Un immeuble du quartier européen occupé temporairement

Dans la capitale, où la pénurie de logements à prix accessible grandit, trop d'immeubles publics sont inoccupés depuis des années. ©Ville de Bruxelles

Depuis des années déjà, des voix s’élèvent pour que l’État fédéral montre l’exemple en matière d’occupation temporaire d’immeubles inoccupés dont il est propriétaire. Un accord en ce sens vient enfin d’être signé entre la Ville de Bruxelles et la Régie des Bâtiments.

Il était grand temps… Après des années de tergiversation, la Régie des Bâtiments, gestionnaire du parc immobilier de l’État, a libéré un bâtiment, inoccupé depuis des lustres, pour permettre à la Ville de Bruxelles de l’occuper provisoirement. Selon les deux partenaires publics, il ne s’agit là que d’une première, qui en annonce d’autres dans la foulée.

Dans le parc immobilier de la Régie des Bâtiments, les immeubles vides ne manquent d’ailleurs pas, notamment sur le territoire de la commune de Schaerbeek où des mastodontes en bon état sont inoccupés depuis parfois dix ans (rue des Palais 48, notamment). Mais nous n’avons jamais pu obtenir un inventaire exhaustif de ceux-ci. L'État n’est d’ailleurs pas le seul à ne pas montrer l’exemple en la matière et à se faire tirer l’oreille. Nombre de régies foncières publiques régionales ou communales pourraient également être montrées du doigt. 

Pourquoi l’immeuble Arlon 104?

Situé au cœur du quartier européen, le premier bâtiment concerné date des années soixante et est inoccupé depuis longtemps déjà. Pire: il s’agit tout bonnement d’un chancre laissé à la vue de tous, idéalement situé de surcroît, au cœur du quartier le plus spéculatif de la capitale. Dans ce cas d’école, l’État fédéral pourrait être taxé de double mauvaise gestion exemplaire du patrimoine public: non-valorisation d’un actif qui pourrait dégager d’importants rendements et absence de préoccupation sociale alors que le manque de logements est criant dans la capitale de l'Europe.

Cette double gestion calamiteuse est d’ailleurs poliment reconnue par Khalid Zian (PS), l’échevin du Logement à la Ville de Bruxelles: "Il existe une taxe communale pour les immeubles et terrains à l’abandon, négligés, inoccupés ou inachevés. Le règlement prévoit une exonération de cette taxe, lorsque, comme dans ce cas-ci, une réactivation temporaire de l’immeuble est prévue", commente-t-il, en faisant fi de la situation passée. 

Un projet enfin porteur de valeur… sociale

Arlon 104 constituera un projet pilote, mais reste actuellement l’arbre qui cache la forêt urbaine potentielle. C’est le Service Planification de la Ville de Bruxelles qui a sorti ce bâtiment de sa torpeur, profitant d'un projet européen dont un des volets consiste à plancher sur la réactivation d’immeubles inoccupés.

Arlon 104 constituera un projet pilote, mais reste actuellement l’arbre qui cache la forêt urbaine potentielle.

Depuis des années déjà, Laurent Vrijdaghs, l’administrateur général de la Régie des Bâtiments, disait vouloir tenter pareille collaboration. Mais la gestion du patrimoine immobilier fédéral est depuis des décennies déjà sur la sellette. Ses rouages grippés et ses budgets étriqués sont peu propices à pareille initiative, qui coûte en aménagements et rend moins simple la disponibilité des lieux en cas de besoin rapide.

Comme le bâtiment enfin réanimé était désaffecté depuis belle lurette, quelques travaux ont d’ailleurs dû être réalisés afin de le remettre aux normes en matière de raccordement à l'eau et à l'électricité, de sécurité incendie, d’électricité et d’éclairage. Ces travaux ont débuté en janvier dernier déjà et devraient être achevés pour la mi-novembre. Les coûts doivent être pris en charge par le propriétaire. 

"Nous allons lister les bâtiments vides qui sont gérés par les services publics."
Ans Persoons
Échevine de l'Urbanisme

Pour Ans Persoons (sp.a), l’échevine de l’Urbanisme à la Ville de Bruxelles, cette occupation temporaire doit devenir la norme. "En premier lieu, nous allons lister les bâtiments vides qui sont gérés par les services publics. La Ville se montre stricte avec les propriétaires privés, mais il va de soi que les nombreuses autorités publiques ayant des immeubles à Bruxelles devraient montrer l’exemple", ose-t-elle.

Maison de quartier

Le bourgmestre, lui, espère que ce cas d’école convaincra d'autres propriétaires de faire le pas avec lui ou dans d’autres communes. "Pour signifier que des choses se passent à l’intérieur, nous interviendrons également à l'extérieur", ajoute Philippe Close.  L'intention est de faire de l'espace extérieur le long de la rue Jacques de Lalaing une sorte de jardin urbain mettant en valeur le bâtiment. Celui-ci sera en partie décoré par un bureau de graphisme pour remplir l’horrible dent creuse actuelle qui fait tache dans le quartier.  

Après aménagements, l'immeuble d'angle, rebaptisé Stam Europa, sera réanimé momentanément par le Fonds Quartier Européen. ©Ville de Bruxelles

C’est le Fonds Quartier Européen qui gérera le contrat d’occupation temporaire des trois étages inférieurs et cherchera des partenaires ou organisations pour le faire "vivre" avec eux. Sur le modèle d’initiatives déjà lancées sur le quartier nord par l’association Up4North, l'objectif est de faire de ce bâtiment un nouveau lieu de dialogue innovant entre les citoyen.ne.s et l'écosystème européen, trop longtemps laissé à lui-même.

«StamEuropa», le nom du projet, doit devenir le lieu incontournable des studios, ateliers et conférences de toutes sortes d'organisations et d'institutions "pour que le caractère démocratique du quartier européen acquière une dimension nouvelle, innovante et participative", insiste Ans Persoons.

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