrer chez lui lorsque le point sur les signes convictionnels sera abordé, ce qu'il refuse de faire. Lors du conseil communal, des échanges se poursuivent entre les élus écologistes. La coprésidente annonce que c'est elle qui prendra la parole au nom du parti afin d'éviter la cacophonie. Karim Majoros répond qu'il ne renonce pas à s'exprimer, ce qu'il a fait en son nom propre.

"Dérive autocratique"

Sur la forme, plusieurs membres de la section molenbeekoise déplorent cette "dérive autocratique" de Rajae Maouane qui n'a pas respecté la hiérarchie locale en s'imposant avec sa casquette de coprésidente fédérale. "L'article 2 des statuts du parti consacre l'autonomie des groupes locaux. Or, le bureau politique local avait décidé de laisser les mandataires voter en leur âme et conscience vu que le processus fédéral, lancé suite à l'affaire du tract dont le premier point portait sur le foulard dans les administrations, n'a pas encore abouti", explique un militant.

"L’interdiction d’afficher son appartenance est néfaste, elle est porteuse d’injustices qui frappent les femmes déjà largement victimes de traitements discriminatoires."
Rajae Maouane

Mais des réserves sont également émises concernant le fond. Les écologistes sont les défenseurs d'une neutralité inclusive, a déclaré Rajae Maouane lors du conseil communal. "Nous considérons que la neutralité concerne les actes posés par les agents et non l’apparence. La manifestation d’une appartenance religieuse ou philosophique à travers la tenue vestimentaire ne rend pas l’agent incapable d’avoir un traitement équitable des usagers. L’interdiction d’afficher son appartenance est néfaste, elle est porteuse d’injustices qui frappent les femmes déjà largement victimes de traitements discriminatoires. Je pense qu’il est largement temps d’y mettre fin." Aux yeux de certains membres, son intervention allait plus loin que le programme de 2014 qui fait la distinction entre les fonctions d'autorité et les autres. "Jean-Marc Nollet est-il au courant que Rajae Maouane s'exprime de la sorte au nom du parti?", s'interroge un militant écologiste molenbeekois.

Démenti du parti

Ni Rajae Maouane ni Jean-Marc Nollet n'ont voulu s'exprimer à ce sujet. Concernant les pressions exercées par la coprésidente bruxelloise, la porte-parole du parti Lauriane Douchamps dément. "Il y a effectivement eu un débat sur le positionnement à adopter sur ce vote et il a été décidé que Karim Majoros s'exprimerait à titre individuel en raison de sa position différente", affirme-t-elle. Et d'ajouter que les propos de Rajae Maouane collent totalement avec le programme. "Elle ne fait pas mention des fonctions d'autorité car on parle d'un règlement de travail pour le personnel de l'administration et non de la police par exemple. La portée limitée du texte ne nécessitait pas de détailler la position d'Ecolo."

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