Vervoort isolé par la stratégie pro-taxi du PS

En début de législature, le ministre-président Rudi Vervoort (PS) avait décidé de garder la compétence taxi, chère aux socialistes, dans son giron. ©Photo News

En faisant appliquer strictement l'ordonnance de 1995 et en privant les chauffeurs Uber de leur activité, le ministre-président bruxellois Rudi Vervoort (PS) se met des partenaires de gouvernement à dos.

L'arrivée d'Uber sur le sol bruxellois en 2014 avait mis en lumière les règles assez strictes qui régissent le secteur du transport rémunéré de personnes. Jugée obsolète, l'ordonnance de 1995 n'a pourtant jamais été revue. Et aujourd'hui, des centaines de chauffeurs roulant via cette plateforme risquent de se retrouver sur le carreau. Comment on est-on arrivé là?

Rappelons tout d'abord que le précédent ministre bruxellois de la Mobilité avait tenté à trois reprises de réformer le secteur. En février 2018, la troisième version du plan taxi de Pascal Smet (one.brussels) était unanimement approuvée en gouvernement et présentée à la presse avant d'être recalée par le PS quelques heures plus tard.

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À l'époque, l'opposition libérale par la voix de Vincent De Wolf (MR) s'interrogeait publiquement sur les liens existant entre quelques élus socialistes et certains exploitants de sociétés de taxis. Le député-bourgmestre d'Etterbeek regrettait le manque d'indépendance de certains parlementaires vis-à-vis du secteur concerné par la réforme.

Défense du salariat

Même s'il est assez logique que le PS se pose en défenseur du salariat et s'oppose de facto au modèle de fonctionnement d'Uber, c'est en effet la proximité de certains députés et de patrons d'écuries de taxis qui empêcherait toute réforme de voir le jour. Jamal Ikazban est ainsi connu comme étant le porte-voix du secteur des taxis. Gros faiseur de voix (5.217 aux élections régionales de mai 2019), l'élu molenbeekois pèse sur la ligne de son parti.

Le sujet est tellement sensible que le ministre-président Rudi Vervoort (PS) a choisi de garder la main sur cette compétence durant cette législature plutôt que de la confier à l'actuelle ministre de la Mobilité, comme cela se faisait jusqu'ici.

L'accord de majorité conclu en juillet 2019 annonçait une réforme globale ayant pour objectif l'amélioration du service, du statut des chauffeurs et une protection de ce service face à la concurrence déloyale des nouveaux acteurs "disruptifs". Depuis lors, le cabinet de Rudi Vervoort a reçu les recommandations d'une étude commandée auprès de Deloitte qui rejoint sur plusieurs points le plan taxi élaboré par Pascal Smet il y a quelques années. Il est notamment recommandé d'imposer un statut unique à l'ensemble des acteurs du secteur du transport rémunéré de personnes. Une étude restée sans suite à ce stade...

Le PS divisé

En faisant soudainement appliquer à la lettre l'article 17 de l'ordonnance de 1995 qui impose à toutes les voitures de location avec chauffeur de conclure préalablement à la prestation un contrat de location d'une durée de trois heures, le PS a peut-être voulu envoyer un signal fort de loyauté au secteur du taxi.

"Alors que le projet socialiste est de soutenir les travailleurs, on aide un clan de travailleurs précaires contre un autre clan de travailleurs précaires. Ce n'est pas en phase avec nos idéaux."
Un mandataire socialiste

Mais c'est au risque de se retrouver isolé au sein de son propre gouvernement. Sur Twitter, le secrétaire d'État en charge de l'urbanisme Pascal Smet a déclaré qu'il était parfaitement inconcevable d'interdire les smartphones en 2021 et qu'il faut travailler sur une nouvelle proposition en attendant l'arrêt de la Cour constitutionnelle. Même demande du côté du ministre du Budget Sven Gatz (Open Vld) qui déplore que l'on cherche à renforcer une "réglementation archaïque".

Et finalement, la manœuvre divise même les camarades. "Un micro-clan de députés, avec l'appui du président de la Fédération bruxelloise du PS (Ahmed Laaouej, NDLR) fait de la politique en pensant à soigner son petit fonds de commerce sans aucune analyse macro et sans concertation avec l'ensemble des représentants socialistes bruxellois. Alors que le projet socialiste est de soutenir les travailleurs, on aide un clan de travailleurs précaires contre un autre clan de travailleurs précaires. Ce n'est pas en phase avec nos idéaux", confiait ce lundi un mandataire socialiste.

"On oppose les travailleurs..."

"Du jour au lendemain, le gouvernement PS-Ecolo-Défi décide de priver de revenus 2.000 travailleurs dans un secteur déjà affecté par la crise. Économiquement, c’est incompréhensible", a réagi lundi David Weystman. "Veut-on vraiment être la seule capitale de l'Union européenne à interdire Uber? C'est mauvais pour les travailleurs concernés, pour les consommateurs, pour la mobilité et l'image de Bruxelles. Interdire Uber comme veut le faire le PS n'améliorera même pas la situation des taximen. Les études démontrant que le problème de rentabilité de ce secteur préexistait à l'arrivée d'Uber", rappelle le député MR. "Une fois de plus, le gouvernement bruxellois oppose entre elles des personnes qui pourraient travailler en harmonie. Il existe en effet deux études commandées par le gouvernement qui expliquent qu’il y a de la place pour tout le monde à Bruxelles. Mieux, avec un vrai plan taxi-LVC, il y a même l’opportunité de créer des emplois nouveaux", poursuit le libéral qui préconise que la réforme à venir mette tout le monde sur un pied d'égalité et qu'on booste le secteur en l'incluant davantage dans la stratégie de mobilité de la Région, notamment en les incluant dans le MAAS.

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