Vivaqua veut augmenter le prix de l'eau de plus de 2%

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Laurence Bovy, patronne de l’intercommunale bruxelloise des eaux, chiffre l’indexation voulue pour 2020.

 

De combien la facture d’eau des Bruxellois va-t-elle augmenter en 2020? Invitée de Big Boss sur BX1, Laurence Bovy, directrice générale de l’intercommunale bruxelloise des eaux Vivaqua, a mis un chiffre sur ses intentions.

"Nous avons introduit une demande d’indexation de nos tarifs auprès de Brugel, le régulateur", situe-t-elle. "Si elle est acceptée, cela se traduirait en 2020 par une augmentation de 2,24% de la facture pour un ménage de deux personnes avec une consommation moyenne, ou de 2,36% pour une famille de quatre personnes."

Pour le dire autrement, l’augmentation de la facture annuelle sera de 2,82 euros par personne, compte tenu d’une consommation moyenne de 35 m³ par an, indique Vivaqua.

Big Boss : Laurence Bovy, directrice de Vivaqua

"Tous les coûts sur la table"

D’ici juin 2020, l’entreprise introduira par ailleurs une demande de tarifs pour la période 2021-2026. "Et là, on mettra tous nos coûts sur la table."

Mais encore? La dirigeante rappelle que, "par décision du gouvernement, le prix de l’eau à Bruxelles n’a plus évolué depuis 2014. Il n’a même pas été indexé. En valeur réelle, notre prix a donc diminué, il est aujourd’hui le plus bas de Belgique, moitié moins cher qu’à Liège ou à Gand par exemple. C’est un choix politique. La difficulté est que nos coûts, eux, sont indexés: rémunération du personnel, énergie nécessaire au pompage et à la distribution, etc."

L’argumentaire ne s’arrête pas là. "Il faut aussi compter avec le réseau d’égouttage hérité des communes, qui est dans un état déplorable. Il s’agit de le restaurer. Bon an, mal an, nous investissons 100 millions d’euros dans nos infrastructures, dont 60 millions rien que dans le réseau d’égouttage. N’oublions pas non plus que la population à Bruxelles a sensiblement augmenté au fil du temps, cela signifie plus d’abonnés, plus de compteurs à placer, plus de relevés. On vient d’ailleurs de renforcer le service clientèle car on a constaté que le service rendu n’était pas correct. Tout cela a un coût."

Une hausse, avant d’autres

OK. Mais de combien devrait être la vraie correction des tarifs, au-delà l’indexation en 2020? "Je n’ai pas encore la réponse, c’est une discussion qu’on doit avoir avec Brugel. Mais fondamentalement, on ne peut pas s’arrêter de recruter alors que la qualité du service le nécessite, ni freiner les investissements et se limiter à intervenir en urgence, uniquement quand quelque chose s’effondre? Dans un cas comme dans l’autre, ce ne serait pas gérer en bon père de famille."

L’indexation voulue pour 2020 n’est donc qu’une étape intermédiaire, un prélude à d’autres hausses. Sauf que Laurence Bovy souhaite en parallèle introduire un tarif social. "Le tarif actuel n’est pas social", estime-t-elle. "Actuellement, deux critères font varier le prix: la consommation (plus vous consommez, plus les derniers mètres cubes sont chers) et la composition de la famille. Mais la dimension sociale n’est pas prise en compte: chacun paie le même montant. Voilà pourquoi nous plaidons donc pour l’introduction d’un tarif social. C’est ce que j’appelle le juste prix."

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L’emploi repart à la hausse

Autre évolution non négligeable chez Vivaqua, l’emploi repart à la hausse, après avoir reculé de près de 20% en cinq ans. Fin 2019, la maison comptera 1.400 collaborateurs, soit 5% de plus qu’un an plus tôt.

"Pendant tout un temps, pour des raisons financières, Vivaqua a choisi de ne pas remplacer les départs à la retraite", situe Laurence Bovy. "Aujourd’hui, 5% du personnel a moins de 30 ans. Beaucoup de collègues vont partir à la retraite, alors qu’il faut assurer la relève et le transfert de connaissance. Poursuivre dans cette politique, c’est prendre le risque de mettre progressivement l’entreprise à l’arrêt. J’ai donc proposé que l’on recommence à recruter, en commençant par le service clientèle et les ouvriers de chantier car les équipes sont fatiguées."

L’intercommunale recrute à nouveau mais des contractuels et non plus des statutaires, précise au passage Laurence Bovy. En termes de coûts futurs, c’est tout sauf un détail.

La tuile du fonds de pension

Vivaqua doit aussi tenir compte d’un autre élément, non opérationnel mais non négligeable: le fonds de pension Hydralis, créé en 2009 pour son personnel statutaire. Fortement investi en actions, le fonds a accusé le coup en 2018 avec la baisse des marchés financiers, clôturant sur un solde négatif de 83 millions d’euros.

C’est à Vivaqua qu’il incombe de combler le trou. La firme a commencé à le faire en injectant 40 millions d’euros dans le fonds, le reste faisant l’objet d’un étalement d’ici à 2026. Conséquence: Vivaqua a bouclé 2018 dans le rouge, avec une perte nette de 12,4 millions d’euros.

"Ce fonds de pension est un sujet sur lequel on doit réfléchir de façon structurelle", estime Laurence Bovy. "Parce que c’est tout de même très perturbant d’être tributaire de l’effet yo-yo de la Bourse et de devoir compenser l’imprévisible. Un gestionnaire n’aime pas l’imprévisibilité. Or là, c’était une méchante tuile."

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