Un comité scientifique pour repenser le logement à Bruxelles

Benoît Moritz est l'architecte urbaniste qui préside le comité scientifique consacré au logement mis sur pied par Rudi Vervoort, ministre-président bruxellois.

Le ministre-président bruxellois Rudi Vervoort (PS) entend remettre l'accent sur l'accès au logement, la crise ayant mis en lumière les inégalités en la matière.

Fini les rendez-vous dans les bureaux au temps de la distanciation sociale. On retrouve le ministre-président sur le pont du Jubilé qui surplombe le site de Tour&Taxis. Sur cette ancienne friche appartenant au groupe Extensa, la construction de logements se poursuit autour d'une vaste pelouse accessible au public. Le lieu n'est pas choisi au hasard puisque Rudi Vervoort plaide depuis toujours pour une densification contrôlée assurant le maintien d'espaces verts. "C'est le seul schéma directeur qui n'a souffert d'aucun recours", précise-t-il, rigolard.

"Quelle ville veut-on demain? Il ne faut pas se limiter aux circuits courts et aux vélos. Dans le débat sur le monde d'après, ces thèmes portés par ceux qui ont sans doute été le moins touchés par la crise ont pris énormément de place, en raison d'un meilleur accès aux médias."
Rudi Vervoort
Ministre-président bruxellois

Mais le ton est plus grave en abordant la façon dont la crise a renforcé la dualisation sociale qui caractérise la Région-Capitale. "Même si l'on n'en est pas encore sorti, je suis déjà convaincu qu'on n'a pas vécu le confinement de la même manière dans le sud de Bruxelles où l'on faisait des apéros virtuels et où l'on se partageait des recettes de pain que dans le croissant pauvre. J'espère qu'on réalisera de véritables études sociospatiales sur le sujet, mais les chiffres par commune démontrent déjà que les taux de contamination et de mortalité ne sont pas distribués de façon égale."

 

Outre les métiers plus exposés et les comorbidités, le socialiste estime que la qualité de l'habitat est en cause. "Cette épidémie nous ramène à un questionnement de base: quelle ville veut-on demain? Il ne faut pas se limiter aux circuits courts et aux vélos. Dans le débat sur le monde d'après, ces thèmes portés par ceux qui ont sans doute été le moins touchés par la crise ont pris énormément de place, en raison d'un meilleur accès aux médias."

Des experts locaux et internationaux

Un comité mixte

Présidé par Benoît Moritz, le comité scientifique accompagnant la politique du logement bruxelloise sera mixte, comprenant aussi bien des experts locaux qu'internationaux. Susanne Eliasson, architecte urbaniste GRAU (Paris) et professeur à la Peter Berhens School of Arts (Dusseldorf), mettra à contribution son expérience fournie sur la question du logement collectif et du lien avec la nature. Le gouvernement bruxellois bénéficiera aussi à l'avenir de l'expertise d'Aglae Degros, directrice de l’Institut d’Urbanisme de la TU Graz (Autriche). Spécialisé dans les questions d'accès au logement, le professeur d'urbanisme à la VUB Michael Ryckwaert sera aussi de la partie. Tout comme l'architecte franco-suisse Philippe Rahm, théoricien et praticien d'un mouvement récent dénommé l'architecture climatique. La question du genre en architecture sera abordée grâce à Apolline Vranken. La sociologue spécialisée en questions urbaines Christine Schaut complète ce panel d'experts.

La volonté de mettre une focale sur l'enjeu du logement, moins abordé que celui de l'espace public depuis le début de la crise, se traduit par la mise sur pied d'un comité scientifique qui accompagnera désormais la politique du logement. Présidé par l'architecte urbaniste Benoît Moritz, ce comité est composé d'experts locaux et internationaux qui émettront des recommandations dont certaines seront intégrées comme mesures dans le plan de relance régional.

"Mais le rôle de la commission scientifique ira au-delà du Covid-19 pour penser le logement dans une optique de résilience, afin de faire face à d'autres crises comme la crise climatique", explique Benoît Moritz qui cite le sociologue américain Eric Klinenberg dont les recherches sur la vague de chaleur de Chicago ont démontré une corrélation entre le nombre de décès et l'absence d'équipements publics. "C’est à partir du logement que l’urbanité se constitue. C’est un point d’entrée pour parler d'autres sujets: espaces publics, équipements. Et même d'émancipation: pas facile d'étudier quand on vit dans un logement exigu sans un espace à soi."

Identifier les blocages

Il n'y a pas d'équivalent à l'urbanisme tactique en matière de logement dont les politiques prennent du temps à être mises en œuvre. Pour autant, Benoît Moritz entend bien formuler des propositions ayant un impact à court terme. "On peut travailler sur la gouvernance au travers d'un mécanisme de type Delivery Unit comme cela a été fait pour le plan Catch à Charleroi. Cela permettrait d'identifier et de médiatiser les projets de rénovation ou de construction qui bloquent avec les raisons, mais aussi les responsabilités."

"Dans les quartiers du croissant pauvre, on vit déjà très serré. Il faut y rénover le bâti mais aussi construire en seconde couronne. C'est une question de justice sociale à l'échelle de la ville."
Benoît Moritz
Architecte urbaniste bruxellois

On songe au projet Dames Blanches à Woluwe-Saint-Pierre qui illustre bien les réticences de la population et de certains pouvoirs locaux vis-à-vis de la densification. "Dans les quartiers du croissant pauvre, on vit déjà très serré. Il faut y rénover le bâti, mais aussi construire en seconde couronne. C'est une question de justice sociale à l'échelle de la ville", affirme Benoît Moritz.

La mise sur pied de ce comité scientifique ne remet vraisemblablement pas en question les projets de nouveaux quartiers à Bruxelles pensés au travers des fameux PAD, les plans d'aménagement directeur. "Nous avons déjà eu ce débat entre ceux qui voudraient qu'on ne bâtisse rien et qu'un espace vert comme celui de Josaphat reste inaccessible au commun des mortels parce qu'ils y observent les grenouilles et les papillons. Mais nous pensons à l'intérêt collectif en réservant dans les PAD des espaces publics et des espaces verts au bénéfice des habitants. L'objectif n'est pas de faire de Bruxelles une réserve naturelle. Donc on ne part pas de rien, mais le comité doit nous permettre de nourrir cette réflexion et d'apaiser les uns et les autres", conclut Rudi Vervoort.

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés