Toutes ces entreprises qui fuient Bruxelles...

Cinoco Palais du vin a annoncé son départ de Molenbeek-Saint-Jean pour le Brabant wallon. ©Dieter Telemans

De plus en plus d’entreprises quittent la capitale. En cause: le manque de place et le prix des terrains. Mais les chiffres sont trompeurs, assure Didier Gosuin: le nombre d’emplois augmente plus vite à Bruxelles qu’ailleurs.

Les noms des entreprises qui ont choisi de déménager tout ou partie de leurs employés en Flandre ou en Wallonie ne peuvent qu’interpeller: Sony, Microsoft…

"Je dispose de données plus anciennes mais pas encore publiées qui montrent que le phénomène existe depuis longtemps mais n’a pas spécialement augmenté en 10 ans."
Ludo Struyven
Chercheur en sociologie du travail

Les chiffres du ministère bruxellois de l’Emploi, obtenus par L’Echo, sont clairs: le nombre d’entreprises qui quittent Bruxelles pour les Régions voisines est en hausse. Ainsi, en 2017, ce sont 3.420 entreprises qui ont quitté la capitale, contre 2.768 qui y ont élu domicile. Un différentiel négatif de 652 pour Bruxelles. Des données à mettre en comparaison avec celles des deux dernières années, qui montrent une évolution constante (-543 en 2015, -621 en 2016). Contactée, la Chambre de commerce et d’industrie de Bruxelles (Beci) reconnaît l’existence du phénomène et s’en inquiète, craignant une perte d’attractivité de la Région.

Ces chiffres répondent-ils à une tendance globale? Non, répond le chercheur en sociologie du travail Ludo Struyven, de la KU Leuven et HIVA, auteur d’un rapport très commenté rendu en juin dernier. "Je dispose de données plus anciennes mais pas encore publiées qui montrent que le phénomène existe depuis longtemps mais n’a pas spécialement augmenté en 10 ans", observe-t-il.

Il complète: "Chaque année, un flux de travailleurs se déplace vers la Wallonie et la Flandre sans quitter leur entreprise, on le voit avec de grandes entreprises qui envoient des salariés dans des filiales et également dans le sens inverse. Ces chiffres montrent le caractère atypique de la Région: environ la moitié de l’emploi à Bruxelles se trouve dans des entreprises multirégionales, contre un tiers en Flandre et en Wallonie."

Les entreprises qui déménagent veulent de l’espace pas trop cher, alors que le foncier d’entreprise est plus onéreux à Bruxelles et que les possibilités d’extension sont moindres.

À Bruxelles, récemment, la société Cinoco-Palais du vin a annoncé dans La DH son futur départ de Molenbeek-Saint-Jean vers le Brabant wallon. La raison: un besoin d’espace supplémentaire.

L’entreprise est loin d’être la seule: de grandes institutions de la banque et des assurances (Belfius, AXA…) en ont fait de même. Le ministre bruxellois chargé de l’Économie et de l’Emploi, Didier Gosuin (DéFI), ne nie pas le phénomène mais entend le mettre en parallèle avec "le grand dynamisme" de sa Région. "Beaucoup d’entreprises nous quittent mais est-il raisonnable de penser qu’elles vont toutes rester? Non! Les entreprises qui déménagent veulent de l’espace pas trop cher, alors que le foncier d’entreprise est plus onéreux à Bruxelles et que les possibilités d’extension sont moindres. Mais Bruxelles reste le laboratoire économique du pays et son dynamisme profite aussi à la Flandre et à la Wallonie!", pointe le ministre.

©Mediafin

Chiffres trompeurs?

En effet, les chiffres de cet "exode" apparaissent en partie trompeur. En effet, jamais le nombre de créations d’entreprise n’a été aussi élevé (12.977 en 2017) et de la même manière, le nombre de cessations d’entreprise a aussi explosé (8.748). Pour, au final, une augmentation du nombre d’emplois en Région bruxelloise en hausse de 1,4%, plus rapide que ses voisins flamands (+ 0,9%) et wallons (+ 0,3%).

Il est aussi à noter l’impact grandissant des fausses domiciliations d’entreprise venues frauduleusement mourir à Bruxelles pour profiter du grave encombrement de la justice dans la capitale. "Il ne faut pas le nier: le tribunal est plus engorgé du fait du peu de moyens, malgré les récents renforts au tribunal francophone de commerce de Bruxelles ", complète Didier Gosuin.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Contenu sponsorisé

Partner content