Un contrat interpellant à la SRIB...

  • Payé 300.000 euros/an
  • Pourquoi?
  • Gérer la dette des 19 communes
Brinfin gère les dettes des 19 communes bruxelloises. Cette SA est une filiale de la SRIB. ©Belpress.com

Brinfin, la filiale de la SRIB, est mandatée par la Région bruxelloise depuis 1993. Pourtant, son principal collaborateur travaille sous statut indépendant et aucun marché public n’a jamais été organisé.

Brinfin. Ce nom ne dira pas grand-chose au commun des mortels. Cette société anonyme s’est pourtant vue confier une mission essentielle au début des années 90: gérer les dettes des 19 communes bruxelloises. Brinfin est une filiale de la SRIB (finances.brussels), outil public de financement des entreprises dépendant directement de la Région de Bruxelles-Capitale.

Brinfin doit être dissoute, a annoncé le ministre-président bruxellois Rudi Vervoort (PS) dans sa déclaration de politique générale prononcée en septembre dernier. Le personnel de Brinfin doit être intégré dans l’Agence régionale de la dette, un service public. Le gouvernement bruxellois estime manifestement que ces deux organes font double emploi.

Mais selon les informations de L’Echo, la situation du principal animateur de cette société anonyme pleinement dépendante des pouvoirs publics n’est pas étrangère à cette décision. Celle-ci, au départ, ne figurait pas dans le programme du gouvernement Vervoort. Le dirigeant de Brinfin travaille en effet comme indépendant depuis 2003 et cela en dehors de toute procédure de marchés publics. Montant de son contrat: 300.000 euros par an, TVA comprise, confirme Serge Vilain, patron de la SRIB. Jouant la transparence, ce dernier concède au passage que "si nous devions faire cela en 2018, nous passerions par un marché public". Dont acte. Il précise que Brinfin récupère la TVA et que Christian Vandercam coûte donc environ 250.000 euros par an à Brinfin.

Précision importante, son statut de société anonyme ne dispense en rien Brinfin de passer des marchés publics. Elle exerce une mission déléguée par la Région bruxelloise qui finance cet outil pour cela.

Expert de haut niveau

Cette situation fait directement penser à l’affaire Gial qui vient d’exploser suite à la mise au jour du contrat d’indépendant qui lie cette ASBL bruxelloise à l’un de ses directeurs. Cela depuis 18 ans. Pour être complet, Brinfin semble être une structure pour le moins modeste. Ses coûts s’élèvent à un peu pus de 500.000 euros dont une bonne centaine sert à rémunérer les deux membres de son personnel. Christian Vandercam qui facture ses services via sa société CLCJ SPRL absorbe le gros de son budget.

Serge Vilain défend ce choix. "Christian Vandercam travaille pour nous depuis 1993, explique-t-il. Les dix premières années, il a travaillé comme employé. En 2003, il nous a demandé d’avoir le statut d’indépendant et le conseil d’administration de Brinfin l’a accepté unanimement." C’est Serge Vilain lui-même qui avait engagé Christian Vandercam, car le gouvernement (Picqué à l’époque) lui avait demandé de trouver un "expert de haut niveau". "Il gère un paquet de dettes colossal, développe Serge Vilain. En 2017, il a géré pour plus de 6,5 milliards d’opérations financières. Il a une mission pour les CPAS sur labase d’une circulaire ministérielle signée à l’époque par Pascal Smet et Evelyne Huytebroeck. Christian gère les 500 millions de dettes des hôpitaux publics Iris et le stock de dettes de la Cocof qui est de 180 millions. Christian fait économiser des millions aux communes, cela ne s’improvise pas. Pour ce boulot, j’ai besoin d’un oiseau rare."

Ce qui est rare est cher naturellement. Et Serge Vilain de répéter qu’aujourd’hui, pareil service devrait faire l’objet d’un marché public. "Mais à l’époque, la question ne se posait pas", ajoute-t-il.

La fin de Brinfin

Où en est la dissolution de Brinfin? Elle devrait être terminée à la fin de l’année, précise le patron de la SRIB. Outre la question des deux membres du personnel à transférer dans l’administration bruxelloise, il y a encore une série de participations dont jouit Brinfin qu’il va falloir réaffecter (à la Stib mais aussi et surtout dans le port de Bruxelles). Quant à Christian Vandercam, son passage à l’Agence de la dette se négocierait au plus haut niveau. Celui du ministre-président Vervoort, en charge des Pouvoirs locaux.

Rudi Vervoort: "Il faut du personnel compétant"

Rudi Vervoort (PS), le ministre-président bruxellois, a réagi ce jeudi sur La Première en justifiant la rémunération du principal collaborateur de Brinfin par la nécessité "d’avoir du personnel compétent", en soulignant que Brinfin n’est pas une ASBL.

"C'est une structure para-publique qui gère la dette (de la Région), quatre milliards, donc ce n'est pas rien", ajouté Vervoort. "Il faut aussi du personnel compétent." Le ministre-président a rappelé avoir annoncé au parlement régional, en septembre dernier, que Brinfin serait dissoute et "intégrée" dans l'administration.

Serge Vilain, patron de la SRIB: "si nous devions faire cela en 2018, nous passerions par un marché public." ©Dieter Telemans

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