22.000 PME bruxelloises saines ne passeront pas le cap de la crise

Eric Van den Broele (Graydon). ©siska vandecasteele

À défaut de nouvelles mesures de soutien, 27% des PME dans la capitale n'ont pas les réserves financières suffisantes pour survivre et rebondir.

Quelque 22.110 PME bruxelloises qui étaient à la base parfaitement saines sont incapables de survivre à la crise actuelle. À cela, on peut en ajouter 10.450 autres dont les réserves financières sont à peine suffisantes pour passer le cap sans encombre, alors qu’elles aussi n’étaient pas en mauvaise posture au départ.

Ces chiffres émanent de Graydon, qui a passé au peigne fin la situation financière des PME bruxelloises. L’étude porte sur les indépendants et PME (jusqu'à 50 salariés) dont le siège social est établi à Bruxelles, sans tenir compte des sociétés fantômes.

"Si on ne fait rien, on s’achemine vers une déferlement de faillites parmi les entreprises saines."
Eric Van den Broele
Graydon

Les 22.110 entreprises saines et aujourd’hui incapables d’assurer leur survie représentent 27,7% de l’ensemble des PME dans la capitale. Les 10.450 qui sont en situation précaire en représentent 13,1%. Au total, cela fait donc 4 PME sur 10 à Bruxelles qui sont au bord du gouffre. "Si on ne fait rien, on s’achemine vers un déferlement de faillites parmi les entreprises saines", prévient Eric Van den Broele, directeur du service d’étude chez Graydon.

31%
.
24.700 entreprises (31%) ont réussi à conserver une position financière solide et sont prêtes à rebondir.

En haut de l’échelle, on retrouve 24.700 entreprises (31%) qui ont réussi à conserver une position financière solide et qui sont prêtes à rebondir.

Tout en bas de l’échelle, on retrouve environ 8.000 PME bruxelloises (10%) qui étaient déjà en mauvaise santé avant la crise. Celle-ci n’a fait qu’aggraver une situation déjà précaire. "Il ne faudrait peut-être pas prolonger inutilement leur agonie", estime Eric Van den Broele.

Cibler les aides

Unizo, qui représente les indépendants et les PME, appelle dès lors les pouvoirs publics bruxellois à cibler les mesures de soutien. Premièrement, il faut soutenir les entreprises plutôt que la consommation. De nombreux ménages ont en effet pu épargner pendant la période de confinement et n’ont sans doute pas besoin d’un stimulus financier.

100
millions d'euros
L'Unizo voudrait qu'on renforce la capacité du Fonds de garantie bruxellois de 30 à 100 millions d'euros.

Deuxièmement, il faut soutenir les entreprises viables. La plupart d’entre elles ont déjà obtenu des aides régionales et fédérales (droit passerelle, etc.), à l’exception de la garantie bancaire fédérale (le fameux bazooka) qui, jusqu’ici, n’a pas rencontré beaucoup de succès. En activant la garantie bancaire, la proportion d’entreprises saines menacées de disparition reculerait de 27,7 à 16,8%, d’après Graydon. Soit 8.000 entreprises qui pourraient ainsi s’extraire de la zone rouge.

L'événementiel (ici La Monnaie) est un secteur qui compte à Bruxelles. ©BELGA

"Le soutien financier peut aussi passer par un renforcement du Fonds de garantie bruxellois dont la capacité actuelle de 30 millions d’euros devrait être portée à 100 millions", suggère Danny Van Assche, administrateur délégué de l'Unizo. D’autres pistes sont l’octroi de prêts subordonnés par Finance.brussels ou la mobilisation de l’épargne des particuliers par le biais des prêts win-win. Ce dernier point vient d’être mis en œuvre en Wallonie et en Flandre. Il est toujours à l’étude à Bruxelles.

Troisièmement, il faut cibler les aides non seulement sur les entreprises viables avant la crise, mais aussi sur les secteurs jugés stratégiques pour Bruxelles, à savoir l’horeca, le commerce, le tourisme et l’événementiel.

Effet multiplicateur

Quatrièmement enfin, il convient de privilégier les aides qui comportent un effet multiplicateur. Cette situation se présente lorsque pour un euro d’aide publique, plusieurs euros peuvent être apportés par d’autres partenaires. Un exemple est celui des baux commerciaux. Lorsqu’un propriétaire accepte de laisser tomber un ou plusieurs mois de loyer, les pouvoirs publics pourraient s’engager à garantir les loyers suivants.

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés