Un QG sécurité vide qui coûte cher à la Région bruxelloise

Derrière les façades lorgnant la colonne du Congrès, on ne se bouscule toujours pas aujourd’hui. ©Immobel/Breevast - Jaspers-Eyers

Le gouvernement bruxellois a signé un bail de 18 ans ferme dans le bâtiment RAC 2 de l’ex-cité administrative. Il devait devenir dès janvier dernier le nouveau QG régional de la sécurité (BPS). Mais un an plus tard, les murs sont toujours vides et les loyers courent.

Mi-2016, le ministre-président bruxellois paraphait la prise en location de 13.200 m² dans l’immeuble BelAir (RAC 2, ex-cité administrative) reconstruit par les promoteurs Breevast (60%) et Immobel (40%). Le montant locatif annuel alors négocié pour 18 ans ferme prenant effet dès janvier 2018: 2,13 millions d’euros. Mais douze mois plus tard, les 2/3 de ces espaces sont toujours vides et non équipés.

L’immeuble visé devait pourtant devenir le QG sécurité de la capitale et rassembler sur neuf niveaux, à l’ombre de la colonne du Congrès, tous les services d’urgence censés collaborer au mieux par gros temps. Les attentats avaient d’ailleurs été le révélateur  et l’alibi politique  pour accélérer la centralisation de services d’intervention éparpillés sur tout le territoire régional.

34 millions €
Le contrat locatif qui engage la Région bruxelloise court sur 18 ans et pèse plus de 34 millions, avant indexation et travaux.

Mais deux ans plus tard, ces services qu’il était urgent de voir fonctionner sous la même coupole régionale sont toujours dispersés dans leurs anciens murs. Et seuls les étages supérieurs de la barre de bureaux prise en location au prix fort pour 18 ans - près de 185 euros le m² pour les bureaux - sont occupés. Le socle reste toujours désespérément vide et n’est même pas aménagé. 1,5 million d’euros sont donc déjà passés à la trappe. Et ce n’est pas fini.

On avait pourtant négocié par paliers cette centralisation progressive planifiée pour 18 ans, sur base d’un budget régional dépassant les 40 millions d’euros. En trois temps et sur 24 mois, avec inventaire détaillé des espaces occupés par chaque service, du 8e étage au sous-sol. Le gouvernement bruxellois prévoyait qu’au plus tard fin 2017, les grandes manœuvres auraient commencé. Tous les ministres de tutelle des différents bras armés régionaux auraient alors planifié les déménagements respectifs des équipes censées travailler de concert, dont une antenne du SIAMU (service incendie et aide médicale urgente), le personnel du 112, le call center de crise de la STIB, etc. Mais aujourd’hui, pas grand monde n’a quitté ses anciens quartiers.

Perte d’autonomie?

"Le dossier a été ficelé en pleine psychose des attentats. Tout devait alors aller très vite pour anticiper de façon plus efficace et concertée tout nouveau coup dur. Mais la poussière de mars 2016 est retombée et on a remis au placard les bonnes résolutions. Jusqu’à la prochaine alerte", commente un courtier. Un autre indique que le gouvernement aurait même perdu espoir de rassembler toutes ses troupes dans un seul QG et serait en train de négocier avec le Fédéral pour loger dans une partie des espaces loués un peu rapidement certaines antennes bruxelloises de la police fédérale, déjà très présente sur le site.

La charrue, les bœufs

En juillet dernier, un appel d’offres (marché public) a finalement été validé par le gouvernement bruxellois pour cadrer les travaux d’aménagement prévus dans le complexe régional Haute sécurité. Le montant total publié avoisine 5 millions d’euros. Il aura donc fallu à l’autorité de tutelle 24 mois pour cadrer ces travaux. Il est également précisé que ceux-ci sont aux deux tiers à charge de l’occupant régional, qui les fera exécuter suivant une procédure "simplifée et confidentielle" après invitation lancée à plusieurs entrepreneurs, fournisseurs et prestataires. "Les travaux sont en cours ou en passe de l’être. Et ils devraient être terminés pour rassembler toutes les équipes concernées dans leurs nouveaux locaux équipés avant la mi-2019", rassure Jamil Araoud, le directeur général de Bruxelles prévention & sécurité (BPS) qui, avec sa garde rapprochée, occupe déjà les lieux depuis fin 2016.

Dans l’appel d’offres cadrant les travaux, la direction de BPS se voit nommément chargée de "poursuivre la concertation avec les différents acteurs intégrant le Centre de communication intégrée" et notamment d’élaborer des cahiers des charges couvrant travaux, services et fournitures et de récupérer "des" sommes auprès de la Régie des bâtiments pour les travaux consacrés à la police fédérale.

"Aux dernières nouvelles, la tutelle fédérale renâcle sur le montant des loyers négociés dans l’urgence post-attentats par la Région avec les promoteurs du projet, Breevast et Immobel. À mon avis, Bruxelles va devoir essuyer une partie de l’ardoise… Chacun son métier et, une fois encore, les deniers publics seront mieux gardés", glisse un politique proche du dossier.

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