"À Bruxelles, le PIB généré par les avocats est comparable à celui de l'horeca"

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L’ULB chiffre le poids économique des avocats à Bruxelles, qui y représentent 1,23% du PIB. Elle montre aussi la disparité des revenus et le différentiel homme/femme.

C’est la deuxième radiographie du barreau francophone de Bruxelles et la première qui s’attarde sur le poids économique des avocats dans l’économie locale. Selon cette étude du centre Perelman de l’ULB, le troisième plus grand barreau francophone au monde (5.180 avocats inscrits fin 2018) pèse pour 1,23% du produit intérieur brut (PIB) de la Région Bruxelles-Capitale. Les barreaux néerlandophone et francophone bruxellois cumulés pèseraient ainsi 956,313 millions d’euros de chiffre d’affaires semi-brut en 2017. "À Bruxelles, c’est un secteur économiquement bien plus important qu’on ne se l’imagine en général. En termes de PIB, il est comparable à l’horeca et beaucoup plus important que l’industrie", soulève Grégory Lewkowicz, responsable de l’étude.

"À Bruxelles, le PIB généré par les avocats est comparable à celui de l’horeca."
Grégory Lewkowicz
Enseignant à l’ULB, centre Perelman

Pour obtenir ce résultat, les auteurs de l’étude se sont basés sur les déclarations effectuées par les avocats auprès du barreau, mais aussi les statistiques obtenues auprès de l’administration de la TVA. Vu qu’il s’agit d’une première, il est difficile de figurer l’évolution de ces chiffres dans le temps. "Il s’agit d’un instantané d’une situation à moment précis, qui ne saisit pas les dynamiques", admet l’étude.

Toutefois, il figure bien le poids économique de la profession dans l’écosystème régional. Autre donnée intéressante: le barreau de Bruxelles représente 4,27% des assujettis TVA de la Région contre 1,93% en moyenne nationale. Signe que Bruxelles est bien la capitale qui attire une grande proportion d’avocats – on estime que 41,5% des avocats belges travaillent à Bruxelles. Toujours selon une projection de l’étude, les avocats ont permis l’embauche directe de 1.748 salariés dans la Région.

Des revenus en hausse

Et les salaires, alors? Ils ne se portent pas si mal. Selon l’étude du centre Perelman, basée ici sur les déclarations faites par lesdits avocats à leur barreau, la moyenne médiane des revenus est en hausse, passant de 110.517 euros semi-brut annuels en 2015 à 117.041 en 2017. Ces chiffres élevés masquent une très importante disparité des revenus, connue depuis longtemps et qui semble loin de s’éteindre. Ainsi, comme l’an passé, la radiographie du barreau de Bruxelles estime que 10% des avocats concentrent 40% du chiffre d’affaires global, tandis que 40% des avocats les moins riches rassemblent 10% de ce chiffre d’affaires.

"Cette analyse casse des préjugés: l’avocat n’est pas un crève-la-faim. Elle montre l’importance du barreau dans la Région, ainsi que son rôle de solidarité avec le bureau d’aide juridique et ses 267.000 dossiers traités par an."
Me Michel Forges
Bâtonnier du barreau de Bruxelles

Dans ces disparités, le différentiel homme-femme apparaît criant. Ainsi, 46% des avocats hommes déclarent au barreau des revenus de plus 100.000 euros semi-brut annuels, tandis que seulement 21% des avocates dépassent ce montant. Cela alors qu’on approche de la parité au sein du barreau (53% d’hommes). En 2017, ainsi, les femmes avocates gagnaient en moyenne 56% des revenus des hommes… L’étude fustige l’existence d’un "plafond de verre" excluant encore les femmes des très hauts revenus, au sein du barreau.

Pour le bâtonnier du barreau de Bruxelles, Me Michel Forges, cette radiographie "peut créer un choc qui nous sorte de l’apathie. Cette analyse casse des préjugés: l’avocat n’est pas un crève-la-faim. Elle montre l’importance du barreau dans la Région, ainsi que son rôle de solidarité avec le bureau d’aide juridique et ses 267.000 dossiers traités par an."

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