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1.300 euros net par mois pour un boulanger: Paul Magnette dit-il vrai ou faux?

Paul Magnette aime la boulangerie. Il est d'ailleurs l'auteur d'un livre de recettes de pains. Mais sur le salaire d'un ouvrier boulanger, il s'est trompé. ©BELGA

Le président du PS Paul Magnette affirme que certains boulangers et bouchers gagnent moins de 1.300 euros net par mois. On a vérifié.

Plusieurs lecteurs ont avalé leur couque de travers à la lecture de l'interview du président du Parti socialiste Paul Magnette ce week-end dans nos colonnes. La dernière question de l'entretien portait sur les métiers en pénurie. "Comment comprendre que la Flandre peine à recruter alors que la Wallonie a tant de demandeurs d'emploi peu formés?", demandait notre journaliste. Et le président du PS de répondre:

"On demande aux jeunes d'être formés, de travailler la nuit, d'avoir une voiture, pour un salaire de moins de 1.300 euros."
Paul Magnette
Président du Parti socialiste

"Il y a de la caricature sur la question de pénurie, la plupart des gens veulent travailler. Mais dans certains secteurs comme celui de la boulangerie par exemple, on demande aux jeunes d'être formés, de travailler la nuit, d'avoir une voiture, pour un salaire de moins de 1.300 euros. Idem dans le secteur de la boucherie. En fait, ce sont les patrons qui créent en grande partie les pénuries. Ils doivent faire leur examen de conscience."

Moins de 1.300 euros net par mois pour un boulanger ou un boucher en Belgique? Plusieurs gérants de boulangerie, arguments et barèmes salariaux à l'appui, nous ont fait part de leur étonnement - pour certains de leur indignation - quant aux affirmations de Paul Magnette.

Nous avons donc entrepris de vérifier ce qu'il en était. C'est du côté de la section bruxelloise de la FGTB Horval (Horeca Alimentation) que nous avons trouvé les réponses. Son secrétaire général, Christian Bouchat, avait également tiqué en lisant les propos de Paul Magnette et mettait justement la dernière main à une note destinée à informer le président du PS de la situation exacte en matière de rémunérations des bouchers et boulangers, pris pour exemples dans l'interview.

Se basant sur les barèmes horaires minimums en vigueur (industrie alimentaire et commerce alimentaire) Christian Bouchat a fait tourner le calculateur de la FGTB.

1.700
euros net par mois
C'est le salaire minimum d'un boulanger en Belgique.

Prenons le cas d'une petite boulangerie employant moins de 10 personnes. Par heure de travail, un ouvrier qui a plus de six mois d'expérience gagne au minimum 13,30 euros brut. Pour un temps plein (38h par semaine), il gagnera donc en moyenne 2.190 euros brut par mois. Dans la situation fiscale la moins favorable (isolé sans enfant), il touchera en net 1.700 euros. À quoi on peut ajouter le double pécule de vacances et le treizième mois. On tourne alors autour des 2.000 euros net en moyenne.

2.200
euros net par mois
C'est le salaire minimum d'un boucher en Belgique.

Autre exemple cité par Paul Magnette: le boucher. Selon les barèmes en vigueur, un boucher-charcutier qualifié gagnera au minimum 16 euros brut de l'heure, soit 2.635 euros brut mensuels pour un temps plein. Pour le net, toujours dans la situation fiscale la moins favorable, il gagnera 1.885 euros, selon le calculateur de la FGTB. Si l'on inclut double pécule et 13e mois au prorata, le salaire mensuel net moyen du charcutier est de 2.200 euros.

"Quoi qu'il en soit, 2.000 euros net aujourd'hui, ce n'est pas suffisant pour vivre décemment."
Christian Bouchat.
FGTB Bruxelles.

Paul Magnette avance donc dans l'interview des montants inférieurs aux minimums salariaux en vigueur en Belgique pour les métiers qu'il cite. Et de nombreux ouvriers boulangers ou bouchers expérimentés gagnent évidemment davantage. Mais, tient à préciser le représentant du syndicat socialiste, le président du PS "a raison sur la conclusion implicite de son raisonnement: 2.000 euros net aujourd'hui, ce n'est pas suffisant pour vivre décemment, tandis qu'un loyer à Bruxelles approche souvent les 1.000 euros."

Christian Bouchat estime donc également que les patrons sont au moins en partie responsables des pénuries d'emplois dans certains secteurs, au vu des conditions de travail pratiquées. "Dans l'horeca, par exemple, où beaucoup d'heures sont payées en noir, avec des gens déclarés dans des fonctions moins bien rémunérées que celles qu'ils exercent."

Mais il incrimine aussi la taxation des bas salaires: "Entre 1.800 et 2.500 euros brut, il y a un gros problème. Pour augmenter de 87 euros net par mois quelqu'un qui gagne, comme dans l'horeca, 1.647 euros net, cela coûte 659 euros au patron. On comprend mieux qu'il préfère négocier des avantages salariaux moins coûteux pour lui, comme une voiture de société..."

Le résumé

  • Combien gagne un boulanger ou un boucher? 1.300 euros, selon Paul Magnette.
  • Nous avons vérifié cette affirmation.
  • Le président du PS se trompe.

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