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"Avec la nouvelle prime corona, le Fédéral rate la cible"

Nathalie Arteel a invité les dirigeants d'entreprise à co-signer cette lettre ouverte au gouvernement. Elle y juge l'approche belge des gratifications au personnel dépassée. ©Debby Termonia

Dans une lettre ouverte, 25 dirigeants, pilotés par l'experte Nathalie Arteel, regrettent qu'on ne puisse récompenser les collaborateurs de manière individuelle.

Comment remercier son personnel pour les efforts fournis durant la crise pandémique? Les employeurs ayant réalisé de bons résultats pourront octroyer, à partir du 1er août, une prime corona de maximum 500 euros à leurs collaborateurs. Cette mesure, liée à l'accord interprofessionnel négocié récemment, a fait l'objet d'un projet de loi spécifique adopté au Parlement. La prime, qui sera exclue de la marge salariale, sera attribuée sous forme de chèque consommation à écouler auprès de commerces locaux, en exonération d'impôt et moyennant une cotisation patronale de 16,5%. Elle sera attribuable de manière collective à l'ensemble du personnel... Voilà pour l'aspect pratique des choses. Mais sur le fond, ce qui semblait, a priori, une bonne idée, ne l'est peut-être pas tant que cela.

Vingt-cinq patrons belges ont co-signé une lettre ouverte, rédigée à l'initiative de Nathalie Arteel, la CEO du groupe homonyme de conseil en ressources humaines spécialisé dans les récompenses et la loyauté du personnel. Elle y critique la nouvelle prime qui, à ses yeux, aurait dû être attribuable à titre individuel plutôt que collectivement. La missive s'adresse au gouvernement fédéral.

Législation dépassée

Parmi les dirigeants signataires figurent notamment Herman Daems, le président du conseil de la banque BNPP Fortis, Nico Reeskens, le CEO de groupe d'intérim Adecco, ou encore Marc Noppen, CEO de l'hôpital universitaire UZ Brussel. Curieusement, quasiment pas de francophone dans ce groupe: "beaucoup moins de dirigeants francophones ont répondu à la proposition de Nathalie Arteel", nous explique le porte-parole de celle-ci, tout en relevant que plus de 25 managers se sont manifestés, mais pas tous de top niveau.

"La loi ne permet pas de récompenser de façon rapide et fiscalement avantageuse celui ou celle qui le mérite."
Extrait de la lettre ouverte

Selon les signataires, la législation belge est dépassée parce qu' "elle ne permet pas de récompenser de façon rapide et fiscalement avantageuse celui ou celle qui le mérite". Des pays voisins, tels que les Pays-Bas, se montrent plus généreux et plus inventifs sur ce plan. Il est vrai que les solutions ne sont pas nombreuses en Belgique: à part les cadeaux, que les employeurs peuvent octroyer à leurs collaborateurs à l'occasion des fêtes de Noël, Nouvel An et Saint-Nicolas ou lors d'un départ en pension, et les primes d'ancienneté, réservées aux 25 et 35 ans de présence continue dans l'entreprise, il n'y a pas grand-chose dans l'arsenal. Et encore, les cadeaux liés aux fêtes sont-ils limités à 40 euros (exonérés).

Les primes d'ancienneté, elles, peuvent monter jusqu'à un ou deux mois de salaire brut, mais les gens qui restent aussi longtemps chez le même employeur deviennent rares: l'ancienneté moyenne en Belgique est inférieure à 11 ans, selon une enquête 2019 d'Acerta.

Moins de 11 ans
ancienneté moyenne des travailleurs en Belgique
En Belgique, l'ancienneté moyenne des travailleurs est inférieure à 11 ans, alors que la loi ne prévoit de récompense qu'après 25 et 35 ans.

Il existe une troisième piste, le bonus salarial (CCT 90, jusqu'à 3.447 euros brut, exonéré d'impôt jusqu'à 2.998 euros net), mais Nathalie Arteel n'en parle pas parce que celui-ci ne peut également être attribué que collectivement.

"Les gens ne devraient pas être récompensés pour leur nombre d'années de présence dans l'entreprise, mais pour leur implication et leur contribution."
Extrait de la lettre ouverte

Concrètement, Nathalie Arteel et les patrons co-signataires proposent trois types d'actions pour améliorer les choses. Un, relever de 40 à 250 euros le montant exonéré d'impôt et de charges sociales autorisé (comme les "cadeaux" ci-dessus) pour récompenser un employé méritant. Deux, faire en sorte que les managers puissent récompenser leurs employés de manière individuelle et pas obligatoirement de manière collective, comme dans le cas de la prime corona. Trois, revoir le système de primes à l'ancienneté, devenu obsolète vu l'évolution du marché vers des carrières multi-employeurs, et privilégier plutôt un système de récompense "pour l'implication ou la contribution des travailleurs".

Jean-Louis Van Houwe (Monizze): "La prime corona permet aux employeurs de faire leur branding"

L'émetteur de chèques électroniques Monizze sera prêt pour la prime corona dès le premier jour. Son CEO ne partage pas les vues des dirigeants signataires d'une lettre ouverte au gouvernement.

Combien parmi vos clients vont-ils adopter la prime corona?

Nous avons mené une enquête auprès d'eux avant même que la loi soit votée. Comme pour le lancement des chèques consommation l'an dernier, un peu moins de 20% d'entre eux sont preneurs. Nous avons sondé leurs motivations: pour les employeurs, il s'agit à la fois de remercier leurs collaborateurs, d'augmenter leur pouvoir d'achat et de faire leur propre "branding" en se démarquant des entreprises qui ne distribueront pas cette prime (la loyauté des salariés a diminué avec le télétravail, il est donc important de la reconstituer). Ils ont aussi pour motivation, en deuxième rang, de soutenir le commerce local, bénéficiaire des chèques. Je trouve cela remarquable car on parle ici de salaire additionnel: la prime augmente les coûts de l'employeur et réduit sa marge, et ce pour soutenir des tiers, les commerçants locaux, qui en ont bien besoin!

Jugez-vous pertinente la Lettre ouverte qui critique le côté collectif de la prime corona?

Non, dans une situation exceptionnelle comme cette crise, je trouve qu'une récompense collective fait sens. Cela stimule aussi l'esprit de groupe. Et l'on peut par ailleurs octroyer des commissions selon les mérites...

Oui, mais plus en exonération fiscale...

On ne peut pas non plus continuer à solliciter la planche à billets! Les aides covid et inondations vont déjà coûter très cher.

Le résumé

  • Les employeurs ayant réalisé de bons résultats pourront octroyer à partir du 1er août une prime corona de maximum 500 euros à leurs collaborateurs et ce, de manière collective.
  • Dans une lettre ouverte au gouvernement fédéral, l'experte en ressources humaines Nathalie Arteel et 25 dirigeants estiment qu'on rate la cible en continuant de prévoir des systèmes fiscalement avantageux qui visent l'ensemble du personnel.
  • Les possibilités de remercier des collaborateurs à titre individuel sont rares et pour des montants dérisoires, selon eux.
  • Les primes à l'ancienneté sont dépassées, car les carrières deviennent multi-employeurs; il ne faudrait plus récompenser la présence ou la longévité, mais bien l'implication.

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