analyse

Vivaldi: les détails de l'accord (et des désaccords)

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La désignation de Paul Magnette par le Palais royal comme formateur auprès d'Alexander De Croo fâche le MR. Le président du PS et le poids lourd de l'Open Vld doivent finaliser un accord de gouvernement sur la base d'une note dont de nombreux éléments ont déjà fuité. Des contradictions apparaissent déjà sur la fiscalité.

Ça passe, mais l'affaire est loin d'être dans le sac. Les sept partis de la Vivaldi se sont accordés mercredi sur un texte de base, quelques heures seulement avant l'ultime rendez-vous royal des deux préformateurs, Egbert Lachaert, président de l'Open Vld, et Conner Rousseau, président du sp.a. Le Palais a désigné deux co-formateurs, Paul Magnette, président du PS, et Alexander De Croo, vice Premier Open Vld. Les deux hommes, en course pour le poste de Premier ministre, devront affiner le projet gouvernemental et bétonner leur projet avant la fin de la confiance accordée au gouvernement Wilmès, soit le 1er octobre. Ils se sont mis au travail dès mercredi soir.

Bouchez toujours fâché

Avant de passer au fond de l'accord, il faut signaler que les dernières heures ne semblent pas avoir aplani les différends entre les protagonistes de cette folle épopée. Signe? La réunion en plénière annoncée depuis lundi n'a jamais eu lieu.

Autre élément, le MR est toujours fermement opposé à la montée en puissance de Paul Magnette. Georges-Louis Bouchez n'était pas d'accord pour nommer le président du PS comme formateur aux côtés d'Alexander De Croo et s'oppose toujours à ce qu'il devienne Premier ministre. Le Palais s'est donc prononcé sans l'assentiment d'un président des sept partis (PS, sp.a, MR, Open Vld, Ecolo/Groen et CD&V). Ça fait désordre. "Ce ne sont pas les présidents de partis qui nomment le formateur", répliquait-on en coulisse. Sans calmer la colère de Georges-Louis Bouchez qui menacerait même de boycotter une éventuelle réunion à 7. Ambiance.

Dans la soirée, le président du MR se manifestait sur Twitter. "Pour faire taire les rumeurs, le MR ne commente jamais les décisions du Palais", lançait-il en se disant prêt à travailler sur le fond pour former un gouvernement.

Des tensions vives se sont par ailleurs manifestées entre les deux préformateurs en début de semaine. Selon certains échos, elles étaient telles qu'il était tout simplement impossible qu'ils continuent à piloter la formation. Ambiance bis.

Enfin, les termes de l'accord Lachaert/Rousseau qui ont fait l'objet de nombreuses fuites dans la journée de mercredi s'entrechoquent parfois selon les interlocuteurs.

Des impôts qui sortent en rentrant

La dynamique lancée par le tandem était simple, offrir à chaque famille politique une "trophée" parmi les dossiers qui leur tenaient à coeur. Après le clash violent survenu entre Georges-Louis Bouchez et les autres formations dimanche et lundi, les deux préformateurs ont procédé par ordre pour isoler le MR et forcer l'accord, commentait-on largement dans l'entourage des négociations en début de journée.

Mardi soir, Lachaert et Rousseau ont vu ensemble Magnette et Coens pour le CD&V et se sont mis d'accord sur un premier cadre. Mercredi matin, le duo a inclus la famille écologiste dans le deal, prenant soin de ne revoir Georges-Louis Bouchez qu'au dernier moment. Sur le MR planait la menace d'une mise dans l'opposition, et au Fédéral et en Wallonie grâce à la remontée en selle du cdH. Une menace qui ne semble pas encore levée. Coincé le Bouchez.

Selon les échos libéraux, le Montois ne serait pourtant pas sorti complètement déshabillé de la rencontre, au terme de laquelle il a marqué son accord sur le texte des deux préformateurs. "Pas d'impôts nouveaux", voilà la phrase qui serait apparue dans le texte grâce au président du MR. Rapidement d'autres sources complétaient le trophée par un "sauf dans le cadre des négociations budgétaires". "Ce qui ne veut rien dire", analyse à propos une source avisée. Par ailleurs, l'idée d'une "contribution sur ceux qui ont les épaules les plus larges" figure noir sur blanc dans le texte. Celui-ci exclut tout de même une taxe sur les plus-values.

A gauche, l'idée d'une pension minimum à 1.500 euros est acquise, mais on ne sait pas si ce sera en net ou en brut. Les verts obtiennent la sortie du nucléaire en 2025 et le CD&V cadenasse la réforme de l'IVG et l'absence de toute refédéralisation. Mais, il y a un grand absent: le financement des mesures sociales généreuses obtenues par le PS. On vous le dit, on est encore loin du happy end.

Les principaux points de l'accord

Selon nos sources, voici ce que contient le texte de l'accord de base pour la formation d'un gouvernement par les préformateurs Egbert Lachaert et Conner Rousseau.

Énergie

La sortie du nucléaire se fera selon le calendrier prévu par la Loi. L’impact éventuel sur la facture des citoyens et des entreprises, actuellement évalué par un groupe de travail technique, sera neutralisé. Le gouvernement fédéral s’impose par ailleurs comme objectif de réduire de 55% les émissions de gaz à effet de serre d'ici 2030 et prend dans sa sphère de compétences les mesures en ce sens.

Institutionnel

Deux ministres seront en charge du débat sur le futur du pays. L'autonomie des Régions sera renforcée, notamment en matière de soins de santé.

Éthique

Le débat sur l'IVG se tiendra au Parlement, comme convenu précédemment.

Budget

Un refinancement des soins de santé (le plus important depuis la création de la sécurité sociale), une enveloppe additionnelle pour le relèvement des allocations sociales et des pensions à 1500 euros (ce n'est pas encore tranché si ce montant est en net ou brut) mais aussi pour la justice. Le plan d’investissement et les mesures conjoncturelles de relance en 2021 et 2022 sont compris hors budget. Une garantie non limitée dans le temps concernant l’équilibre de la sécurité sociale.

Fiscalité

La préparation d'une grande réforme fiscale pour 2024, ainsi que le verdissement de la flotte des voitures de société. Ce régime sera d'ailleurs progressivement supprimé dans le cadre de cette réforme fiscale. Une contribution spéciale des citoyens aux épaules les plus larges est prévue via une taxe sur les "super riches", ainsi qu'une Digitax sur les GAFA. La transparence et la lutte contre la fraude fiscale sont également à l'ordre du jour ainsi qu'un taux d’imposition minimum pour les sociétés multinationales.

Travail

Un renforcement du rôle des partenaires sociaux. L'accord ne prévoit pas de "faire des économies" sur le chômage et le régime d’incapacité.

Social

Pas d’ajustement de l’âge de la pension, ni de dégressivité des allocations de chômage et des prépensions. Les allocations sociales les plus basses seront relevées.

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